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ACTUALITE AUTOUR D'EMMANUEL BOVE ET AUTRES


 

L'écrivain Olivier Maulin consacre une double page dans Valeurs Actuelles à notre ami Bove, à l'occasion de la réédition de La Coalition aux éditions de l'Arbre vengeur. Olivier Maulin a l'élégance de citer la biographie parue au Castor Astral en 1994. Magazine Valeurs Actuelles du 15 au 21 juin 2017.


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EXPOSITION : "Qui était Emmanuel Bove?"

Du 7 mai au 2 juillet 2017, la Bibliothèque universitaire de Darmstadt en Allemagne présente une exposition consacrée à Emmanuel Bove, initiée par Reinhard Pabst. En profitant entre autres du soutien précieux de Peter Handke, cette exposition présente de nombreux documents comme le le manuscrit de « la mort de Dinah » (Collection Reiner Speck, Cologne), mais aussi d'autres documents et informations sur Walter Benjamin, Klaus Mann et d’autres « boviens ». On y trouve également un bel envoi de Bove à Rilke et des contes inédits publiés dans Paris-Soir. Les photographies de l'exposition publiées ci-dessus sont de Thomas Laux qui a traduit plusieurs textes de Bove en allemand.


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Bove en folio! C'est une bonne nouvelle, au sens propre et figuré. Le texte Bécon-les-Bruyères est effectivement une longue nouvelle où Bove s'amuse à faire l'écrivain-voyageur. Un texte culte quiparaît chez Emile-Paul frères, dans la collection « Portraits de la France ». L’époque étant à la découverte, nombre d’éditeurs publiaient des récits de voyages. La collection « Portraits de la France » réunissait des textes sur les grandes villes ou les régions françaises pittoresques. La publicité clamait : « Les textes ont été demandés aux meilleurs écrivains de notre temps. » Ainsi, Paul Morand écrivit son Toulon-sur-Mer, André Maurois son Rouen et Jean Cassou un Bayonne. Emmanuel Bove avec son incongru Bécon-les-Bruyères,se détachait une fois de plus du littérairement correct. Certains se récrièrent : comment peut-on décrire Bécon-les-Bruyères après tant de glorieuses cités ! On cria au scandale, au mauvais goût, à la provocation. Bécon-les-Bruyères sera cependant épuisé quelques mois après sa parution. A propos du choix de Bove, le critique Charles Merki, dans la Revue de la quinzaine, écrira : « Il semble bien en effet qu’il y ait là une gageure, car l’endroit n’a aucun intérêt ni au point de vue historique, ni au point de vue pittoresque, si l’on s’en rapporte du moins au texte de l’auteur. C’est une localité quelconque des environs de Paris, où il y a des rues, des maisons, et c’est tout. Ecrire même une simple plaquette sur un sujet aussi insignifiant  est un véritable tour de force et nous trouvons que M. Emmanuel Bove s’en est très agréablement tiré. » A l’automne 1926, fuyant les interviews et les dîners en ville, Bove franchit la porte de Champerret pour aller s’installer dans la banlieue voisine, qui lui inspirera l’un de ses plus beaux textes. Ce lieu qui n’existe que par le nom de sa gare est Bécon-les-Bruyères. Le temps d’un hiver et d’un printemps, l’écrivain habitera au 16 de la rue Madiraa, côté Courbevoie. Quand les frères Emile-Paul lui demandent un récit de voyage, Bove tout naturellement descend en bas de chez lui, pour aller à la rencontre de cet Ailleurs, de cet Autre, non pas dans la lointaine et exotique province, mais dans la rue d’à côté, tel un Albert Londres de la banlieue. On l’imagine, carnet de notes à la main, arpentant pendant plusieurs mois ce paradoxe urbain qu’est Bécon-les-Bruyères. Grand reporter géomètre, Bove établit là une extraordinaire topographie d’un lieu apparemment banal. Il relève les moindres détails, chronomètre ses déplacements – « La Seine est à six minutes de la gare de Bécon-les-Bruyères » – , questionne les objets avec l’attention d’un archéologue, une palissade devenant un artefact à travers lequel il lit l’existence passée. A l’instar de l’entomologiste qui soulève la pierre dans l’espoir de découvrir un univers grouillant, Bove tente de trouver un indice de vie à Bécon-les-Bruyères. En vain, les rues sont grises et désertes, poussière et boue recouvrent les trottoirs. La ville entière semble être tombée en léthargie, enlisée dans le quotidien, figée dans l’attente. Ses habitants apparaissent comme des silhouettes derrière des rideaux tirés, dont l’immobilité rappelle l’univers du peintre Edward Hopper. « Celui qui à un moment de déchéance, note l’écrivain, échouerait à Bécon-les-Bruyères se sentirait tombé si bas qu’il en partirait aussitôt. »Au contraire des romans précédents de Bove, il n’y a pas de personnages dans Bécon-les-Bruyères, sinon la ville elle-même. Tout le génie de l’auteur est contenu dans ce texte. Tel l’alchimiste, il transforme l’ordinaire en merveilleux, il nous dessille les yeux en nous montrant ce que nous ne savons plus voir : la féerie qui se cache derrière le quotidien.

J’invite aujourd’hui le lecteur à refaire le voyage entre la gare Saint-Lazare et celle de Bécon-les-Bruyères, qui n’a pas disparu comme le supposait Bove à la fin de son récit. La distance entre les deux gares reste la même, il y a toujours un café plus fréquenté que l’autre, et preuve de l’immense talent d’observation de l’écrivain, lorsqu’on sort de la gare de Bécon-les-Bruyères, on a effectivement la sensation que le ciel penche vers Paris. Les éditeurs Emile-Paul, suite au succès de la collection « Portraits de la France » annonceront une nouvelle série intitulée « Ceintures du Monde ». Les volumes prévus étaient : le Lac Léman pour Edmond Jaloux, New York pour Paul Morand, et Monaco pour Emmanuel Bove. Cette série ne verra hélas jamais le jour. Dommage pour les lecteurs, il eût sûrement été intéressant d’observer le cheminement de l’écrivain de Bécon-les-Bruyères à Monaco… Pour le prix d'un billet de métro, une belle entrée dans l'univers bovien.


 

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Les éditions de L'Arbre Vengeur poursuivent leur réédition des textes de Bove. Après Mes amis, La Coalition, le roman le plus abouti de Bove, le plus sombre
également, même Léautaud avait des sueurs froides en le lisant. Cette belle réédition est préfacée par François Ouellet et illustré par François Ayroles.

 


 

 

Le fait que l'oeuvre d'Emmanuel Bove soit récemment tombée dans le domaine public semble motiver les éditeurs et c'est tant mieux! En janvier 2016, les éditions Sillage publiaient Journal écrit en hiver, ce journal fictif de l'auteur sera son épithalame, à l'égal de celui de l'écrivain Jacques Chardonne, mais en plus pernicieux et cruel. Véritable prouesse littéraire, ce récit de diariste se présente comme l'étude in vitro d'un couple, le mari jouant à la fois le rôle d'initiateur et de cobaye. En juin 2016, les éditions Sillage poursuivent la réédition des oeuvres boviennes en publiant Coeurs et visages, paru en 1928. Ce récit quasi cinématographique est un long travelling à travers un banquet offert par André Poitou, un honnête bourgeois, fraîchement décoré de la Légion d'honneur. C'est l'occasion pour Bove de réaliser une hallucinante galerie de portraits tout en notant les sentiments qui agitent la centaine de convives du banquet. Le livre sera bien accueilli par la critique : "Monsieur Emmanuel Bove continue de faire des livres avec tout et avec rien. Son dernier ouvrage semble une gageure et un tour de force." (L'Echo de Paris du 8 novembre 1928) Autre bonne nouvelle : les éditions de L'Arbre vengeur ont procédé à une troisième réimpression de Mes amis qui un an après sa réédition s'est écoulé à 6 500 exemplaires!

Notez aussi ce rendez-vous radiophonique bovien : le 2 décembre 2016 à 20H sur France Culture, dans le cadre du Samedi soir des fictions de France Culture, Stéphane Bonnefoi (le biographe de Marc Bernard) nous propose une adaptation du roman Le Piège.


Les éditions Dia publient en allemand la version numérique de la biographie d'Emmanuel Bove. Depuis quelques années, les éditions Dia se sont attelées à une réédition des oeuvres de Bove en allemand. Ils ont même créé un site dédié à Bove où l'on peut consulter les livres déjà parus et ceux en cours. Certaines versions numériques sont en accès libre.


Le 29 décembre 2015, sur France Culture (8h55) Bertrand de Saint-Vincent du Figaro a consacré sa chronique à Mes amis : http://www.franceculture.fr/emission-la-sequence-des-partenaires-la-sequence-des-partenaires-2015-12-29


 

L’édito Par Pierre Assouline N° 563/Janvier 2016 • Le Magazine littéraire - "Y a-t-il plus beau titre pour un roman que Mes amis ? N’essayez pas, c’est déjà pris, et bien pris. Il orne la couverture d’un livre inoubliable d’Emmanuel Bove, que le dernier carré de ses fidèles lecteurs s’échangent comme un mot de passe, longtemps après sa parution en 1924, encouragés par la récente et soignée réédition à l’initiative de L’Arbre vengeur, maison sise à Talence en Gironde. C’est un livre doux et mélancolique, pathétique sans misérabilisme, écrit dans une langue oubliée. Bove avait le génie de parler de soi sans parler de lui. On ne fait pas plus discret. Pas la moindre tentation de draper ses réflexions sur les choses de la vie pour en faire des vérités universelles. Un chapitre par ami. On dirait des nouvelles. Ils s’appellent Lucie Dunois, Henri Billard, Neveu le marinier, Monsieur Lacaze, Blanche. Des héros typiques d’une littérature arrondissementière qui promènent leur mélancolie d’une terrasse de café l’autre, leurs châteaux à eux. Vus par le narrateur, un certain Victor Bâton qui est le double de l’auteur, ils sont souvent réduits ą une émeute de détails, mais si aigus et précis, et même « touchants » selon Beckett qui l’admirait, quand c’est Bove qui tient la plume. Son don d’observation est à son meilleur dans leur évocation : un épicier si gras que son tablier est plus court devant que derrière ; un Bottin dont quelques pages dépassent la tranche imprimée ; un manteau sur lequel on souffle pour savoir si c’est de la loutre ; des lèvres qui, à force d’être séparées, n’ont plus l’air d’appartenir à la même bouche ; une femme pour la première fois dénudée dont son amant d’un soir remarque le vaccin sur le bras ; un inconnu qui marche en posant le talon avant la semelle. Et lui, le narrateur, qui sillonne la ville dans l’espoir qu’un événement bouleverse enfin sa vie, emprunte toujours les escaliers de service pour mieux respirer, pauvre et ne connaissant personne, sans savoir laquelle de ces deux misères lui pèse le plus. Sa langue est sobre ; dépouillée mais sans sécheresse, elle ne recherche pas l’effet ; c’est l’art de dire presque tout avec presque rien ; on dirait du français du monde d’avant et pas seulement en raison d’un emploi naturel et abondant de cet imparfait du subjonctif que nous ne lisons plus sans nostalgie. Humilité, insécurité, précarité, intranquillité : voilà dans quoi baigne l’atmosphère de cette galerie de portraits qui ne sont pas d’ancêtres. Avec la solitude pour leur faire cortège. La cruelle solitude, celle qu’on subit, et non la clémente, celle qu’on choisit. Dans une préface pleine d’empathie, Jean-Luc Bitton rappelle à quel point les maux de ses héros de la vie quotidienne, des personnages qu’il ne méprisait jamais, reflétaient les tourments d’Emmanuel Bove. Un absent, un inadapté, un à part. « Triste, mais jamais désespéré. » On le disait taciturne alors qu’il pensait juste à autre chose. C’est rare, un écrivain qui a du coeur. Mes amis est l’histoire de leur quête éperdue à travers la ville par un homme qui crève de ne pas en avoir. Juste pour leur confier ses peines. à défaut, nous en sommes les heureux destinataires. Parfois, on se croirait dans un album de Sempé. N’importe lequel et plus encore le nouveau, Sincères amitiés (lire aussi page 8). L’ambiance est plus gaie que chez Bove. Franchement souriante, mais tout aussi aiguë. C’est ce petit bonhomme, sa veste dans une main, une branche dans l’autre, qui toise le ciel du haut du talus sur lequel il est juché : « J’ai toujours pardonné à ceux qui m’ont offensé. Mais j’ai la liste. » La chose (l’amitié) est évoquée comme un pacte qui ne serait jamais énoncé, ce qui prête naturellement aux pires malentendus. Interrogé, le dessinateur peine à la définir autrement qu’en la dessinant. Ce serait deux petits garçons qui ne cesseraient de se raccompagner ą leur domicile sans se résigner à se quitter. Seulement voilą : ce dessin, il l’a juste rêvé. Impossible d’aller au-delà : « Je ne sais pas comment terminer. » Tant mieux, parce que, s’il savait, ce ne serait pas de l’amitié. Avec Sempé, elle est toujours délicate, subtile, pudique, et se nourrit non de silences mais de peu de mots, juste de ce qu’il faut. Jusqu’à l’aveu : « L’énorme et insoluble problème, c’est la solitude. » J’ignore si Dieu est amour, mais ce serait déjà bien qu’il soit amitié. "

 


EMMMANUEL BOVE EPRIS D'AMIS

Né en 1898 et mort en 1945, Emmanuel Bove, dont Mes amis est sans doute le chef-d’œuvre, a cette particularité d’être sans cesse redécouvert. Au fil des générations, il a suscité l’admiration de Rainer Maria Rilke, Samuel Beckett, Peter Handke, ­ mais ce n’est jamais suffisant pour lui assurer une gloire durable. Cet effacement permanent est peut-être le propre de son talent. «De 1927 à 1928, l’écrivain écrira onze romans ou recueils de nouvelles ! Le ton est donné, Bove se tiendra toujours à la périphérie, il sera l’allié des perdants, du côté des humbles, des gens de peu et des laissés­-pour­-compte de la réussite sociale», écrit Jean-­Luc Bitton en préface de cette réédition de Mes amis, le premier livre de Bove, paru en 1924. Jean-Philippe Dubois dans la postface : «Et l’oubli relatif dans lequel cet écrivain retombe régulièrement dans l’histoire même de la littérature du vingtième siècle s’explique sans doute aussi par cette tendance à susciter le refoulement chez son propre lecteur» que Bove, certes, ne flatte jamais, ne reculant devant aucune description de mesquinerie ou de bassesse de pensée dont la lucidité peut faire peur. En réédition de la Mort de Dinah, il y a quelques décennies, les éditions du Dilettante avaient drôlement mis en quatrième de couverture ces phrases de l’intraitable abbé Louis Bethléem dans Romans à lire et romans à proscrire : «Emmanuel Bove, de son vrai nom Bobovenkof (sic) , est né à Paris, d’un père russe et d’une mère anglaise. Il apporte dans sa littérature tous les excès slaves. Ses romans, horriblement mal écrits, dégagent un pessimisme ef royable et roulent dans l’abjection.» Ils ne sont évidemment pas «mal écrits», ces romans, mais ils sont écrits à la manière de Bove, avec une simplicité qui apporte une effrayante brutalité. Quant au «pessimisme» et à «l’abjection», ce sont malheureusement ceux qui se dégagent de la vie quotidienne. «Mes amis, il n’y a pas d’amis» : la phrase indûment prêtée à Aristote s’applique on ne peut mieux au narrateur du roman de Bove. Il tâche de s’en faire mais cette trop grande volonté d’y parvenir l’en éloigne autant que sa complexion psychologique et l’organisation des rapports humains. Le début du roman est un autoportrait du narrateur au réveil, une histoire de sa toilette. «Ma cuvette est si petite qu’en y plongeant le deux mains à la fois l’eau déborde. Mon savon ne mousse plus : il est si mince./ La même serviette me sert pour la figure et les mains. Si je devenais riche, ce serait la même chose.» Une femme l’attire, qu’il embrasse ? «J’aurais voulu, à l’instar des grands amoureux, arracher les boutonnières, déchirer son linge, mais la crainte qu’elle me fît une observation me retint.» Son vrai but, c’est l’amitié : «Je serais si délicat avec la personne qui me témoignerait de l’amitié. Jamais je ne la contrarierais. Tous ses désirs seraient les miens. Comme un chien, je la suivrais partout. Elle n’aurait qu’à dire une plaisanterie, je rirais ; on l’attristerait, je pleurerais.» L’argent : «Ne trouverai-je donc jamais un homme bon et généreux ! Ah, si j’étais riche, comme je saurais donner !» L’amitié encore : «Mon imagination crée des amis parfaits pour l’avenir, mais, en attendant, je me contente de n’importe qui.» «On tient toujours à faire bonne impression sur les gens que l’on ne connaît pas.» Le personnage veut se rendre «intéressant», mimant le suicide, comme un «mendiant qui, en plein hiver, chante sur un pont à minuit» et décourage l’aumône par cet aspect théâtral. «Mais, tout de même, ne pensez-­vous pas que c’est une situation bien triste que celle de mendier à minuit sur un pont ou de s’accouder sur un parapet, pour intéresser le monde.» Il offre à manger à un encore plus malheureux que lui ? «J’étais ennuyé qu’il ne manifestât pas davantage sa reconnaissance.» Plus loin : «Je tâtai mon portefeuille. Je prends toujours cette précaution avant d’acheter quelque chose et, parfois même, quand je n’achète rien.» Son propriétaire lui donne son congé parce que les autres locataires se seraient «plaints de ce que je ne travaillais pas» ? «J’étais celui qui, sans le vouloir, rappelait chaque jour aux gens leur condition misérable.» L’œuvre de Bove se garde de toute grandiloquence et se tient éloignée de tout ce qui constitue le grand genre littéraire. C’est comme si elle avançait de détail en détail et que le lecteur se retrouvait en définitive piégé, comme si son propre portrait se dessinait à travers ce qui ne semblait que de simples coups de crayon dont il n’imaginait pas que, à les rassembler, ils aboutiraient à quelque chose de si ressemblant. C’est comme si, à cause de ou malgré son humour, l’œuvre de Bove finissait par faire peur, à frapper si juste.

MATHIEU LINDON, article paru dans Libération du samedi 14 et dimanche 15 novembre 2015.
Emmanuel Bove «Mes amis». L’Arbre vengeur, 240pp., 17€.

 


On trouve sur YouTube le court-métrage au titre bovien "Quand je m'éveille" que Wim Wenders avait réalisé en 1982 pour l'émission légendaire "Cinémas, Cinéma". Le réalisateur y évoque Mes amis à 4 minutes 05 secondes.


La réédition de Mes amis connaît un beau succès. Les éditions de l'Arbre vengeur vont probablement lancer une deuxième impression. Le livre est très présent sur les tables des libraires et se vend bien. Le livre est également bien accueilli par la critique. Le blog "La main de singe" en fait une belle recension, ainsi que David Nahmias sur Encres Vagabondes. Jean-Marie Planes évoque également Victor Bâton, "l'homme qui voulait être aimé" dans Sud Ouest. Olivier Barrot m'a invité à parler de Mes amis dans son émission "Un livre, un jour" qui sera diffusée le 20 novembre 2015 sur France 3 et en replay. France Culture rend également hommage à Bove avec une lecture du roman Armand en 9 épisodes. Bernard Morlino dans le Magazine littéraire de décembre 2015 a mis Mes amis en tête des livres à lire.

 


Une bonne nouvelle : Mes amis, le premier roman de Bove sera réédité pour la rentrée littéraire de septembre 2015 par les éditions de l'Arbre vengeur. Une réédition illustrée par François Ayroles avec une préface de votre serviteur. L'éditeur souligne qu'il s'agit d'une réédition à l'occasion des 70 ans de la disparition de Bove.


 

 

"On dirait un personnage d'Emmanuel Bove." (Eric Neuhoff, Le Figaro du 15 avril 2015)


 

Dans son émission "Les nuits magnétiques" France Culture a (re)diffusé le 14 mars 2015 un portrait d'Emmanuel Bove de 1983 dans lequel on peut entendre entre autres Raymond Cousse. L'émission est disponible en ligne et en podcast.

http://www.franceculture.fr/emission-les-nuits-de-france-culture-nuits-magnetiques-emmanuel-bove-2015-03-14


Article de Bernard Morlino dans la revue Service Littéraire de mai 2014


La version blog de l'article ici

 

 


Arrestations célèbres réunit l’ensemble des articles publiés par  Emmanuel Bove entre 1924 et 1936 dans Le Quotidien, Le Journal, Regards et surtout Détective, hebdomadaire à sensation créé par Gaston Gallimard en 1928. Détective offre à ses lecteurs des plumes littéraires célèbres : Francis Carco, Joseph Kessel, Pierre Mac-Orlan, Georges Simenon, entre autres, le tout mis en scène et illustré par les superbes prises de vue expressionnistes de la photographe Germaine Krül. Emmanuel Bove publie un premier article dans Détective, "Spiritisme", le 2 avril 1936, puis à l’automne de la même année uns série de quatre reportages consacrés à des arrestations célèbres. Ce recueil de vingt articles est présenté par Jean-Luc Bitton, biographe d’Emmanuel Bove, et fait suite à notre édition de Bécon-les-Bruyères. De grand format, l’ouvrage reproduit en fac-similé les articles et les unes de Détective.

Titre : Arrestations Célèbres
Auteur : Emmanuel Bove
Editeur : Cent Pages
Format : 22,7 x 34 cm
Pages : 48
Prix : 26 €


La bibliothèque de l'été : «Mes amis», ça fait un effet Bove !

 

"Il y a des personnages littéraires assez forts pour devenir des prototypes d’un trait de caractère humain (Harpagon et l’avarice, Rastignac et l’arrivisme, Oblomov et la paresse…). Et puis, plus subtilement, il y a des personnages qui, sans nous résumer, rassemblent avec une perspicacité frappante plusieurs de nos traits.

En général, ceux-là nous font rire, peur et honte. C’est le cas de Victor Bâton, le héros de «Mes amis», le premier roman d’Emmanuel Bove (1898-1945) paru en 1924 chez Ferenczi, mais qui s’avère d’une telle drôlerie, d’une telle modernité qu’il aurait pu être écrit la semaine dernière.

Victor est un traîne-savate, un vrai. Mais pas du genre content de lui, ni érudit flamboyant à la Cossery, non. Victor loge dans un galetas à Montrouge et ne fait rien de ses journées, mais il aimerait bien. Il aimerait bien, sans évidemment faire rien pour, passant ses journées à errer dans les rues, les squares et les gares à observer les commerçants, les statues, les jolies femmes.

Il est de ces fainéants qui trouvent le temps long. S’il pouvait, bien entendu, il voudrait avoir des sous, une belle maîtresse et se montrer généreux avec les pauvres, qui lui en seraient tellement reconnaissants. Mais il n’entreprend jamais rien, trop occupé qu’il est à gémir sur son sort du matin au soir.

Les « amis » du titre, Victor n’en a pas, justement. Ou si peu. Des gens de passage, rencontrés dans la rue, pas toujours fréquentables. Il faut dire qu’il aime particulièrement qu’on le plaigne, ce qu’aucun d’entre eux ne fait jamais, hélas. Alors parfois, pour qu’on s’intéresse un peu à lui, il fait mine de se jeter à l’eau.

Menteur, couard, hypocondriaque, égocentré au dernier degré, Victor se figure être un être délicat jeté dans un monde trop dur. Et là où Bove touche au génie, c’est en dépeignant ses accès de gaucherie, tous ces moments où, comme nous, il se sent encombré de son corps idiot, ne sait quoi dire pour paraître intelligent ou se mortifie d’avoir eu l’air grossier quand il ne cherchait qu’à faire de l’esprit. Victor exprime cette part de l’enfance maladroite et honteuse qui demeure chez les adultes. Entrant dans un bordel, il pense: «J’aurais tant voulu avoir l’air de connaître les lieux.» Voilà le résumé de son existence.

Bien entendu, à la lecture de « Mes amis », on est vite frappé par un pressentiment – ce «Pressentiment» qui donnera son titre à un autre roman important de Bove, publié en 1935: et si les hasards de la vie l’avaient fait naître riche et puissant, plutôt que pauvre?

La réponse coule de source: Victor se comporterait comme les autres, serait vaniteux, condescendant, voire un peu cruel. On le sait grâce à Neveu, un marinier encore plus loser que lui qu’il a ramassé dans la rue et à qui il offre une virée au resto. Mais l’ivrogne n’a pas de manière: il lui cause à peine.

Pas étonnant que ce coup de maître ait ravi Colette, la marraine littéraire du jeune Bove: ses phrases courtes s’enchaînent avec une simplicité qui relève presque de la sécheresse. Mais elles révèlent un savoir-faire hors du commun, un tel sens de l’équilibre que pas une ne pourrait être retirée sans rendre bancal le paragraphe entier.

Bove, cet anti-Céline qui vécut «la vie comme une ombre» (pour reprendre le titre de l’épatante biographie que lui ont consacré Raymond Cousse et Jean-Luc Bitton au Castor Astral, en 1994) ne martèle jamais, ne la joue pas à l’épate. Toute son œuvre, jusqu’au magistral «Piège» (paru en 1945) est de ce tonneau-là: drôle, désespérée, élégante.

Comme l’écrit Enrique Vila-Matas*, «il est arrivé à Bove la même chose qu’à Marcel Schwob: ce sont deux écrivains qui ont changé l’histoire de la littérature contemporaine, mais qui sont méconnus, dont l’on parle à peine; bien plus grande est la renommée de leurs successeurs, qui surent retenir avec génie leurs leçons.» 

Pour les successeurs de Bove, rendez-vous, entre autres, chez Jean Echenoz ou Jean-Philippe Toussaint."

 

Arnaud Gonzague (Le nouvel Observateur)

(*) dans la dernière livraison de la revue «Le Matricule des Anges» (juillet-août 2013), justement consacrée à Bove.

 

 


Photo Lea Crespi

Pendant les vacances, Benoît Poelvoorde s'est cassé le bras. « J'ai plongé dans une rivière et je suis mal tombé. » Chez lui, c'est une habitude. Un mois avant « Podium », il s'était déjà cassé le bras. Sur « Astérix », le doigt. Deux fois. Et deux côtes pendant le tournage des « Deux mondes ». « Un acte manqué ? » propose-t-on. « Vous croyez ? » répond-il, cherchant avidement une réponse dans vos yeux. Oui, peut-être, un acte manqué. Comme pour se mettre en danger, ajouter de la difficulté au métier d'acteur qu'il vit, il l'a toujours dit, avec un sentiment d'imposture. Héritage de l'éducation reçue chez les Jésuites où l'avait placé sa mère, épicière à Namur, après la mort de son mari, le père de Benoît, chauffeur routier, disparu quand il avait douze ans ? Peut-être ce vieux fond de culpabilité judéo-chrétienne. Mais aussi, sans nul doute, parce que jouer relève pour lui de l'évidence. « Je n'ai jamais travaillé un rôle de ma vie. » A part des aspects techniques. La danse et le chant pour « Podium ». Le vélo pour le film de Philippe Harel. Sinon, il lit le scénario une fois et se pointe le jour du tournage. Instinctif. « Si je commence à travailler en amont, à m'appliquer, c'est foutu. » Même technique pendant les tournages où il fait volontiers le zouave. « Ma façon de me concentrer, c'est de ne pas penser à ce que je suis en train de faire », explique-t-il. Point d'exception pour « Une place sur la Terre », le film de Fabienne Godet qui sort mercredi et dans lequel il incarne un photographe asocial et alcoolique. Pour prendre les clichés censés être réalisés par Benoît Poelvoorde dans le film, la réalisatrice a fait venir le photographe américain Michael Ackerman. « Il m'a suffi de l'observer un peu. Et j'ai compris. Il parlait très peu, passait ses nuits dans des bars où il ne connaissait personne. On ne parlait pas la même langue mais on s'est vite entendus autour de ce langage universel qu'on appelle l'alcool », blague-t-il. Ce jeu à l'instinct, toujours juste, sans travail, pourrait se résumer en un mot : le talent. Lui, pudeur, fausse modestie ou sens des réalités, met ça sur le compte de la paresse. « Si un jour quelqu'un ouvrait les tiroirs de mon bureau, il comprendrait », assure-t-il. Des tonnes de projets inaboutis. « Des idées, ça j'en ai une toutes les secondes. Mais je suis comme ces écoliers qui tracent une marge sur leur feuille avant de rédiger leur rédaction. Sauf que moi, je ne fais que tracer la marge. J'écris "Je…" ou "Intérieur jour/Salon" et puis je me barre fumer une clope, boire un café ou flâner dans mon jardin », raconte-t-il, jamais avare d'autodérision.

Jardin secret

Son jardin (secret), c'est celui de sa maison, à Namur, ville où il a grandi et où il est resté. Lieu repère. Loin des démons du cinéma. Il y vit avec sa femme, Coralie, son ange gardien, rencontrée en 1992 à Cannes, l'année du succès aussi fracassant qu'inattendu de « C'est arrivé près de chez vous ». Un film de fin d'études, faux documentaire d'humour noir sur un tueur en série déjanté, devenu culte, réalisé avec ses comparses rencontrés à l'école d'art de Namur, Rémy Belvaux et André Bonzel. « On n'imaginait pas une seconde cet engouement. On était arrivé à trois dans une Golf qui ne pouvait pas aller au-delà de la 3 e. On était donc à 97 km/h sur l'autoroute. On a roulé pendant des plombes. Quand on est arrivés au Pierre et Vacances de Cannes La Boca, il y avait une piscine pourrie et un palmier. Il faisait un froid de gueux. Mais j'étais tellement heureux de voir un pauvre palmier que je me suis baigné », se souvient-il. La suite, on la connaît. Monsieur Manatane, sur Canal+ qui marque toute une génération, aujourd'hui trentenaire, d'adeptes d'humour absurde et trash. Et puis, le cinéma. Des rôles mythiques. Comiques, au départ, puis à partir de 2005, avec « Entre ses mains » et grâce à Anne Fontaine qui la première perçoit sa part de noirceur, des rôles plus graves. Il tourne beaucoup. Trop peut-être pour lui qui, à un moment, explose en vol. « Je voyais plus ma maquilleuse que ma femme. J'étais déprimé. Je dis bien déprimé. Ni dépressif, ni bipolaire, ni fou », tient-il aujourd'hui à préciser, sans doute lassé que la presse se répande sur le sujet. C'est précisément à ce moment-là, de grande lassitude, qu'il envisage d'arrêter le cinéma. « Mais chaque fois que j'en ai ras-le-bol arrive un beau projet. Ou un ami réalisateur qu'il faut soutenir », explique-t-il. Fidèle, il aime, et l'a prouvé, tourner avec les mêmes. Anne Fontaine, Benoît Mariage, Kervern et Delépine.

C'est dans un instant d'ennui profond pour son métier, et de déprime latente, que surgit l'idée de créer un festival littéraire. Autour d'un verre, avec ses amis de toujours, il cherche un sens, un souffle nouveau. « Rien ne m'intéresse à part les livres et les bagnoles », déclare-t-il. Qu'à cela ne tienne, ses potes et lui organiseront un festival. Il pense, comme tous ses autres projets, ne pas parvenir à le mener à bout. Mais après « deux ans de chipotage », l'affaire voit enfin le jour ce week-end. Autour d'une idée : l'intime dans la littérature. « Lire, c'est apprendre des choses sur soi alors que c'est un autre qui parle. Et ce phénomène de miroir, cet échange intimiste entre deux personnes, me passionne. »

Poelvoorde est entré en littérature à seize ans. C'est une fille qu'il convoite, étudiante en lettres, qui le met sur le chemin. Elle lui donne 5 livres à lire. Il se souvient de trois. « La Colonie pénitentiaire », de Kafka, auquel il « n'a rien bité ». « La Chatte », de Colette et « Le Baron perché », d'Italo Calvino ne le laisseront en revanche pas indemne. La machine est enclenchée.

Lecteur boulimique

Poelvoorde consomme alors les livres de façon boulimique. Puis, à vingt ans, la littérature devient une pose. « On ne jure que par Baudelaire. On prétend adorer le "Journal" de Kafka ou "L'Homme sans qualités" de Robert Musil. Alors qu'en vérité, on s'est emmerdé comme un rat mort », se souvient-il. « J'en ris souvent avec Jean-Pierre Bacri, qui doit être le seul mec à avoir vraiment lu "L'Homme sans qualités" jusqu'au bout. Moi, j'ai essayé au moins quatre fois, sans succès. » Son texte fondateur à lui, romantique transi à l'époque, c'est « Aldophe », de Benjamin Constant. Le comédien Eric Caravaca en lira d'ailleurs des extraits pendant le festival. Il y eut aussi « Le Tunnel », d'Ernesto Sabato, chef-d'oeuvre sur la passion dévastatrice. Puis Flaubert et son « Education sentimentale ». Et plus tard, bien sûr, Emmanuel Bove qui « décrit l'humain dans ce qu'il a de plus terrible et de plus gracieux ». Aujourd'hui, pour Poelvoorde, la littérature n'est plus posture mais « essentielle à [sa] vie ». Cet été, il s'est « tapé les 1.200 pages du Yann Moix », écrivain et réalisateur de « Podium ». Pas rancunier (ils ont longtemps été fâchés), il a trouvé le livre « dur et génial, emmerdant par moments et d'une immense drôlerie parfois. C'est du Moix : le fait d'écrire 1.000 pages est déjà, en soi, une provocation ».

Poelvoorde aime dévorer le matin tôt, le soir tard bien qu'il sache que « cela n'arrange pas [ses] insomnies ». Et sur les tournages, dans sa loge, entre deux prises. Fou de radio, il l'écoute compulsivement en podcast et au casque. « Je suis même capable de me taper des conférences du Collège de France, ça c'est vraiment quand je suis au fond du seau. » Les archives de France Culture meublent ses nuits sans sommeil. Il écoute « Le Masque et la Plume » « sur les livres seulement ! » en s'insurgeant tout seul, hurlant, contre les chroniqueurs. Cet amour de la voix et des textes l'ont mené logiquement aux livres lus, sa passion. Il a passé « 7 heures en bagnole », avec Karine Viard disant « Les Liaisons dangereuses ». S'est plongé dans Sylvia Plath avec Isabelle Carré, et « Laissez-moi » de Marcelle Sauvageot avec Fanny Ardant. Il n'y a rien qu'il aime plus qu'entendre des acteurs lire des textes. C'est donc cela qui aura lieu à Namur ce week-end. Edouard Baer, son grand ami, lira « Un pedigree », de Modiano, Catherine Frot, « J'ai réussi à rester en vie », de Joyce Carol Oates. Les auteurs Oscar Coop-Phane, Olivia Rosenthal ou encore Tom Lanoye liront leurs propres textes et Benoît Poelvoorde une nouvelle inédite de Laurent Gaudé écrite pour le festival. « C'est si beau que j'ai pleuré en la découvrant. » En attendant, il s'inquiète d'être à la hauteur de ce texte : « Ce n'est pas parce qu'on aime que l'on sait transmettre. » Pas paresseux, Poelvoorde. Inhibé. Qui l'eut cru ?

Sarah Gandillot (Les Echos, 30/08/2013)


Le dossier de l'été 2013 du Matricule des anges est consacré à Bove avec un entretien de votre serviteur.


Emmanuel Bove vu par Dominique Fabre

mercredi 6 février de 13h à 14h30
les mercredis littéraires du Petit Palais
à l'Auditorium du Petit Palais
«Entendez-voir, la littérature est-elle soluble dans la télévision»
avec Dominique Fabre

Pour cette nouvelle séance du cycle «Entendez-voir», organisé en partenariat avec l’Ina,
la Mel reçoit l’écrivain Dominique Fabre qui a choisi de présenter des archives télévisuelles
consacrées à Emmanuel Bove et lira un texte inédit, rédigé pour l’occasion.
Professeur d’anglais, Dominique Fabre est romancier, nouvelliste et poète.
Remarqué en 1995 par Maurice Nadeau pour Un jour moi aussi, j’irai loin, consacré à
l’histoire d’un chômeur longue durée, il a rédigé depuis une douzaine de livres dont
Ma vie d’Edgar (Le Serpent à plumes, 1998), Mon quartier (Fayard, 2002), J’aimerais
revoir Callaghan (Fayard, 2010) et Il faudrait s’arracher le cœur (L’Olivier, 2012).
Son enfance, l’absence du père, la famille d’accueil et la banlieue comptent parmi ses
thèmes récurrents. Une rencontre animée par Christine Ferniot, journaliste à Télérama.

à l’auditorium du  Petit Palais
Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris


Un important manuscrit de Bove mis en vente aux enchères par la maison ALDE le
29 novembre 2012 à 14h Hôtel Régina 2, place des Pyramides 75001 Paris

Emmanuel BOVE (1898-1945). Manuscrit autographe, La Mort de Dinah, 1928 ; 85 pages in-4, reliure vélin ivoire à recouvrement, titre peint sur dos lisse. Estimation : 2500/3000 euros

Rare manuscrit de travail, complet, de ce roman d'Emmanuel Bove. La Mort de Dinah, court roman, fut publié dans la revue Les Annales politiques et littéraires (15 août-15 septembre 1928), et en librairie par les Éditions des Portiques en 1928, dans la collection « le Coffret des plaisirs variés » ; il a été réédité en 1992 par le Dilettante, et en 2006 aux éditions du Rocher/Le Serpent à plumes. Le manuscrit est écrit sur le recto de feuillets quadrillés ou lignés de cahiers ; probablement de premier jet, il présente de nombreuses ratures et corrections, avec des pages biffées. Il porte le sous-titre « nouvelle », et, en tête, la dédicace : « à Jean Giraudoux ». Il est daté en fin « Juin 1928 ». Parmi les corrections, on relève notamment la transformation du nom du protagoniste Victor Deloncle en Jean Michelez ; de celui de sa maîtresse : Berthe Lehmann en Denise Vannier (trois pages concernant leur liaison ont été biffées) ; de celui de sa femme Antoinette (Haurigot devenant Rigal). La Mort de Dinah est « la description poignante d'une amitié de dernière heure entre Dinah, une fillette de 13 ans, pauvre et malade, et Jean Michelez, un riche entrepreneur. Touché dans ses sentiments, l'entrepreneur va retrouver son humanité perdue, mais hélas trop tard pour la petite Dinah, qui s'éteint doucement dans les dernières pages du livre » (Raymond Cousse, Jean-Luc Bitton, Emmanuel Bove, la vie comme une ombre, Le Castor Astral, 1994). Citons encore un extrait d'un compte rendu de Jean-Luc Coatalem (Le Quotidien de Paris, 29 janvier 1992) : « Dans ce style simplifié qui est le sien, volontiers dépouillé, tranchant, Bove nous donne ici encore un exemple parfait de sa petite musique : un lento decrescendo, traversé de doutes et de torpeurs, où les choses de la vie vont toujours bancales, toujours pincées — comme on le dit parfois d'un coeur »…

"On dirait des personnages de Calet errant sur les trottoirs de Bove [...] C'est beau, et surtout prometteur."
Jérôme Garcin, Le nouvel Observateur.

Oscar Coop-phane lors de la soirée du Prix de Flore 2012 @ Franck Chevalier

PARIS — Le jeune Oscar Coop-Phane a reçu jeudi le prix de Flore pour son premier roman, "Zénith Hôtel" (Finitude), une galerie de portraits de petites gens aux prises avec un monde trop grand pour eux. Le lauréat a été choisi au troisième tour par neuf voix contre cinq à Anne Berest pour "Les Patriarches" (Grasset).
Né en 1988, Oscar Coop-Phane a passé une année à Berlin après "quelques études et pas mal de petits boulots. Il est en ce moment barman, mais ça ne devrait pas durer", indique son éditeur. En janvier 2013 doit sortir chez Finitude son deuxième livre "Demain Berlin", roman de la génération à laquelle il appartient.
Dans "Zénith Hôtel", Nanou déclare sans ambages: "je suis une pute de rue. Pas une call-girl ou quelque chose comme ça; non, une vraie pute de trottoir, à talons hauts et cigarettes mentholées".
Nanou ne se voile pas la face et ne se fait aucune illusion sur sa vie ou celle de ses clients. Elle est juste là pour donner un peu d'amour, et eux sont là pour en recevoir. Dominique, Emmanuel, Victor, Luc, Jipé ou Robert, ils ne demandent que ça, un peu de tendresse, histoire de se fuir un instant, histoire de vivre un peu.
Le jeune auteur brosse ainsi une galerie de portraits attachants. Aucun destin glorieux mais des personnages bancals, mal fichus, pas très beaux ni très brillants...
"Quand je me lève, mes dents sont grasses. J'ai un goût sale dans la bouche. Un goût animal un peu dégoûtant. Je le préfère pourtant à celui que j'ai quand je me couche, celui des autres et de leur crasse", confesse un autre personnage. Oscar Coop-Phane, en digne lecteur d'Emmanuel Bove ou de Henri Calet, déborde d'affection pour ses personnages, à la belle humanité jusque dans leurs faiblesses. Présidé par Frédéric Beigbeder, le jury composé de douze journalistes comptait cette année exceptionnellement deux membres supplémentaires: Olivier Mony de Sud-Ouest et Kerenn Elkaim du belge Vif express.
En 2011, le Prix de Flore, du nom du célèbre café de Saint-Germain-des-Prés à Paris, avait été attribué à Marien Defalvard, 19 ans, pour son premier roman, "Du temps qu'on existait" (Grasset). Oscar Coop-Phane doit recevoir jeudi soir dans ce haut-lieu germanopratin un chèque de quelque 6.000 euros et un verre de Pouilly-fumé gravé à son nom qu'il pourra venir remplir tous les jours au Flore.


Copyright © 2012 AFP.


Richard Yates Beau perdant

 

L'auteur américain, mort en 1992, a fait des vies ratées la matière de son œuvre. Ainsi des magnifiques nouvelles de « Menteurs amoureux ».

Ne cherchez plus, c'est lui. Le grand maître du ratage. Le champion du fiasco toutes catégories. S'il fallait décerner un prix de l'échec en littérature, Richard Yates, sans aucun doute, remporterait la palme. Loin, très loin devant un concurrent pourtant sérieux comme Emmanuel Bove, par exemple. Car il ne suffit pas, pour un romancier, de saccager obstinément la vie de ses personnages. Ni de détruire méthodiquement la sienne dans leur sillage. Encore faut-il le faire sans panache ni grandeur. La défaite à l'état brut. Or, de ce point de vue, le cas de Yates est exemplaire. Raté le passage à la postérité: qui, jusqu’à une période récente, avait entendu parler de Yates, Richard, né en 1926?  Raté, de son vivant, le contact avec ses lecteurs: ses livres se vendent peu. Ratée, enfin, sa propre mort: en 1992, Yates décède, au fin fond de l’Alabama, après avoir été opéré d’une hernie – intervention banale mais… ratée, elle aussi. Que faire, quand l’échec vous colle ainsi à la peau, sinon tenter de s’en débarrasser à travers l’écriture? D’en faire la texture même de ses livres, son fil d’Ariane, sa boussole? Toute l’œuvre de Yates est construite sur le revers, la faillite intime. Prenez Menteurs amoureux, son deuxième recueil de nouvelles qui nous parvient aujourd’hui, plus de trente ans après sa parution aux Etats-Unis (1981). La misère intérieure des personnages s’y dilue dans une sorte de déchéance molle. Les rêves de grandeur se cognent la tête à des plafonds trop bas. Les ambitions partent à vau l’eau dans «des éviers crasseux, infestés de cafards ». Car l’Amérique de Yates est moche, sale et méchante. Que faire? Rien. Sinon «jouer du pic dans la glacière » et se resservir un verre de scotch. C’est ce qu’a beaucoup fait Yates lui même, torturé qu’il était par ses débâcles sentimentales, fumant quatre vingts cigarettes par jour et abusant du Jack Daniel’s pour calmer ses crises maniaco-dépressives. C’est aussi ce à quoi s’emploie l’artiste (ratée évidemment) de «Oh, Joseph, je suis si fatiguée». Dans cette nouvelle magnifique, un homme se souvient de sa mère, dans les années 1930, à Greenwich Village. Le père – ce «salaud», ce «fils de pute minable»–a quitté la maison depuis belle lurette. La femme, sculptrice sans talent ni argent, mène une vie de bohème miteuse. Un jour pourtant, la chance sourit. On lui demande de «façonner, d’après modèle vivant », le buste de Franklin D. Roosevelt. La femme se rend à la Maison Blanche pour prendre les mesures du président. «J’ai vu, racontera-t-elle, un pied avec ces affreuses attelles en métal fixées à sa chaussure, puis l’autre. Il transpirait, il haletait, et son visage était comment dire, tout luisant, crispé, affreux.» Que se passe-t-il ensuite? Mal conseillée par son amant, elle finit par livrer une tête minuscule, sans intérêt, tout juste bonne,«une fois percée d’une fente en son sommet, à faire une tirelire pour la petite monnaie». La chance a tourné, elle s’étonne de n’avoir rien vu venir. Veau, vache, cochon, couvée…Les fantasmes de gloire s’évanouissent. Tout comme l’amant parti rejoindre une autre femme – l’épouse cachée dont il n’avait jamais divorcé. C’est une constante chez Richard Yates. Les personnages agissent et se regardent agir. Dans une sorte de dédoublement incrédule. C’est moi, ça? Comment ai-je fait pour me fourrer dans pareille panade?, se demandent-ils sans arrêt – à l’instar de Warren Matthews, plaqué lui aussi par sa jeune femme, et qui se réveille un jour, sans savoir comment s’en débarrasser, dans le lit d’une prostituée mythomane de Piccadilly («Menteurs amoureux»). Tel est le héros yatesien. Englué dans des situations qu’il n’a pas voulues. Pris dans les rets du mensonge et de sa propre lâcheté. Miné par deux forces contraires, l’élan et la résignation. « Incapable de trier le faux du vrai.» «Assez crétin enfin pour avaler les histoires des autres»… Et lorsque, comme Jack Fields (« Et dire adieu à Sally »), il décide qu’il est temps de «reprendre en main les rênes de sa vie», il est incapable de savoir «par où commencer ». Il a beau serrer les poings, le visqueux du réel leur glisse entre les doigts. Et sa détresse, alors, redouble de plus belle. «Entrer, sortir, ne pas s’attarder.» Telle était, pour Raymond Carver, le secret d’une histoire réussie. Ce pourrait être la devise de Yates– que Carver admirait – et qui apparaît ici, non seulement comme un grand nouvelliste, mais comme le père du minimalisme. Dépouillement, ellipses, silences… Chaque mot est pesé. Chaque dialogue gratté jusqu’à l’os. On dit qu’un écrivain ne raconte jamais qu’une ou deux histoires. Yates, lui, n’en a qu’une. Un thème unique, mais avec ses variations, ses couleurs différentes. «Sept nuances de gris et de glauque» : voilà qui ferait un titre à la mode pour ce beau recueil…Vous pourriez en être rebuté. Vous auriez tort !

Florence Noiville
Le Monde des Livres du vendredi 16 novembre 2012

Illustration : Aline Bureau


MADE IN ITALY

 

Emmanuel Bove
Il Presentimento
Traduzione di G. Brevetto
Pagine 144, formato 24 cm, € 13,50
anno di pubblicazione 2012
collana Autrement n.4

Emmanuel Bove
La coalizione seguito da Un Raskolnikov
Traduzioni di G. Brevetto e G. Pecchinenda
Pagine 224, formato 24 cm, € 14,50
anno di pubblicazione 2011,
collana Autrement n.1

Gianfranco Pecchinenda
Essere Ricardo Montero
Postfazione di Augusto Pérez
Pagine 96, formato 24 cm, € 8,90
anno di pubblicazione 2011,
collana Autrement n.2


A l'occasion de la parution du roman La Coalition en italien, l'Institut français de Naples organise une rencontre autour d'Emmanuel Bove le lundi 29 octobre 2012 à 18h.


Une lettre d'Emmanuel Bove à son frère Léon Bobovnikoff sera proposée aux collectionneurs lors de la vente aux enchères du 6 juin 2012 organisée par Pierre Bergé & associés. Pour plus de détails, cliquez ICI.


Lettre d'Alain Robbe-Grillet à Marie-Christine Pétremann


UNE LETTRE INEDITE DE COLETTE

"Une lettre signée Colette de Jouvenel pour plaider en faveur de Mes Amis, le roman d'Emmanuel Bove. Lettre autographe signée, sur papier bleu garance, avec pour en-tête une adresse 69, Boulevard Suchet et un téléphone Auteuil 06.27 . Le document est intéressant, même s'il ne comporte pas de date précise: la lettre a vraisemblablement été écrite en 1924.


"Chère Madame, avez-vous lu le livre d'Emmanuel Bove, qui court sa chance auprès d'un jury dont vous êtes la plus belle jurée ? Ce livre est intitulée "Mes amis", et je vous défie de le feuilleter sans le lire tout entier.
"Cette misère de Victor Baton, c'est la misère de Bove. Mais seul son talent a le droit de compter. Donnerez-vous votre voix à Mes Amis ?
" Dans tous les cas, vous serez tentée de la lui donner. Je vous remercie quoi qu'il arrive, et je vous demande de me croire bien amicalement à vous.
Colette de Jouvenel


Colette défend ici avec un avec zèle certain cet ouvrage d'Emmanuel Bove, publié en 1924 chez Ferenczi. Mais Bove n'eut pas le Goncourt pour autant. Question: comment s'appellait cette Dame dont Colette affirme "vous êtes la plus belle jurée" ? Question subsidiaire : qui eut le Goncourt cette année-là ? "

REPONSE : Goncourt 1924 Thierry Sandre : Le Chèvrefeuille chez Gallimard

SOURCE : Le blog de crimonjournaldubouquiniste


"Micha", ou la grâce en lutte avec le temps

Il y avait beaucoup d'amis de Mikhail Baryshnikov, jeudi à Chaillot. Ils étaient venus voir celui qu'ils appellent "Micha" et qui, pour la première fois, joue, dans In Paris, une pièce adaptée d'une nouvelle d'Ivan Bounine. On sentait le léger frisson d'une première un peu particulière, l'attente affectueuse d'un public acquis au "prince de la danse". Qu'allait-il donner, en incarnant un général russe immigré à Paris dans les années 1940, seul dans la ville, avec ses souvenirs, le passé enfoui, son pays perdu ? Comment allait-il traverser le temps de la nouvelle de Bounine, qui le fait entrer un soir dans une cantine russe et s'asseoir à une table à l'écart, comme un personnage d'Emmanuel Bove ?

Cet homme blessé, que sa femme quitta pour un autre, deux ans après leur mariage, vit dans une " complète solitude" qui s'accroche à ses pas aussi sûrement que la bruine d'automne aux trottoirs parisiens. Il semble n'y devoir jamais renoncer. " Bonsoir, Monsieur", lui dit la serveuse. Il est vieux, même s'il ne le paraît pas. Elle est jeune, et si jolie qu'il se trouble. Immigrée et seule. Il l'apprend en revenant, soir après soir, dans la cantine où se noue l'inespéré. Mais l'amour sera bref. Un jour de printemps, le général est terrassé dans le métro. Mort.

Voilà pour la nouvelle, qui tient en quelques pages. Le spectacle, lui, dure une heure et demie. Il semble sorti d'une malle ancienne où auraient été conservées les reliques d'une avant-garde supposée du XXe siècle. Mais il y a Anna Sinyakina, belle et vibrante. Et il y a "Micha", avec son pardessus sombre et sa petite moustache. Dmitry Krymov le met en scène comme s'il était un joyau à sertir. Précaution inutile : ce n'est pas cela qui se joue. Voyant Baryshnikov, on voit ses souvenirs de Baryshnikov. Toutes les soirées somptueuses qu'il a données. Et surtout ce soir insensé, où, sur une scène suisse, au tournant des années 1970, il avait sidéré les danseurs qui l'accompagnaient, en échappant à la pesanteur.

Un éclat lointain en revient, quand Baryshnikov esquisse quelques pas, à la fin d' In Paris. Dans une séquence sublimée, le général mort se transforme en torero. Avec son manteau retourné et la grâce inaltérable de son corps, le "prince de la danse" combat alors un ennemi invisible : le temps qui passe.

THéâTRE | | 10.09.11 | Le Monde / Brigitte Salino


Vente d'une lettre d'Emmanuel Bove à son frère Léon

 


"Sur les pas d'Emmanuel Bove à Bécon-les-Bruyères"

Du 4 mars au 30 avril 2011

Entrée libre - Bibliothèque J-B Charcot - 184 boulevard Saint Denis - 92400 COURBEVOIE
Mardi et vendredi : 15h-18h - Mercredi et samedi 10h-12h30 et 14h-18h

"Il y a quelques années j'avais souhaité commencer un blog autour du Bécon-les-Bruyères d'Emmanuel Bove pour inviter (surtout mes proches) à découvrir le texte de manière ludique, en confrontant des photographies du Bécon contemporain où apparaissait Bove : portraits photoshopés sur les murs comme des affiches, ou présence discrète ici et là comme un fantôme ou un ange protecteur (manière de dire que Bove habite toujours le lieu...)" (Julien Brachhammer)

Le photographe Julien Brachhammer nous invite à une jolie promenade à travers Bécon-les-Bruyères en compagnie d'Emmanuel Bove. Son travail étonnant fait penser à celui du phototographe américain David Wojnarowicz autour de Rimbaud à New York. Dans le cadre de cette exposition le comédien Grégoire Oestermann donnera une lecture du texte Bécon-les-Bruyères à la bibliothèque de Courbevoie le samedi 5 mars 2011 à 18H.

Le site de Julien Brachhammer où l'on peut voir les" traces" de Bove à Bécon-les-Bruyères...


"cela reste un écrivain qui me fascine. Son personnage central, c'est l'homme dans ce qu'il a de lâche, l'homme qui a peur. Ses défauts le rendent humain. Il se ment à lui-même, il ment aux autres. " (Benoît Poelvoorde à propos d'Emmanuel Bove)

En février dernier, vous avez annoncé que vous alliez cesser de faire l'acteur. Intox ?

Non, je vais réellement lever le pied, en assurant mes derniers engagements. Comme un garagiste qui annonce la fermeture de son garage, mais qui est contraint d'ouvrir encore quelques jours pour terminer les dernières voitures... Pour la première fois de ma carrière, je ne sais pas ce que je vais faire dans trois mois. J'ai 46 ans, j'ai envie de m'enrichir avec de nouvelles choses. Pour le moment, j'ignore quoi, et je trouve cela plutôt excitant. J'ai fait du cinéma par accident et j'aimerais susciter un nouvel accident. En prenant mon temps. Je le peux, j'ai bien gagné ma vie.

Vous aviez un moment le projet d'adapter un roman d'Emmanuel Bove. Est-ce toujours d'actualité ?

Jean-Pierre Darroussin [réalisateur du Pressentiment, NDLR] m'a devancé. Mais cela reste un écrivain qui me fascine. Son personnage central, c'est l'homme dans ce qu'il a de lâche, l'homme qui a peur. Ses défauts le rendent humain. Il se ment à lui-même, il ment aux autres. C'est ce que je préfère en tant que comédien : exprimer autre chose que ce qu'on est en train de montrer.

Les losers, les veules, les méchants, vous en avez souvent interprété...

En ayant sur eux un regard compassionnel. Je n'imagine pas un être humain habillé autrement qu'avec ses petites lâchetés. On est envahi d'actes de bravoure et de héros, regardez le cinéma américain. Alors qu'entre le courageux qui va sauver ses camarades dans la grotte et celui qui trahit, la majorité des gens se situent au milieu. Et c'est elle qui est le moins représentée... Etre courageux, se dire en fin de journée qu'on a limité les bassesses, qu'on a vraiment défendu ses idées, ce n'est pas si facile. Surtout dans un métier comme le mien, où il est recommandé de ne pas être sincère, où l'on peut mentir effrontément sans que cela n'offusque personne. Combien de fois j'ai vu des gens dire à une avant-première « c'est un chef-d'œuvre », et retourner leur veste quatre jours plus tard en clamant « c'est une daube ». Pourquoi mentir ainsi, si ce n'est pour protéger une image ?

Vous êtes issu d'un milieu modeste, étranger au cinéma. Est-ce que cela compte dans votre parcours ?

Tout m'apparaît comme un cadeau. Et ce cadeau amène le sentiment d'imposture. Mon père, chauffeur routier, est mort lorsque j'étais enfant, mais j'ai bien vu qu'il lui fallait beaucoup travailler pour gagner peu. Ma mère, elle, tenait une épicerie à Namur. J'ai grandi dans un environnement où le gaspillage était banni, où tout salaire se mérite... Je sens parfois que je ne mérite pas ce que je gagne. J'ai tendance du coup à dire deux fois merci... Quand j'ai découvert, au début de ma carrière, que les savons étaient gratuits dans les hôtels, je les ramenais systématiquement, j'en donnais à ma mère...

Vous désacralisez volontiers votre profession...

Je persiste : être comédien de cinéma, ce n'est pas grand-chose. Je ne déprécie pas ce que je fais, mais j'ai franchement plus d'admiration pour les comédiens de théâtre. Là, il y a du boulot. Au cinéma, on dit trois mots par jour. Le tout, c'est d'attendre, de rester en énergie pour que les trois mots soient dits comme on l'a souhaité. Il n'y a pas de mise en danger. On est bichonné, infantilisé, déresponsabilisé. Sur scène, il faut mouiller la chemise. Et le bide, vous le payez cash. Le cinéma, je le pratique en dilettante. Au premier degré, sans réfléchir, sans me concentrer. Si je me crispe, c'est mort. C'est un peu comme passer à vélo d'une route à un trottoir. Faut y aller et ne pas freiner, sinon on se casse la figure.

Avez-vous eu une enfance heureuse ?

Comme ma mère n'avait pas les moyens de me garder, j'ai été brinquebalé un peu partout, de pensions en internats. J'étais très bon élève, puis j'ai eu une adolescence difficile. J'étais plein de dédain, je me trimballais avec une canne, comme le personnage d'A rebours, de Huysmans. J'aurais pu être punk, mais je les trouvais faibles d'esprit. J'étais fasciné par les dandys, par George Brummell. Je ne le suis plus du tout, même si je suis resté une vraie chochotte en matière de fringues... Enfin, jusqu'à 18 ans, j'ai toujours vécu entouré de plein de gens différents. J'ai appris à me débrouiller tout seul, à me déplacer partout. Sur un plateau, je suis à l'aise : c'est comme une colonie de vacances, pour moi. Le revers de tout cela, c'est une peur panique de l'abandon. J'ai besoin d'un repère solide. Ma vieille maison, à Namur, c'est très important. Comme un bunker, un refuge interdit au milieu du cinéma.

A quel moment avez-vous eu conscience que vous faisiez rire ?

A l'école. Je n'étais pas turbulent, mais j'avais l'art des situations, je savais les tourner à ma manière. Plus tard, lorsque j'ai fait l'Ecole des arts appliqués, en Belgique, j'avais du bagout. Je faisais des trucs nuls et j'avais le talent pour les survendre auprès des profs, pour justifier l'injustifiable. J'étais très malin pour ne rien faire ou pour faire travailler mes amis, comme Rémy Belvaux, qui dessinait mieux que moi. J'y allais au bluff. Ça, c'est un truc de comédien.

En 1992, c'est justement avec Rémy Belvaux et André Bonzel que vous cosignez une bombe potache, devenue phénomène public, C'est arrivé près de chez vous...

On écrivait des scénarios de BD ensemble, on avait les mêmes goûts, en particulier pour le dessinateur Yves Chaland. On a d'abord fait un court métrage ensemble, qui a été sélectionné au festival de Clermont-Ferrand. Le public a trouvé cela navrant, mais nous, on était ravis d'être logés à l'hôtel et de faire la fête. Du coup, Rémy a voulu qu'on écrive un long métrage, je ne savais même pas ce que c'était à l'époque. On est parti d'une BD qu'on adorait, Torpedo, l'histoire d'un tueur en série, con comme une plume et qui flingue à tout-va. Du Tarantino avant l'heure. On n'avait pas de moyens : c'est le seul film que je connaisse où tout le monde a bossé gratuitement et continue de toucher un pourcentage. Avec ce film, on est allés dans vingt-sept pays... Il ressemble à l'histoire d'un groupe de rock, avec un destin tragique [Rémy Belvaux a mis fin à ses jours en 2006, NDLR].

Par la suite, tout s'est enchaîné très vite. Trop ?

Ce qui est sûr, c'est que je n'ai rien fait pour ça. Après C'est arrivé..., on n'arrêtait pas de me dire : « Vous êtes un excellent acteur. » Alors je suis monté sur scène, histoire de me tester, avec un one-man-show, Modèle déposé. Puis Philippe Harel m'a proposé Les Randonneurs. Je lui ai dit : « Je ne vois pas pourquoi je jouerais un mec qui marche dans la montagne : je n'aime ni la montagne ni marcher. - Moi non plus, m'a-t-il répondu, c'est l'intérêt du film ! » Lorsque j'ai su combien je serais payé, je n'en revenais pas ! J'ai trouvé ça fendard et ça a continué de film en film, avec de plus en plus d'argent à la clé.

Pour faire rire, le physique est-il important ?

Bien sûr. J'ai la chance d'avoir une tête en caoutchouc, un visage très expressif. Ce qui peut être un handicap. Sur L'Autre Dumas, de Safy Nebbou, cela a été difficile. Au moindre froncement de sourcils, il me disait : « Non, c'est trop. Il faut nettoyer tous tes tics »... Autre épreuve : les séances photo. Certains photographes me blessent sans le savoir en disant : « Non, pas de grimaces ! » Alors que je n'en fais pas !...

Entre ses mains, d'Anne Fontaine, en 2005, où vous jouez un serial killer qui tombe amoureux, est un tournant dans votre carrière. Pour la première fois, vous ne faites plus rire du tout...

Elle est arrivée au bon moment. Mais j'ai constamment eu la trouille. D'abord parce qu'il fallait séduire une femme. Ensuite parce que je ne pouvais plus gueuler. Anne Fontaine m'a « débourré », si l'on peut dire. Après, je n'ai plus eu peur du ridicule... Le plus marrant, c'est que je viens de tourner son nouveau film, Mon pire cauchemar, avec Isabelle Huppert. La boucle est bouclée : Anne m'a sorti de la comédie en m'amenant au « murmure », m'a offert, dans Coco avant Chanel, le rôle d'un châtelain un peu fanfaron et vient de me ramener là où elle m'a trouvé, dans un rôle d'abruti.

Vous sentez-vous maintenant capable de tout jouer ?

Ah non ! Je serais par exemple incapable de faire un film d'action, d'être un héros armé. Tout le monde éclaterait de rire. Il y a des choses en revanche que je n'ai peut-être pas explorées. Incarner un manipulateur pervers, par exemple. Quelqu'un qui a l'apparence du bien...

A quoi mesure-t-on un bon acteur ?

A la désinvolture. Un modèle ? Bernard Blier. Vous ne le verrez jamais jouer mal. Il reste gracieux, dans la comédie comme dans le drame. Même s'il n'a qu'une ligne de dialogue. Il est au-dessus.

Avec les années, on a le sentiment que vous ressemblez de plus en plus à la fois à Louis de Funès et à Bourvil.

Anne Fontaine m'a dit la même chose, en me voyant courir. Pour de Funès, je peux comprendre : je lui pompe tellement de choses, 80 % de son énergie. Je suis un fan absolu. Sa rythmique, sa cassure du jeu, il y a beaucoup de choses que je lui ai piquées. En ce moment, il y a un type que j'admire, c'est Ricky Gervais, qu'on voit dans la série The Office. Je suis capable de le regarder en boucle, des heures durant. Son aisance, sa manière de tripoter sa cravate me fascinent. Il incarne un patron qui se croit parfait, alors que c'est un parfait connard. Il n'y a rien qui me fasse plus rire.

Dans Les Emotifs anonymes, vous êtes, vous aussi, un patron, mais d'un tout autre genre, noué par la timidité. Avez-vous des points communs avec lui ?

Je suis un angoissé, mais là il s'agit d'un vrai handicap, dont Jean-Pierre Améris a lui-même souffert. Il aurait pu faire une tragédie de cette histoire, je trouve ça bien qu'il ait réussi à en rire. Les scènes de panique, ce n'était pas compliqué pour moi. Ce qui l'était plus, c'était de respecter la scansion de la parole, précise comme une musique. Le plus fou, c'est que dès que je jouais, j'avais aussitôt les mains moites, exactement comme le personnage qui transpire et qui change sans arrêt de chemise. D'ordinaire, je n'ai jamais les mains moites !

Vous restez indissociable de la Belgique. Comment voyez-vous ce pays aujourd'hui ? Plus divisé que jamais ?

La Belgique, c'est le paillasson de l'Europe : tout le monde nous a traversés ou nous a occupés. Personnellement, je ne la vois pas divisée. Le problème est complexe, et je ne suis pas un politique. Mais voir ma mère s'inquiéter d'une séparation, elle qui est pourtant royaliste et qui n'a jamais mis les pieds en Flandre de sa vie, a tendance à me rassurer. Chez nous, on n'a jamais fait les choses simplement et avec bon sens. On prend du temps, on est lents, c'est notre charme. A ce propos, j'ai une histoire à mourir de rire. On a chez nous une émission culturelle sur Arte Belgique, super bien, mais qu'on n'arrive pas, bizarrement, à capter certains soirs. Le problème, m'a expliqué un journaliste, c'est qu'il s'agit d'une émission enregistrée et qu'un type de la RTBF (Radio Télévision belge francophone), chargé de l'apporter, oublie une fois sur deux. Il est vieux, il doit picoler un peu... On imagine que ceux qui ont bossé sur l'émission sont furieux, mais non, apparemment personne ne se sent froissé. C'est énorme, non ?

A propos de Rien à déclarer, Dany Boon raconte que dans sa jeunesse il passait souvent la frontière franco-belge avec chaque fois une appréhension. Vous aussi ?

Je ne sais pas ce qu'il passait ! (rires)... On s'est trouvé plein de points communs, avec Dany. Lui aussi a perdu jeune un père qui était chauffeur routier, ses parents ont tenu une épicerie et il a fait les Beaux-Arts. Après, on n'a pas du tout le même caractère. Lui est très travailleur, moi très paresseux. En le regardant, je me suis dit que ça m'obligerait à m'activer. A l'inverse, j'espérais lui transmettre un certain laisser-aller. Il ne s'arrête jamais. Il a déjà fini le synopsis de son prochain film, et après la promo il remonte direct sur scène.

Et vous, qu'allez-vous faire ?

Dormir deux mois. Puis lire. Rester sans bouger, chez moi, ne me dérange pas. Comme je suis très maniaque, je peux passer des heures à nettoyer, à aménager - j'ai beaucoup de pièces. Je change les objets de place, je m'assois, je fume en regardant le plafond, je joue avec mon chien. Et quand je me lasse, je vais boire un coup avec mes potes. Une vie très banale.

Sans enfants ?

Ça me terrorise d'être responsable de quelqu'un. Déjà, être responsable de mon chien, ça me fait peur. Alors communiquer mes angoisses à mon enfant ! Je m'en voudrais à mort...

Propos recueillis par Jacques Morice
Télérama n° 3181 / décembre 2010


Michel Houellebecq, lors de la remise du prix Goncourt 2010
Photo Franck Chevalier

"Il souhaitait être enterré très précisément au cimetière du Montparnasse, il avait même acheté à l'avance la concession, une concession simple, trentenaire, qui se trouvait par hasard située à quelques mètres de celle d'Emmanuel Bove." (La carte et le territoire, p. 317.)

 


Août 2010. Le roman Un Raskolnikoff traduit en allemand par Thomas Laux a été publié aux éditions Lilienfald Verlag.


 

Le 12 juin 2010, dans le cadre du festival Paris en Toutes Lettres, le comédien Grégoire Oestermann a lu Bécon-les-Bruyères. Je n'ai pu malheureusement assister à cette lecture étant moi-même en répétition de mon exercice d'admiration sur Jacques Rigaut que je présentais le lendemain. Si certains possèdent des échos (images, sons, etc.) de cette lecture, je suis preneur. Merci d'avance.


 

Réédition chez Manucius d'un des deux romans policiers écrit par Bove. Un édition présentée par Bruno Lopat.


Dans ses carnets du rocher 1982-1987, Peter Handke évoque plusieurs fois Emmanuel Bove dont il a été le traducteur pour l'Allemagne. Il note des citations de Bove ou ses impressions de traducteur et de lecteur : "Madeleine, comme je lui souriais, m'a regardé comme les gens qui se réconcilient avec quelqu'un qu'ils n'aiment pas. (Emmanuel Bove, Journal écrit en hiver). / "Genre épique (La Répétition) : les jours et les nuits, et l'année, et le siècle (chez Emmanuel Bove ce sont seulement les jours et les nuits, même son : "Les étoiles clignaient dans l'air limpide, comme menacées d'un vent céleste.") / "Raconter : chercher les cordages entre les mâts, les lianes entre les ramures d'arbres (la tombe d'Emmanuel Bove au cimetière Montparnasse: des spores de platane dans la chapelle funéraire, et juste à côté le vacarme des voitures) (28 mars) / "A chaque instant des remarques de sa fille le plongeaient dans un abîme. un jour, par exemple, comme il lui avait dit en la regardant avec admiration : "Je voudrais que tu sois une reine", elle avait répondu avec une pointe de mépris : "Tu devrais dire une sainte" (E. Bove, Un père et sa fille, un chef-d'oeuvre!) / "Au milieu de la nuit, la clarté se fit lentement dans son cerveau . Pour échapper à sa douleur, il lui suffisait...d'oublier tous ses rêves et ses ambitions, et de ne plus avoir qu'un seul but devant les yeux : être le dernier homme" (Emmanuel Bove) / "L'être aimé qui te sauverait s'il te connaissait - mais qui cesse d'exister sitôt qu'on lui adresse la parole" (E. Bove : la religion révélée par un écrivain, dans un contexte très quotidien; il faut que je lise Emmanuel Bove aussi attentivement que Friedrich Höderlin) / "Le même soin que les sauvages mettent à la confection d'un piège, il l'apporta à ses préparatifs de voyage" (Bove, L'amour de Pierre Neuhart) / "L'homme qui la nuit dernière marchait dans le hall presque désert de la gare de l'Est avec un petit traîneau m'a fait penser à Emmanuel Bove (17 février) / "Emmanuel Bove : à la lettre le saint des derniers jours" /

Peter Handke, A ma fenêtre le matin, Carnet du rocher 1982-1987, éditions Verdier, 2006.


DISPARITION

Nora de Meyenbourg était la fille de l'écrivain Emmanuel Bove. Elle a beaucoup contribué à la réhabilitation littéraire de son père tout d'abord en sauvegardant soigneusement ses manuscrits et sa correspondance qu'elle conservait dans une malle chez elle jusqu'à qu'elle décida de confier ces archives à l'Imec, mais également en participant étroitement à la réédition de l'oeuvre oubliée de ce père écrivain dont elle était fière. C'est d'ailleurs dans le cadre d'une réédition, il y a tout juste un an, que j'avais eu le plaisir de revoir Nora chez elle à Blois. Olivier Gadet, le directeur des éditions Cent pages et moi-même avions été épatés par sa vivacité d'esprit et son enthousiasme à consulter les épreuves finales de Bécon-les-Bruyères mais aussi à évoquer le souvenir d'Emmanuel. Nora vient de disparaître, elle sera inhumée ce jeudi 17 septembre 2009 à Blois. J'adresse mes condoléances à ses amis et à ses proches.

La vidéo de ma dernière visite chez Nora


Quand la littérature s'écarte du roman sans renoncer au récit, elle jouit d'une distance nouvelle face au monde. Plus près des choses, elle se contente d'êtreun simple instrument d'enregistrement, comme un oeil mécanique au milieu de la vie. Aujourd'hui, ce parti pris, de Georges Perec (citons par exemple sa Tentative d'épuisement d'un lieu parisien) à Jean Rolin et ses Zones, n'est pas révolutionnaire, mais lorsque Emmanuel Bove publie en 1927 Bécon-lesBruyères, sa démarche est singulière. Elle annonce un genre nouveau : celui de la littérature documentaire. A l'origine, c'est un texte de commande pourunecollection, "Portraits de la France", dans laquelle Paul Morand s'intéressa à Toulon et André Maurois, à Rouen. Au regard de ces villes, le choix d'EmmanuelBove peut sembler bien incongru.
Quand l'ouvrage paraît, l'écrivain a 29 ans. Il a déjà publié deux livres - Mes amis et Armand - qui l'ont immédiatement distingué. Lorsqu'on lui propose d'écrire ce récit de voyage, Emmanuel Bove habite à Courbevoie, en banlieue parisienne. Il n'ira pas plus loin. À l'exotisme de la littérature d'évasion, il préfère opposer un regard simple sur un lieu sans qualité.
Car Bécon-les-Bruyères "existe à peine". C'est le nom d'un lieu-dit à cheval sur les communes de Courbevoie et d'Asnières. L'anti- "ville tentaculaire", où tout est normal. Mais cette banalité ne rebute pas Bove. En la traversant, il se livre à une minutieuse description pour une enquête sans énigme : on n'y trouvera aucun scoop, nulle révélation spectaculaire, mais une suite de faits recueillis comme des vieux instantanés.
Bécon-les-Bruyères est au ras des pâquerettes. Tout y est morne, désert, comme si la vie s'en était retirée. En s'y perdant, l'oeil de Bove enregistre les signes de cette désolation. Il remarque tantôt une boîte aux lettres (abandonnée ?) à laquelle on ne confierait pas son courrier, ou plus loin encore, un sac mystérieux, charrié par la Seine, et qui cristallise toute la mélancolie des environs.
A travers l'évocation de cette banlieue et de son no man's land, il décrit un monde abîmé dans lequel la communauté humaine semble être disjointe, et bien mal à l'aise avec son territoire. On devine alors l'imminence d'un sentiment qui sera au coeur des thématiques littéraires de l'après-guerre : celui de l'étrangeté.
Le désenchantement culmine quand le marcheur, soucieux de trouver un réconfort spirituel, traverse un cimetière à Asnières. Mais la mémoire des humains y est absente : les tombes n'accueillent que les chiens. Cependant, ce lieu ne l'accable pas, il comprend que la dérision est la meilleure manière de supporter un monde où la place de l'homme n'est peut-être plus garantie : "Boby, Daisy, vous dormez ici depuis 1905. Mais qu'est devenue votre maîtresse, et cette peau d'ours blanc, et cette table légère sur lesquelles on vous a photographiés ?"

BÉCON-LES-BRUYÈRES d'Emmanuel Bove. Postface de Jean-Luc Bitton. Ed. Cent pages, 64 p., 10 €.
Amaury da Cunha
Article paru dans le Monde des Livres du 03.07.09.

 


On connaît l'admiration du comédien et réalisateur Jean-Pierre Darroussin pour l'écrivain Emmanuel Bove dont il a adapté le roman Le Pressentiment, plus inattendue (quoique...) celle du comédien belge Benoît Poelvoorde qui, le 6 juin prochain, lors du festival "Paris en toutes lettres" donnera une lecture de Mes amis, le premier roman du "plus grand des auteurs français méconnus".

MAGIC MIRROR à 21H
Place de Stalingrad · 75010 Paris
Accès handicapés
(600 places)

P.S. : La lecture de Mes amis par Benoît Poelvoorde a été annulée, le comédien ayant été retenu sur un tournage. Selon Olivier Chaudenson, le directeur de "Paris en toutes lettres", cette lecture est remise en 2010 dans le cadre du prochain festival.



 


Vente aux enchères publiques le 8 avril 2009 de la bibliothèque Christophe d'Astier dans laquelle on trouve des éditions originales d'Emmanuel Bove. Voir le catalogue ici.

LOT 46

MES AMIS.
PARIS, FERENCZI ET FILS, COLLECTION « COLETTE », 1924.
BOVE, EMMANUEL

200—300 EUR


DESCRIPTION

édition originale. In-8 (188 x 110 mm), broché.

envoi autographe signé : "à Monsieur Henri Lenseigne, ce premier livre en témoignage de reconnaissance et de vive sympathie. E. Bove".

pièce jointe : lettre autographe signée (1 p. sur 1 f., 268 x 209 mm) de remerciement à John Charpentier pour sa critique dans le Mercure de France « [...] Je vous remercie de tout coeur. Vous n'avez pas voulu relever certains détails qui, je le sais, sont de trop. Ainsi, vous avez montré que vous aviez confiance en mes livres futurs et que vous étiez indulgent pour les erreurs d'un premier livre. Je vous suis très reconnaissant. [...] ».


Février 2009, parution du roman Le Pressentiment en poche au Seuil avec une préface de Marie Darrieussecq.

"Le Pressentiment", ou quand un avocat parisien refuse le confort des beaux quartiers

Jusqu'à quel point peut-on tirer sa révérence au monde ? Le rêve n'est pas neuf : larguer les amarres et filer vers le large dans l'espoir de vivre enfin quelque chose qui ressemble à la vérité. Folle et grave ambition qui anime des êtres intransigeants (par exemple, le personnage mis en scène par Sean Penn, en 2008, dans le film Into the Wild) et qui fut aussi, pour partie, celle de l'écrivain Emmanuel Bove. De son vrai nom Emmanuel Bobovnikoff, ce Français de père russe, né en 1898 et en 1945, choisit d'offrir la plus petite surface possible aux honneurs et au confort.


La notoriété pourtant - ou ce qui aurait pu s'en approcher, s'il y avait prêté le flanc - vint tôt chercher ce romancier talentueux, qui avait décidé de devenir écrivain à l'âge de 14 ans. Remarqué par Colette, il connut le succès dès son premier roman (Mes amis, paru en 1924) et publia onze livres, au cours d'une existence finalement assez brève. Mais s'il fut toujours admiré, Bove n'en resta pas moins rétif aux manifestations du carnaval social et finit par tomber dans une relative confidentialité. Est-ce à cause de son manque d'appétit pour les salons, fussent-ils littéraires ? Il ne faut pas s'étonner, en tout cas, que le héros du Pressentiment, son sixième roman (adapté au cinéma par Jean-Pierre Daroussin en 2006 et doté, pour la présente édition, d'une belle préface de Marie Darrieussecq), soit à l'image de ce refus des apparences et des conventions.

Avocat parisien issu de la bourgeoisie, marié et père de famille, Charles Benesteau n'est pas un révolutionnaire. Il a "une cinquantaine d'années", porte une moustache noire et souffre peut-être, apprend-on, des "conséquences tardives de la guerre". Un homme parmi d'autres, en somme. Sauf que celui-là ne supporte plus l'hypocrisie qui l'entoure. Pire encore : "Il trouvait le monde méchant." A partir de cette phrase sublime, qui met en scène une sorte d'intolérance au mensonge, à l'égoïsme et à la cupidité, Emmanuel Bove va précipiter son personnage dans une quête radicale et finalement vaine.

Car la méchanceté est une maladie terrible. Un fléau contre lequel Charles Benesteau ne possède pas d'anticorps. Son seul remède, c'est la fuite. Oh, pas loin : du 18e arrondissement de Paris, près de la place Clichy, l'avocat va passer au 14e, rue de Vanves, derrière la gare Montparnasse. Là, il emménage dans un logement modeste, après avoir quitté femme et enfants. Pas très loin, mais suffisamment, tout de même, pour se dépayser complètement. Il faut dire qu'en 1931, date à laquelle commence le récit, le quartier n'a pas la physionomie qui est la sienne aujourd'hui. Il y a même une immense misère, dans ce coin de Paris, peuplé de tout un monde que Benesteau n'a jamais côtoyé de sa vie.


AUTEUR ASCÉTIQUE


Une détresse navrante, décrite avec la simplicité qui commande l'ensemble du livre. Pas d'effets, pas de pathos, pas d'indignation sous la plume de cet auteur ascétique, dont le personnage ne se met en colère qu'une seule fois - et encore, sans parole. C'est en peu de mots que Bove peint l'univers, à la fois celui du 17e arrondissement et celui du 14e.

En quelques mots, mais simples et limpides, qu'il passe sur l'inertie d'Eugénie, la vieille servante (qui "était sale parce qu'elle n'avait plus de dents, parce qu'elle n'avait jamais inspiré, nous ne disons pas de l'amour, mais le plus petit sentiment à qui que ce fût") et sur la douleur de Juliette, l'adolescente recueillie par Charles. Sa mère est à l'hôpital et son père en prison, pour avoir frappé sa femme : l'enfant n'a plus personne pour veiller sur elle.

Pas d'angélisme, chez Emmanuel Bove. Et peut-être même un rien d'ironie vis-à-vis de son héros, que sa candeur a rendu si désarmé face au monde. Benesteau : n'entend-on pas l'adjectif "benêt" dans ce nom d'apparence inoffensive ? C'est que l'avocat ne se remet pas d'une découverte qui le blesse jusqu'au fond de l'âme : chez les pauvres, le monde n'est guère moins méchant que chez les riches. On y peut être fourbe, malveillant, âpre et même calomniateur, comme l'affreuse Madame Chevasse, qui fait courir sur son compte les pires rumeurs. Et le personnage, qui découvre enfin combien le destin l'a privilégié, se désole que "ces gens" refusent de "le considérer comme l'un des leurs".

C'est un homme qui veut pousser une montagne à la seule force de ses mains, ce Charles. Et qui finit par en mourir, bien sûr - quelle autre solution ? Emmanuel Bove, lui, est mort à l'âge de 47 ans. A l'époque, les livres de cet écrivain "pathologiquement discret", selon l'expression de Philippe Soupault, n'étaient pratiquement plus édités.


d'Emmanuel Bove. Points "Signatures", 150 p., 8,50 euros

Raphaëlle Rérolle
Article paru dans Le Monde du 15.02.09

 

 


En librairie en janvier 2009, "Bécon-les-Bruyères" la nouvelle d'Emmanuel Bove
rééditée aux éditions Cent Pages et postfacée par votre serviteur.

 

Bécon-les-Bruyères, 2 mn d’arrêt

Lumineuse idée des Editions cent pages, admirable éditeur de l’Isère qui réalise des ouvrages d’une irréprochable qualité typographique, de proposer en un petit volume un bijou à la fois très connu et parfaitement méconnu d’Emmanuel Bove, Bécon-les-Bruyères. Livre de commande dans le cadre d’une série où l’on demandait à des écrivains de raconter une ville, cet exercice nous prouve que les grands écrivains peuvent transformer une contrainte en art, car au-delà du simple travail d’observation auquel s’est livré Bove sur une ville dont il était l’habitant, c’est une radiographie littéraire de l’espace qu’il nous offre, braquant son projecteur ironique sur une non-ville, un lieu plus qu’une cité. Comme le dit Jean-Luc Bitton, le spécialiste incontesté de l’auteur, il s’agit d’une” monographie tout aussi ironique que poétique d’un no man’s land de la banlieue parisienne” qui vient poser sa provocation tranquille à côté d’illustres cités, démarche bovienne par excellence de cet auteur qui côtoya les gens de peu comme on dira plus tard pour leur donner une place unique dans la littérature du XX° siècle. Paru en 1927, il fait partie de ses premiers textes mais Mes amis l’avait déjà propulsé et très vite, à l’avant-scène. C’était d’ailleurs pour fuir cette gloire rapide qui lui faisait peur que Bove s’était éloigné, gagnant “ce lieu qui n’existe que par le nom de sa gare”, un endroit qu’il a sublimé en l’observant avec minutie, y cherchant des traces de vie tout en suspectant qu’il n’y en avait pas, d’où, on le voit, l’étrange profondeur de ce petit texte dont le souvenir peut vous poursuivre longtemps. Livre d’un habitant fantomatique sur une ville qui paraît dépeuplée, Bécon-les-Bruyères pourrait s’inscrire sans défaut dans cet ensemble bizarre qui s’appelle la “littérature de voyage”, non pas tant parce qu’on s’y déplace que parce qu’on y découvre la vraie nature du dépaysement, ce sentiment d’être le même mais ailleurs. Tous ceux qui ont lu ce micro-livre et qui ont un jour, au départ de Saint-Lazare, croisé le panneau SNCF annonçant cette gare qui n’a pas disparu malgré la pression des deux villes qui la tiennent serrée, ont fait l’expérience étrange d’une inexplicable familiarité avec un lieu où aucune raison ne vous porte. Et la tentation peut survenir d’y descendre… pour peu que le train veuille bien s’y arrêter…

Les amateurs iront sans retard sur le magnifique site animé par son biographe Jean-Luc Bitton : http://www.emmanuel-bove.net/

Source : http://blogs.mollat.com/litterature/tag/emmanuel-bove/


 


ENSEMBLE : EMMANUEL BOVE & HENRI CALET

T'ai-je dit que j'ai Adieu Fombonne dédicacé à Calet:
"En souvenir des heures passées ensemble. Emmanuel
Bove" ?

(E-mail de Bernard Morlino à Jean-Luc Bitton)

UN SIECLE D'ECRIVAINS EN LIGNE

Emmanuel Bove, un film réalisé par Hervé Duhamel et écrit par Jean-Luc Bitton, avec les témoignages d'Edmond Charlot, Raymond Cousse, Jean Gaulmier, Denise Margot, Simone Monnier, et Nora de Meyenbourg, pour France 3, "Un Siècle d'écrivains", une coproduction INA/FRANCE 3/IMEC/1996. Sur google video

CHEZ NORA, LA FILLE D'EMMANUEL BOVE

Nora de Meyenbourg filmée chez elle en septembre 2008. Pour regarder la vidéo, cliquez ICI!

REEDITION

Bécon-les-Bruyères bientôt réédité aux éditions Cent Pages...

 


Michel Baudinat, comédien

"Le temps est dangereux", disait-il dans Vous qui habitez le temps, de Valère Novarina. Jeudi 10 juillet, Michel Baudinat est mort, à Roanne (Loire), des suites d'un cancer. Il avait 68 ans. On ne verra plus son visage un peu lunaire, qui savait si bien convoquer les étrangetés de la vie. On n'oubliera pas son allure terrienne, qui semblait plantée dans le quotidien. On ne restera plus bouche bée devant sa façon de donner corps au langage, qui rendait populaires tous les mots en scène.


A en croire sa biographie, Michel Baudinat n'a fait que jouer, en commençant par naître le 24 décembre 1939 à Ollioules (Var). C'était un homme discret, dont la vie s'effaçait devant le théâtre, qu'il a pratiqué dès 1970, en commençant sous la direction de Michel Berto. Dans son parcours, on croise, parmi beaucoup d'autres, les noms des metteurs en scène Didier Bezace, avec qui il a joué dans Le Piège, d'Emmanuel Bove, de Bernard Sobel, qui l'a dirigé dans trois spectacles - Fatzer et La Bonne âme de Setchouan, de Brecht ; L'Elephant d'or, de Kopkov - ou encore de Daniel Jeanneteau, qui l'a choisi pour La Sonate des spectres, de Strindberg, en 2003.

Mais c'est avec Jean-Marie Patte et Valère Novarina que Michel Baudinat a tracé la plus belle part de sa route. Soit avec deux hommes de théâtre totalement à part. L'un, Jean-Marie Patte, tend vers l'indicible ; Valère Novarina, lui, cultive la profération. Mais ils ont en partage d'attaquer le théâtre par les faces nord, celles qui poussent à aller au bout de l'expérience des mots. Avec Jean-Marie Patte, Michel Baudinat a joué dans Les Bonnes, de Jean Genet, Abel et Bela, de Robert Pinget, Le Gardien du tombeau, de Kafka... ou encore Une pièce d'amour, de Patte lui-même.

Avec Valère Novarina, Michel Baudinat a entretenu, pendant plus de vingt ans, un de ces compagnonnages qui donnent à une vie d'acteur sa lumière propre. Non seulement il a joué dans les pièces écrites et mises en scène par le Savoyard, mais il a créé six de ces pièces, du Drame de la vie, en 1986, au Festival d'Avignon, à L'Acte inconnu, en 2007, à Avignon toujours, mais cette fois dans le saint des saints - la Cour d'honneur du Palais des papes, où il a été donné à Novarina d'être un des très rares auteurs vivants à être entendu.

Dans Vous qui habitez le temps, Michel Baudinat jouait le Veilleur, un rôle écrit pour lui, comme celui du Bonhomme Nihil, dans La Chair de l'homme, ou de Jean Terrier, dans L'Origine rouge. En 1999, l'acteur avait repris ces personnages dans un spectacle qu'il interprétait seul, sous le titre Le Vivant malgré lui. Le 28 janvier 2000, il l'avait présenté à Jérusalem, sous la neige, ce qui plaisait beaucoup à l'auteur. Il avait aussi joué du Novarina sous la direction de Claude Buchvald.

"Je lui ai souvent dit qu'il était mon diapason : qu'il fallait qu'il soit au milieu de nous pour que tout sonne juste", se souvient Valère Novarina. Ceux qui ont eu la chance de voir jouer Michel Baudinat mesurent la reconnaissance qui passe là.

Brigitte Salino / Le Monde du 24 juillet 2008


 



 

 


«J’ai parlé de Ponge à Char, il y a eu un silence»

Recueilli par PHILIPPE LANÇON

Libération : jeudi 3 avril 2008

Peter Handke a découvert Paris à 22 ans. Plus tard, il a traduit des écrivains français. Récit de son expérience.

«Le premier que j’ai traduit est Emmanuel Bove, il y a trente ans. Je revenais d’Alaska, j’avais fini Lent Retour, je retournais en Autriche et je ne pouvais plus écrire. C’était une pause d’angoisse. Je trouve scandaleux d’écrire, je ne comprends pas que ce ne soit pas un problème. C’est un sacrilège et, parfois, je suis un criminel heureux. Je ne pouvais plus écrire, mais je ne voulais pas abandonner les mots, leur rythme, la chaleur qui est à leur place, et, en Autriche, j’avais besoin de lire dans une langue étrangère. J’ai commencé par lire mot à mot les présocratiques. Puis Luc Bondy m’a fait découvrir Emmanuel Bove. Le traduire était un vrai match de foot : Emmanuel Bove était le joueur principal et moi je l’aidais à jouer dans l’autre camp, en langue allemande. Le premier texte était Bécon-les-Bruyères. Il décrit les alentours de la gare, simplement cette gare de banlieue, et c’est incroyable. On n’a vraiment pas besoin de Gabriel Garcia Marquez (1) ! De lui, j’ai également traduit Mes amis et Armand.

«Ensuite, j’ai traduit Francis Ponge. En Allemagne, il était occupé par les avant-gardistes. J’ai recommencé à lire le Carnet du bois de pins tandis que j’écrivais la Leçon de la Sainte-Victoire. Ponge dramatise un moment de sa vie qui, comme dirait Kafka, devient le sentiment profond - le passeport universel. Il voit le ciel d’Aix-en-Provence, au début de la Seconde Guerre mondiale, et il dit : ce ciel est tragique. C’était une nouvelle manière de rendre compte des phénomènes du monde, une possibilité très fraîche de la littérature. Il est vraiment simple à traduire. C’est un joueur. J’ai laissé des mots en français pour l’étrangeté de la langue.

«Et il y a eu René Char. Depuis Paul Celan, qui l’avait magnifiquement traduit, il n’y avait plus rien. J’ai traduit Retour amont et les Voisinages de Van Gogh. Char, c’est comme les présocratiques : on ne comprend pas forcément le texte, mais on voit autre chose en le lisant. Je suis allé chez lui, à l’Isle-sur-la-Sorgue. C’était un faux sévère. Ce jour-là, un colloque lui était consacré, il y avait des universitaires. Tout le monde parlait d’une voix très douce autour de lui. Puis les universitaires ont disparu, il a sorti du vin et il a dit : "Maintenant que les lémures sont partis, on va pouvoir ouvrir une bouteille." Il était très grand et son portail, tout petit. Il se penchait dessus pour l’ouvrir. Quelqu’un y avait accroché une plume. Il l’a prise et il a dit : "Ce sont mes visiteurs préférés." Des gens qui laissent des signes et qui ne dérangent pas. Quand j’ai parlé de Ponge à Char, il y a eu un silence… pas très agréable.

«Quand j’ai découvert ses textes, une phrase de lui dans Aromates chasseurs me fascinait comme un oracle : "Les femmes sont amoureuses et les hommes sont solitaires. Ils se volent mutuellement la solitude et l’amour." Maintenant, cette phrase me fait chier. Ma fille, qui a 17 ans, doit lire Char qui est au programme, et ça la fait chier aussi. Char se rend parfois important. Philippe Jaccottet, en comparaison, ça fait du bien - même s’il joue la modestie. Quand on écrit, il faut être modeste et non pas jouer à l’être. De toute façon chaque écrivain est énervant, mais tous ensemble c’est l’œuvre de Dieu ! Sauf les idéologues : ceux qui ont besoin d’un adversaire.

«J’ai également traduit Une jeunesse et la Petite Bijou, de Patrick Modiano. C’était pour moi une reconnaissance envers la France. Peut-être n’ai-je pas rendu le non-dit de ses phrases, mais je crois qu’il a quand même bien voyagé dans la langue allemande. Modiano est vague, cette manière vague délimite l’existence, il laisse dedans plein de choses vides. Parfois, dans ce vide, il laisse trop entrevoir un abandon ou un crime, ce qui m’ennuie, parce que ça rapetisse un peu le mystère du livre. Il n’y a pas d’utopie chez Modiano. C’est comme si au départ il manquait absolument tout. Au départ, il est toujours en danger : on est à la périphérie de l’âme, avec les orphelins. Un soufi dit que la révélation appartient aux orphelins, et non à ceux qui ont des parents.

«Je ne pourrais jamais traduire un texte de moi en français. Goethe a essayé de traduire son essai sur les plantes, mais il a vite arrêté en disant : ces Français vont me prendre pour un typique mystique allemand ! L’allemand est un vêtement qui peut faire un bruit magnifique, avec qui on peut aller dans les profondeurs de l’âme en restant clair. Mais c’est une langue dangereuse : on ne peut jamais écrire, comme dans la langue américaine, des phrases qui ne signifient rien, juste pour l’électricité du dialogue. En allemand, chaque sensation a un jeu de mots et chaque mot peut devenir une épopée. Or un vrai mystique ne s’abandonne jamais à sa langue, ou alors il se perd. Beaucoup d’écrivains allemands se sont perdus à cause de ça.»

(1) De Gabriel Garcia Marquez, évoquant les dictateurs et même les dirigeants de l’Otan que le Colombien a imaginés ou décrits, Peter Handke dit : «Dans chacun de ses livres, le protagoniste est soit un homme puissant, soit un puissant déchu - et lui, l’écrivain, y est toujours plus ou moins lié, il veut être avec les puissants. […] Que cet écrivain, qui est un bon écrivain, fasse de pareils crétins les héros d’une histoire, pour moi c’est tout simplement un sacrilège.»


 

Les éditions Nota Bene (Québec) ont réédité en poche le roman Armand accompagné d'une longue préface de François Ouellet intitulée : "Un Rastignac 1920". Achevé d'imprimer février 2007.


Julien Chabot, illustrateur, parle sur son blog de sa rencontre avec Emmanuel Bove...

Emmanuel Bove. On parle souvent d'oubli injuste à son sujet, et je partage cet avis. C'est selon moi un grand écrivain. J'ai fini mon premier livre de lui il y a trois semaines, et j'ai terminé hier soir mon troisième. Si j'ajoute à cela que ça fait un an que je n'ai pas réussi à finir un roman, ça peut illustrer mon enthousiasme.

La lecture est fluide. Les mots sont simples, l'écriture directe, on dit aussi qu'elle est "pauvre" ; c'est drôle d'ailleurs qu'on dise cela car j'ai l'impression que l'essence même de ses écrits sont justement la pauvreté et la richesse. On a l'impression que tout est parfaitement orchestré, le cours du récit, l'écriture, les digressions...
Quand je le lis, j'ai l'impression d'être en terrain connu. À quoi ça ressemble ? Un récit réaliste agrémenté d'un autre élément qui fait le relief : l'abstraction, la poésie, la psychologie... Beckett disait de lui qu' "il [avait] comme personne le sens du détail touchant", dans ses deux premiers livres, Mes Amis et Armand, c'est effectivement ce sens du détail qui saute aux yeux. Des détails parfois insignifiants mais à ce titre justement, beaux. L'inutile.
Il se passe peu de choses dans l'action de ses livres, mais j'ai le sentiment que dans chaque phrase, là, il y a plein de choses.

À le lire je pense à d'autres artistes : Duras (mais Bove peut être drôle), Leos Carax pour la parcimonie des dialogues et la poétique de la pauvreté, Wim Wenders et Eric Rohmer pour l'errance (d'ailleurs j'ai lu que Wenders a tourné un court-métrage d'après Mes Amis mais je n'arrive pas à vérifier cette information)... Peter Handke est le traducteur de Bove en Allemagne et si je pense au Malheur indifférent, effectivement je comprends qu'il l'aime. Tiens il y a beaucoup de cinéastes dans cette liste ? C'est peut-être qu'il y a beaucoup d'images qui se dégagent de Bove.

Il connut le succès dès son premier livre paru en 1924 - il avait 26 ans - une quinzaine de romans suivirent avec autant de retentissement, jusqu'à sa mort en 1945. Puis il y eut ce fameux oubli. Pourquoi ? Est-ce que ça vient de son faux nom qui sent trop l'artifice ? Est-ce que c'est dû à la simplicité de ses écrits ?

J'ai entendu parler de lui la première fois il y a trois ans quand un ami m'a tendu une liste de livres "de la moitié du XXème siècle" qui étaient à lire, après que je lui aie dit que j'avais aimé un livre d'Henri Calet, Monsieur Paul. Il m'a tendu ce bout de papier que j'ai toujours : Georges Hyvernaud "La Peau et les os" (Dilettante), Raymond Guérin "L'Apprenti" (Gallimard), Emmanuel Bove "Mes Amis", Jean Meckert "Les Coups" (Folio). Je remarque que Mes Amis est le seul titre sans éditeur annoté. En librairie j'avais trouvé Les Coups et L'Apprenti. Les Coups je ne voulais pas le lire car il était épais et il était trop douloureux a priori par rapport à ce que je "vivais" à cette époque : une de mes amies était frappée par son petit ami et c'était proprement le sujet du livre, je n'ai pas voulu "romantiser" sa vie en le lisant. Alors j'ai tenté de lire L'Apprenti mais je me suis ennuyé au bout de la moitié. Et quand je m'ennuie je me force rarement. Alors cette liste est tombée un peu dans l'oubli. Mais quand il me l'a tendue je m'étais fait la réflexion que je ne connaissais pas ce Bove, les autres noms sont plus communs ou connus, mais Emmanuel Bove ça sonne étrangement, non ? La longueur du prénom par rapport au peu de lettres du nom, le rapprochement avec "bovin" peut-être, tout en se finissant par une voyelle muette... j'ai l'image de quelque chose de sombre et morbide, je ne sais pas.
Et puis ensuite j'ai lu La Mer de la tranquillité de Jean-Luc Bitton, que j'ai beaucoup aimé, journal illustré par de magnifiques photos. Là-aussi je me retrouvais... En fin d'ouvrage j'ai découvert que Bitton a écrit la biographie de Bove. Deuxième fois.
Enfin, l'an dernier Jean-Pierre Darroussin sortait son premier film : Le Pressentiment d'après un livre d'Emmanuel Bove. J'aime bien Darroussin. Peut-être à ce sujet un écho à propos de l'écrivain sur France Inter. Troisième fois.
Alors l'autre jour dans une bibliothèque, à côté d'un "CHR" que je cherchais je suis tombé sur un "BOV" et j'ai pris l'unique livre de Bove qu'il y avait. C'était Armand, qui reste après mes trois lectures mon préféré. Ca a commencé comme ça. Je vais continuer.


La mort d'un bovien

Je tenais à rendre hommage à l'écrivain et journaliste Paul Morelle qui vient de disparaître (voir l'article du Monde ci-dessous). Je l'avais rencontré lors de mes recherches sur l'écrivain Emmanuel Bove qu'il avait défendu dès les premières rééditions en 1977. Alors journaliste littéraire au Monde, il avait publié dans le "Monde des livres" un article mémorable intitulé : "Avez-vous lu Emmanuel Bove?" Ce ne fut pas une mince affaire : "Quand j'ai annoncé à la conférence de rédaction que je voulais faire un article sur Emmanuel Bove, tous m'ont regardé avec des yeux ronds..." Finalement, l'article paraîtra en première page du "Monde des livres" le 3 décembre 1977.

NECROLOGIE

"L'écrivain et journaliste Paul Morelle, mort à La Seyne-sur-Mer (Var) à l'âge de 89 ans, faisait partie de la première équipe du "Monde des livres" dirigée par Jacqueline Piatier, puis par François Bott. Engagé en 1969, il y resta jusqu'à sa retraite, en 1980. Ceux qui l'ont connu, promenant sa silhouette un peu voûtée, pipe à la bouche, dans les anciens locaux du journal, rue des Italiens, se souviennent de sa voix éraillée, de son humour un peu caustique et de sa grande liberté d'esprit.Né dans l'Oise, Paul Morelle milite très jeune à la SFIO et côtoie l'élite intellectuelle de l'époque - il fut notamment l'ami de Victor Serge. "Ce furent mes "universités"", dira-t-il. Après un engagement résolu dans la Résistance qui lui vaudra d'être plusieurs fois décoré, il commence sa carrière de journaliste à Franc-Tireur, puis à Oran-Soir. De 1948 à 1964, il dirige le service culturel de l'ancien Libération. Critique de théâtre, il se lie d'amitié avec Jean Vilar, Jean-Louis Barrault, Gérard Philipe... A 61 ans, en 1978, il publie son premier roman, La Douceur de vivre (éd. Le Sagittaire), puis, deux ans plus tard, un second, L'Embusqué (Stock). Dans ces deux livres, il se fait le chroniqueur alerte et peu conformiste des époques qu'il a traversées, celle du Front populaire puis celle de la guerre.En 1984, c'est à Aragon qu'il s'en prend, dans un pamphlet virulent, Un nouveau cadavre, Aragon (La Table ronde). Ni la vie ni l'oeuvre de celui qu'il nomme "l'homme-caméléon" ne trouvent grâce à ses yeux. "La mort n'est pas une excuse", avance-t-il, citant Georges Darien, pour justifier son geste iconoclaste. A la même époque, Paul Morelle relance le Prix du roman populiste, qui, créé en 1931, avait eu ses heures de gloire, avant de tomber en désuétude au début des années 1960."

Patrick Kéchichian, le Monde du 7 juin 2007


Un roman bovien

Dire que le nouveau roman d'Eric Faye est bovien n'est pas sorcier. Il cite Emmanuel Bove en exergue : "Je n'ai rien demandé à l'existence d'extraordinaire. Je n'ai demandé qu'une chose (...) C'est une place parmi les hommes, une place à moi, une place qu'ils reconnaîtraient comme mienne sans l'envier, puisqu'elle n'aurait rien d'enviable." De fait, il n'y a rien de surprenant dans ce patronage : on retrouve chez Faye la même affection pour les personnages lassés par la grisaille que chez le romancier récemment adapté au cinéma par Jean-Pierre Darroussin (Le Pressentiment). Le même désir de s'affranchir des comportements mimétiques, du monde du travail, des casse-couilles. Bove est expert en fugues, retraites et quêtes d'anonymat. Eric Faye n'a-t-il pas fait disparaître une armée (Le Général Solitude), un manuscrit (Parij), une femme (Les Lumières fossiles)


Mais Faye est également un maître des fictions en trompe l'oeil, de la mise en abyme et du pied de nez. Et si la lecture du Syndicat des pauvres types s'avère jouissive, c'est en particulier pour ses fausses pistes, ses retournements de vestes. Son héros est d'abord soumis à une tentation faustienne. Voilà un type, Antoine Blin, employé au tri des Postes. Il est persuadé qu'il sent mauvais, condamné à une puanteur tenace. On vient lui proposer de rejoindre le syndicat des pauvres types. "Nous avons tout intérêt à unir nos défaites respectives pour tenter de vivre malgré tout", baratine son visiteur. Adhérez ! "Vous ne serez plus seul à seul avec le mépris des autres, des riches, des bluffeurs, des bien-pensants et de ceux qui ont le cul bordé de nouilles."

Le temps de nous raconter comment il a soupiré pour une certaine Blandine Bénard en répondant à une petite annonce et comment elle l'a grugé, arnaqué ; le temps de nous raconter sa misérable existence et nous confirmer qu'il est un pauvre type, Antoine Blin fait une exception à sa décision de trancher tout lien social : il rejoint le syndicat, avec l'espoir de rencontrer des minables, ses congénères, et peut-être l'estime de soi.

La suite est surréaliste, digne du cinéma expressionniste allemand et de Marcel Aymé, irriguée par un humour de dérision et par le goût des réfractaires et des portes dérobées. Antoine Blin est encouragé à "faire la grève de la vie" (programme cocasse de négation du travail, de mise à genoux des dominants et de respect de la piétaille qui fera jubiler les déçus de 68), sélectionné dans une émission de télévision visant à organiser l'élection de M. Tout-le-Monde.

Antoine Blin sera-t-il élu ? Quand bénéficiera-t-il de la clause ultime promise au lauréat, être inhumé au Panthéon durant six mois ? On n'aura pas la cruauté d'édulcorer ce maelström de manipulations ni de vous dire quand, comment et pourquoi, son bail d'immortalité échu, le célébrissime M. Blin sera transféré dans le cimetière de sa banlieue natale. Disons seulement la délectation offerte par la belle prose d'Eric Faye, qui ne bénéficie pas de la reconnaissance méritée. (Jean-Luc Douin dans le Monde des livres du 15/12/06


Le Pressentiment" : la vie choisie d'un taciturne

Univers de l'échec, peinture de l'existence banale, velléitaire, poursuite d'une expiation sans faute : les romans d'Emmanuel Bove (1898-1945) mettent en scène des anti-héros, patauds perdus dans la foule, errants confinés dans des chambres sordides, hommes quelconques lassés par la grisaille, la nullité, la précarité. "J'éprouve avec force l'inaction", disait-il. On dépeint souvent ses personnages principaux comme des apathiques, asphyxiés par leur propre médiocrité. Ce n'est pas le cas de celui du Pressentiment (Le Castor astral), que Jean-Pierre Darroussin a choisi d'adapter. Charles Benesteau est au contraire l'un de ces bienfaiteurs inconnus que les humbles taciturnes que l'on rencontre d'habitude chez Bove rêvent de voir surgir. La médiocrité est autour de lui.

Charles Benesteau, avocat, a tout plaqué : sa femme, sa famille, sa maîtresse, l'héritage de son père, l'hypocrisie bourgeoise. Il s'est installé dans un quartier populaire, pour écrire et passer inaperçu : un comportement qui surprend, dérange, irrite. Ses proches exigent des explications. Il en avait assez de ne voir autour de lui que des gens injustes, avares, flattant "ceux qui pouvaient les servir, ignorant les autres".

Il trouvait le monde méchant. "Personne n'était capable d'un mouvement de générosité." Il espérait trouver le bonheur dans la solitude plutôt que perpétuer "ces misérables efforts pour tromper son entourage".


"ECRITURE BLANCHE"


Ce misanthrope pas rasé que ses frères et sa soeur considèrent comme un minable (à moins qu'il soit devenu fou) a fait une croix sur le contact social, mais il est là quand on vient sonner à sa porte. Il prête de l'argent, donne gratuitement des conseils juridiques, héberge une gamine dont le père est en prison et la mère à l'hôpital, et engage une nurse pour s'occuper d'elle.

Il n'y a pas plus d'humanité chez ses nouveaux voisins que dans les beaux quartiers. On lui vole son vélo, on colporte sur lui des rumeurs. Il n'y aura guère que sa petite protégée et sa mère pour lui manifester de la gratitude.

On parla d'"écriture blanche" à propos du style d'Emmanuel Bove. La mise en scène de Darroussin, qui signe ici son premier film, est tout aussi discrète, sans éclat au sens où Simenon (à laquelle l'intrigue fait d'ailleurs penser) usait d'un minimum d'effets. Le comédien, qui a tenu à jouer lui-même ce rôle de dépressif atteint par une tumeur maligne (la mesquinerie sociale), recueille les fruits de sa sincérité.

Ce qui transpire de l'écran dans cette illustration sans esbroufe, c'est une franchise rare, une identification à son propos qui inspire le respect. Nul calcul dans ce choix d'un sujet déclassé.

La leçon, généreuse et amère, du Pressentiment apparaît à la fois comme une critique de moeurs et comme l'autoportrait d'un comédien attachant qui livre en filigrane sa répulsion à l'égard des compromis.

La trajectoire de Jean-Pierre Darroussin dans les mots d'Emmanuel Bove

Jean-Pierre Darroussin a lu Emmanuel Bove il y a vingt-cinq ans. "J'avais vécu une enfance pauvre, une adolescence plus florissante. Quand l'opportunité de faire un film s'est présentée, c'est tout naturellement vers lui que je me suis tourné." L'acteur et réalisateur cite une phrase de Jacques Becker : "On ne peut bien raconter à l'écran qu'une histoire à soi. On peut l'emprunter à autrui, mais alors il faut l'aimer tellement que, à force d'y penser, d'y travailler, on finisse par oublier qu'elle a appartenu à un autre." En quoi Le Pressentiment est-elle une histoire à lui ? "Il y a toujours quelque chose qui me retient dans le système des certitudes. Robert Musil pensait qu'on n'a pas vécu inutile quand on a permis à quelqu'un de lutter contre ses convictions. Je retrouve en Bove ce camarade, ce flottement par lequel on peine à trouver son engagement. Une implication trop marquée vous rend toujours un peu ridicule. Je me sens plutôt un homme du possible, conscient de pouvoir être quelqu'un d'autre. Coup de bol, je suis acteur !"

Tout plaquer, changer de vie : il est arrivé à Darroussin de connaître les mêmes doutes que son héros, Charles Benesteau : "C'était après l'éclatement de la troupe du Chapeau rouge, que j'avais montée avec des copains après le Conservatoire. Je suis parti un an et demi avec l'idée de changer de métier, d'aller voir si j'étais bien à ma place. J'ai été instituteur à la campagne. J'ai trouvé cela fastidieux, et suis revenu à la légèreté : la comédie. Il y avait sans doute un peu de dépression derrière ce virage."

Place, engagement : Jean-Pierre Darroussin sait de quoi il parle. Proche de la Gauche prolétarienne après 1968, créateur d'une coopérative de coursiers, il envisage de suivre les traces de son père, artisan ouvrier libre-penseur, choisit de vivre ses idéaux dans le théâtre. Ses choix témoignent de sa solidarité envers le monde ouvrier, les tribus populaires. "La vision de Bove n'est pas pessimiste, puisque son personnage se voit comme un être du possible, donc de l'espoir ! Il est d'une dignité, d'une probité, d'une élégance ! Il n'y a que sa passivité, son acceptation de la fatalité que l'on peut trouver médiocre."

Pourquoi l'avoir interprété triste, renfrogné ? "D'abord parce que c'est quelqu'un qui a envie de se disculper d'un truc dont personne ne l'accuse mais dont il s'accuse lui-même. Il se sent coupable d'être un nanti. C'est un nanti qui se réveille, mais qui reste délicat. Ce n'est pas un démonstratif. Il est trop coincé, trop rigide pour être capable de familiarité. Mon père disait que la familiarité engendre le mépris.

Pour lui, l'enthousiasme, c'est quelque chose de vulgaire."


NE PAS "AFFIRMER SON EGO"


Trop content de s'imprégner "de personnalités de passage, d'exister à travers d'autres gens", et donc de ne pas "affirmer son ego", Darroussin reconnaît avoir joué un jour un personnage du type de Benesteau : "C'était dans Mon père est ingénieur, de Robert Guediguian, un médecin qui, en pleine ascension sociale, avait l'impression de se couper des réalités et ressentait le besoin de retrouver des valeurs plus humaines."

Comme le personnage incompris par son entourage, il a aussi "provoqué" la profession : "Vous dites un truc qu'il ne fallait pas dire, ils vous répondent : "Il est drôle !" Mais moi, ce qui m'intéresse quand je reçois un scénario, c'est sentir le type qui est derrière, sa sincérité. Je n'aime pas les stratégies, le manque d'implication personnelle. Il y a des gens qui préfèrent être engagés avec les mots des autres que n'être rien. Moi je préfère être rien, en attendant de sentir que ce que je dis, c'est moi qui le dis."

Dans le jardin secret de Darroussin, il y a la peinture, Matisse ("C'est dans un avion, coupé du sol, qu'il a eu l'idée de se servir de ciseaux pour ses toiles. Magnifique !"), et cette réflexion d'Antoine Vitez selon laquelle il faut faire des choses qui divisent, qui perturbent : "Ce qu'il voulait dire, c'est qu'il faut permettre à chaque spectateur d'être unique, différent de celui d'à côté. Lui permettre d'avoir sa liberté d'interprétation."

Jean-Luc Douin
Article paru dans Le Monde du 04.10.06


 


Ce jeudi 28 septembre 2006, Jean-Pierre Darroussin est l'invité de l'émission "L'humeur vagabonde" sur France Inter de 20h10 à 21h. Mon témoignage sera également diffusé. Vous pouvez écouter ou réécouter cette émission sur Internet à cette adresse. Si ce n'est plus possible de l'écouter sur le site de France Inter, cliquez ici.


Belle et sensible critique du "Pressentiment" signée par Olivier Séguret (Libération du 1er septembre 06).

"Elégance. Bien que les films [le Dalhia noir] n'aient rien à voir, on pourrait faire la même remarque à propos du très curieux premier film de Jean-Pierre Darroussin, le Pressentiment, qui ouvrait hier la Semaine de la critique. On ne sait rien des motivations exactes qui ont conduit ce considérable acteur à franchir le cap de la mise en scène, mais son film, dans lequel il s'attribue l'omniprésent premier rôle, suggère en tout cas l'idée qu'il a voulu se peindre, se filmer, comme personne avant lui ne l'avait fait. C'est donc un Darroussin tout neuf et très surprenant qui occupe l'écran du Pressentiment, où il incarne un grand bourgeois en rupture généralisée (il a plaqué épouse, enfant, appartement, travail, etc., pour, croit-il, écrire un livre). La tenue du film comme son propos stupéfient : légèreté et élégance au service d'une vision profonde des hommes, des femmes et du lien social. Ce personnage très attachant va-t-il mourir ? Quelle mouche l'a piqué ? Cela pourrait être une fable sur la générosité, mais c'est beaucoup mieux : une leçon amicale sur le sens de la vie qu'il nous reste, à tous et ensemble, à vivre et à mener."


 

 


 


Stéphane nous propose sur son blog une pertinente critique de "La mort de Dinah". A découvrir donc sa "Chambre d'écriture oisive..."

"Jean Michelez est entrepreneur, c’est tout à la fois un homme installé, un mari négligent et un petit-bourgeois sans envergure qui ne s’intéresse qu’à l’argent. Ayant connu dans sa jeunesse la trahison familiale, les déceptions amicales comme amoureuses, sa personnalité s’est construite dans l’amertume et la rancoeur. La rencontre avec une femme, Mme Auriol (sa voisine) va révéler cet homme au peu d’humanité existant encore en lui et à la supercherie qu’aura été sa vie. Une petite fille, Dinah, sera la victime innocente et sacrificielle de la mesquinerie des hommes, et parmi eux, bien que pour des raisons différentes, Michelez et Dausset (le propriétaire du pavillon de Mme Auriol). Malgré ses allures de mélodrame éploré ce court roman (162 p.) réussit à nous émouvoir tout en restant parfaitement honnête. Comme toujours Emmanuel Bove réussit à parler de l’intime et de la misère dans une langue courte et sans fioritures, visant à une sorte de transparence qui au lecteur non initié peut paraître fade et neutre alors qu’il s’agit très exactement de l’inverse. Toujours prompt à pointer les faux-semblants et la médiocrité des hommes, Bove ne s’autorise jamais la facilité et trace à la pointe sèche des psychologies tout à fait précises et crédibles. La construction du roman, si elle paraît surprenante au début, prend tout son sens dans la dernière partie, l’attitude de Michelez, préalablement démontée et éclairée échappant ainsi en partie à la veulerie qui aurait pu la résumer. Ainsi, en nous tendant, au bout du compte une image plus nuancée, l’image d’un homme faible et sincère dans sa bêtise, un homme qui n’aura jamais aimé et qui n’aura jamais cherché à être aimé, quelqu’un de trop peureux pour s’engager, l’auteur fait preuve d’une grande subtilité et cherche à parler à hauteur d’homme sans porter de jugement moral trop fermement établi. En comparaison le personnage du propriétaire paraît un rien brutal même s’il permet à Bove de définir deux types de «salauds» très différents l’un de l’autre tout en continuant à dessiner encore plus finement la psyché de Michelez dont on ne sait pas bien s’il convient plutôt de le plaindre que de l’agonir. Pour finir, et même si le style diffère complètement, il y a dans cette étude comme dans «Coeurs et visages» quelques lignes dignes d’un Flaubert quand il s’agit pour l’écrivain, par une ironie mordante, de «démontrer» l’auto-satisfaction béate ainsi que la profonde bêtise des bourgeois et autres parvenus que par un troublant effet de contraste le personnage de la petite Dinah - dont le titre même du livre ne nous laisse rien espérer de son destin - de sa petite lueur vacillante d’ange malade, n’éclaire que d’une lumière plus crue encore, tout comme la misère morale dans laquelle un certain type d'homme évolue, parfois à son propre insu."

Emmanuel Bove
«La mort de Dinah»
Editions Le dilettante


 


FRANCE INTER ce dimanche 26 mars 2006 de 23H à minuit : "JACQUES RIGAUT LE DADAÏSTE"
Evocation de la vie désaxée et tragique de l'un des dadaïstes, Jacques Rigaut.
Avec : Jean-Luc BITTON

Pour ceux qui n'ont pas la radio ou qui ne captent pas France-Inter...
ils peuvent écouter l'émission en direct sur le site Internet
de France Inter


L'écrivain espagnol Enrique Vila-Matas ne se contente pas
d'afficher Emmanuel Bove sur la couverture de son dernier livre
mais il le fait intervenir dans sa fiction sous son vrai nom.

Enrique Vila-Matas Docteur Pasavento
Traduit de l'espagnol par André Gabastou. Christian Bourgois, 432 pp., 25 €.

Ecrire, ne pas écrire : telles sont les deux activités au coeur de tous les textes d'Enrique Vila-Matas depuis plus de vingt ans et qui ont fait en France de l'écrivain barcelonais né en 1948 un auteur phare des éditions Bourgois (Passage du Nord/ Ouest a cependant aussi publié trois de ses volumes). Docteur Pasavento est le douzième livre de lui qu'elles publient et leur nouvelle collection de poche, «Titres», lancée aujourd'hui, comprend deux de ses textes dans ses six premiers volumes, Abrégé d'histoire de la littérature portative et Enfants sans enfants, dont respectivement Laurence Sterne, l'auteur de Tristram Shandy, et Franz Kafka sont d'une certaine manière les personnages principaux. Docteur Pasavento, comme d'habitude, est dédié «à Paula de Parma» et comprend cette question dès la quatrième ligne : «"D'où vient ta passion pour la disparition ?"» Ce thème permanent d'Enrique Vila-Matas a sans doute été le plus clairement énoncé dans le Mal de Montano dont l'épigraphe est «'Comment ferons-nous pour disparaître ?" Maurice Blanchot» et la première phrase : «A la fin du XXe siècle, le jeune Montano, qui venait de publier son dangereux roman sur le cas énigmatique des écrivains qui renoncent à écrire, s'est retrouvé emprisonné dans les rets de sa propre fiction et transformé en un auteur qui, malgré son inclination compulsive pour l'écriture, s'est retrouvé complètement bloqué, paralysé, changé en agraphe tragique.»

Les écrivains et leurs textes sont presque toujours les héros véritables des livres d'Enrique Vila-Matas. Dans une espèce de post-modernisme humaniste, avec humour et ironie et non sans émotion, il fait vivre une seconde vie aux citations en en changeant l'auteur (Valery Larbaud se retrouve l'auteur d'une phrase de Christophe, le créateur de la Famille Fenouillard) ou en intervertissant les écrivains et ce qu'ils ont dit quand il en cite plusieurs à la fois, comme par exemple, dans Docteur Pasavento, Samuel Beckett et Peter Handke. Mais l'auteur au centre de ce dernier livre est Robert Walser, l'écrivain suisse né en 1878 et mort en 1956 après vingt-sept ans passés à l'asile, et qui passionne Vila-Matas depuis Abrégé d'histoire de la littérature portative. Car l'auteur de l'Institut Benjamenta, «le prince discret des écrivains qui ont du charme», est celui dont la vie et l'oeuvre se rapprochent le plus des ambitions des personnages de Vila-Matas. «Et cela faisait déjà des années qu'il était mon héros moral. J'admirais chez cet homme l'extrême répugnance qu'éveillait en lui tout type de pouvoir et son renoncement précoce à tout espoir de succès, de grandeur. J'admirais l'étrange décision qu'il avait prise de vouloir être comme tout un chacun, alors qu'en réalité, il ne pouvait être comme personne, parce qu'il ne souhaitait pas être quelqu'un, ce qui, sans aucun doute, rendait encore plus difficile son désir d'être comme tout le monde», dit rapidement le narrateur de Docteur Pasavento.

«"Celui qui court après le succès n'a que deux possibilités, soit il l'obtient, soit il ne l'obtient pas, et les deux sont également ignominieuses", dit Imre Kértesz», dit à plusieurs reprises de narrateur en évoquant «l'horreur de la gloire littéraire», même si, dans son cas propre, le drame semble être de ne pas l'obtenir, de même que son goût de la disparition est couronné d'un succès exagéré, personne ne s'en souciant, au contraire, par exemple, d'Agatha Christie dont le bref effacement avait suscité mille émois. Docteur Pasavento n'est cependant pas une satire littéraire, c'est un texte d'où, à partir de la rue Vaneau, à Paris, sont évoqués les grands problèmes du monde, comme la politique syrienne au Liban (avec les aventures de Mohamed al-Joundi, le fameux chauffeur de deux journalistes otages français), et, certes, des questions qui peuvent apparaître de moindre envergure mais qui font aussi beaucoup pour la réputation de la rue Vaneau qu'habitèrent aussi bien Julien Green qu'André Gide : «Peu après, je me suis renseigné et j'ai appris que le Journal de Green couvre une période de soixante-dix ans (1926-1996), supérieure aux soixante-deux du Journal d'André Gide (1889-1951), classé deuxième dans le livre des records des journaux écrits par des Français.» On peut être narrateur et avoir par moments des préoccupations subalternes. Emmanuel Bove aurait aussi vécu rue Vaneau et cet écrivain-ci a plus de lien que les précédents avec Robert Walser : la grandeur ostentatoire n'est pas de son monde littéraire.

Docteur Pasavento, dans sa traduction française, offre une occasion commode de lire les premières phrases de la Promenade, de Robert Walser, dans leur traduction italienne, car le narrateur les aime beaucoup et Enrique Vila-Matas, l'écrivain espagnol, les a donc retranscrites ainsi. Le narrateur raconte aussi ses aventures avec Christian Bourgois, son éditeur français, et Antonio Lobo-Antunes, dont des traductions paraissent dans la même maison. D'une façon générale, Enrique Vila-Matas instrumentalise les écrivains, leurs livres et leurs phrases. Mais sans, bien au contraire, qu'on puisse y voir le moindre élément péjoratif. Plutôt comme on instrumentaliserait des molécules pour en faire des médicaments, ou des mots pour en faire des romans.

Mathieu Lindon
Libération du 9 mars 2006


Emmanuel Bove
avril 2006

Lieu : Ardenne
mardi 18 avril -- Avec Jean-Luc Bitton, biographe de l’écrivain, Bettina Augustin, réalisatrice du documentaire La Vie comme une ombre – Emmanuel Bove 1898-1945, diffusé sur Arte en 1998, et Jean-Pierre Darroussin, comédien et réalisateur du film Le Pressentiment (sortie prévue au printemps 2006) d’après le roman d’Emmanuel Bove.

Grange aux dîmes
Horaires : 19h30-21h
Entrée libre
Réservation conseillée au 02 31 29 52 46

Plus de renseignements sur le site de l'IMEC


 

 

Article de Fabienne Jacob dans "Zurban" du 11 janvier 2006

 


Extraits entretien avec l'écrivain Marie Darrieussecq
"François Mitterrand était un président "trop vieux pour la fin du XXe siècle"

Vous vous êtes éloignée de François Mitterrand, mais pas des socialistes. Vous étiez membre du comité de soutien de Lionel Jospin en 2002...


J'ai pris mes distances avec François Mitterrand, mais je supporte très mal ceux qui disent que droite et gauche, c'est pareil. Je fais une différence abyssale entre lui et Jacques Chirac. Je n'ai pas oublié que la première mesure qu'a prise le président socialiste élu en 1981, c'est l'abolition de la peine de mort. Il a commencé par ça, et c'était magnifique.

L'"intellectuelle" que je suis est aussi sensible au président "littéraire". C'est quoi les goûts littéraires de Chirac ? C'est vrai que cet homme soi-disant de gauche avait des goûts de droite, qu'il aimait Chardonne et les nouveaux hussards. Mais les rêves de littérature, c'est tout de même assez touchant. Ce n'est pas si mauvais signe que ça. Je préfère me laisser berner par quelqu'un qui est littéraire que par quelqu'un qui est inculte. C'est tout de même mieux qu'un président entouré par Line Renaud et Muriel Robin.

Est-ce un bon personnage de roman ?


Oui et non. C'est un personnage qui a su se bâtir lui-même et être très français. Il y a ses maîtresses cachées, puis sa fille révélée comme une cerise romanesque sur le gâteau. Mais ce n'était pas un personnage de Balzac, parce que chez Balzac, on affiche ses maîtresses. Je me souviens aussi un homme petit, qui avait une manière pathétique de se tenir très droit, ces folies dans lequel précipite le pouvoir et auxquelles il n'a pas échappé, comme de consulter des voyantes — un empereur lisant les augures dans les entrailles d'un poulet.

S'il était un héros de roman, ce serait plutôt un roman à la Emmanuel Bove, où on attend beaucoup, où il ne se passe pas grand-chose. Il a fait lever l'espoir, mais il n'y avait pas de volonté.

Entretien paru dans le Monde du 8 janvier 2006. Propos recueillis par Raphaëlle Bacqué et Ariane Chemin


Extraits du chat du lundi 12 décembre avec Jean-Pierre Darroussin, organisé par Télérama en partenariat avec le Monde.fr

Polo: Qu’est-ce qui, dans le livre d’Emmanuel Bove, Le Pressentiment, vous a donné envie de le mettre en scène ?

JP_Darroussin : L’originalité, pour moi, c’est que c’est l’histoire d’un bourgeois qui veut devenir prolo. Et puis le thème de la volonté d’anonymat dans la ville, de la volonté de n’avoir de comptes à rendre à personne, de trouver sa liberté même si la rançon de cette liberté, c’est une certaine perte d’identité. Et dans les personnages de Bove, il y a la velléité de changement de vie et un certain "bovarysme". C’est quelque chose qui me parle, cette insatisfaction.

Gwen : Y a-t-il des acteurs que vous voudriez plus particulièrement faire travailler ?

JP_Darroussin : Dans Le Pressentiment, j’ai fait travailler beaucoup d’acteurs que je connaissais de mes différentes expériences au théâtre, c’est assez rageant, et c’est une contradiction pour moi-même, puisqu’il m’arrive de faire des seconds rôles ou des participations dans des films sur des personnages qui pourraient être interprétés par des acteurs moins connus. Et de ce fait, je prends du travail à des acteurs qui en auraient peut-être plus besoin que moi. Même si les petits rôles sont joués par des acteurs connus, ça devient un peu énervant... Mais il y a aussi le rapport et la collaboration avec le metteur en scène, l’amitié, tout ça sont des choses qu’on est obligé de gérer, et je ne sais pas trop dire non. Mais c’est vrai que je connais évidemment plein d’acteurs formidables que le public ne connaît pas. Et quand il s’agit de mon film, je n’ai pas peur de leur faire totalement confiance.

jan_jax_1 : Savez-vous dans combien de salles va sortir votre film ? Aimez-vous les chiffres ?

JP_Darroussin : Je ne sais pas dans combien de salles mon film va sortir. Je ne suis pas beaucoup attaché au nombre d’entrées. Mais pour mon film, je crois que je vais m’y intéresser d’un peu plus près... Autrement, j’aime beaucoup les chiffres, je suis un grand joueur de sudoku.

hijkl: Comment avez-vous rencontré l’œuvre plutôt confidentielle d’Emmanuel Bove ? Avez vous d’autres livres de chevets ? De lui ?

JP_Darroussin : Par l’intermédiaire de Raymond Cousse, qui est le biographe d’Emmanuel Bove et qui était un auteur de théâtre que j’ai rencontré à l’époque où, avec la troupe du théâtre du Chapeau rouge dans lequel je travaillais après le Conservatoire, dans les années 1980. Les autres livres, il a écrit 35 romans, je les ai à peu près tous lus il y a 25 ans. Mes amis, Mémoires d’un homme singulier, Journal écrit en hiver sont ceux que je préfère. Il y en a d’autres encore.

jan_jax_1 : A-t-il été facile de monter le film financièrement ?

JP_Darroussin : Non, l’histoire ne convainquait à peu près que les acteurs ou d’autres metteurs en scène, qui m’ont soutenu. Mais les décideurs financiers n’étaient pas emballés par une histoire aussi ténue et aussi peu spectaculaire. Il a vraiment fallu les convaincre qu’il y avait matière à être original et sensible et que justement, que ça pouvait être intéressant de faire un film où le spectateur restait vivant, et qu’il pouvait vivre le film suivant l’état dans lequel il était dans le moment où il le regardait, et que le film laissait la place à ce dialogue-là avec le spectateur. Donc les financiers, petit à petit, se sont mis à être curieux et ont mis le peu d’argent que je leur demandais... J’aurais bien eu besoin de plus, mais il fallait savoir rester raisonnable.

mytailor : Entre le film rêvé et le film réel, à quoi avez-vous dû renoncer ?

JP_Darroussin : C’est un travail en marche et le renoncement ne m’apparaît jamais comme une douleur, mais comme une manière de façonner. Je n’ai pas l’impression d’avoir renoncé à quoi que ce soit. Mais on a besoin de se leurrer pas mal quand on fait un film.

Gwen : Comment feriez-vous pour nous donner envie d’aller voir votre film ?

JP_Darroussin : Vous allez en sortir avec un sourire bienveillant accroché à vos lèvres...

Moderateur : Un dernier mot, Jean-Pierre Darroussin ?

JP_Darroussin : Soyez légers !

L'intégralité de la discussion ICI


Dada monte sa bobine

A 52 ans, Jean-Pierre Darroussin, l'acteur fétiche de Guédiguian, brave sa pudeur pour s'atteler à la mise en scène d'un de ses livres de chevet, "Le Pressentiment", d'Emmanuel Bove. Plongée dans l'univers de ce discret de premier plan.


Il porte un complet marron, « élégant mais fatigué et froissé », comme il est écrit dans le scénario. Il s'appelle Charles Benesteau, héros très discret du Pressentiment, roman d'Emmanuel Bove, publié en 1935. Il s'appelle aussi Jean-Pierre Darroussin, héros très discret d'une aventure inédite. A 52 ans, il réalise son premier long métrage, adapté de ce livre mélancolique. Un vieux rêve qui prend forme, sur l'écran de la salle de montage où le comédien réalisateur vient ces temps-ci s'asseoir chaque jour, fumant clope sur clope en face de son « double » en costume brun. « C'est toujours délicat de réaliser un fantasme... » sourit-il. « Délicat » : l'épithète lui va sur mesure, aussi bien que l'habit de Charles, grand bourgeois en rupture inexorable avec son milieu, sa famille, ses amis haut placés... Un beau jour, cet antihéros opaque et doux se déprend de tout, s'installe dans un quartier populaire, parmi d'autres gens, d'autres usages dont il ne sait rien. Dans une solitude contemplative qui confine à l'effacement, il cherche une autre part de lui-même, ou obéit, peut-être, au « pressentiment » de sa propre mort...

Comment mettre en images une histoire aussi subtile et ténue ? « La mise en scène m'a toujours intéressé. Mes camarades acteurs m'ont souvent reproché d'être plus sensible au point de vue du réalisateur qu'au leur. Je passais pour un fayot ! » Seulement voilà, Jean-Pierre Darroussin se méfie de ses propres convictions : « J'ai du mal à les imposer aux autres. C'est certainement pour ça que je ne suis pas passé à la mise en scène avant. A cause de cette pudeur. » Cette pudeur, il la surmonte une première fois en 1992, convaincu par un producteur de réaliser un court métrage de quinze minutes, plaisamment intitulé C'est trop con. Jean Pierre Darroussin lui trouve déjà quelque chose de « bovien » : « Un peu comme dans Le Pressentiment, c'est l'histoire de quelqu'un qui se met en dehors de la société. »

Et puis, il y a presque trois ans, l'impulsion est encore venue de l'extérieur, plus précisément d'Agat Films, la société de production de Robert Guédiguian, son vieil ami, son complice de cinéma. Ce n'est pas lui, pourtant, mais un de ses associés, Patrick Sobelman, qui a l'idée d'une collection de films d'acteurs. Il pense tout de suite à « Dada » : « Je le croisais souvent à Marseille sur les tournages de Robert, et j'aimais sa façon de parler de cinéma ; il avait une petite voix à lui, une dimension plastique et onirique singulière... » se souvient-il.

Jean-Pierre Darroussin accepte en pensant à Emmanuel Bove. Depuis vingt-cinq ans, il fréquente assidûment cet écrivain disparu en 1945, méconnu depuis, à part peut-être Mes amis, le roman que Darroussin appelle « son tube ». Bove était un peintre talentueux de la dérision humaine, champion dubitatif des antihéros de tout poil. « Je trouve cet auteur formidable. Beckett disait qu'il avait comme personne le sens du détail touchant. Il a ce don d'observer les maladresses, les événements minuscules, la façon dont les gens se débattent avec cette tragédie commune d'être seuls dans l'univers, confrontés à des forces qui nous dépassent. Les personnages pathétiques m'émeuvent. Par exemple, ceux qui cherchent à bien faire. La volonté de bien faire est pour moi quelque chose de drôle et de touchant à la fois. Surtout quand on rate la cible. »

Le Pressentiment, dévoré il y a des années, lui avait alors déjà donné des envies d'adaptation. « Bove fait exister son personnage central en creux. Il n'agit pas, il subit les événements. Du coup, les autres sont obligés de prendre excessivement position face à lui. Le rapport social n'est fait que de faux-semblants. Si on a affaire à quelqu'un qui n'y répond pas, ces simulacres se révèlent d'autant plus. »

La dimension sociale du récit est l'occasion pour Jean-Pierre Darroussin de se voir, lui aussi, « en creux » : « Je viens d'un milieu plus que modeste. J'ai changé d'univers petit à petit, par mon travail. Un peu comme ces footballeurs qui viennent de banlieue et qui deviennent importants simplement parce qu'ils savent jouer au ballon... D'un seul coup, ils sont transplantés, déclassés. Dans ce roman-là, je trouve passionnant que ce soit conté à l'envers : cette fois, on part d'un milieu privilégié. Quand il y a une ascension sociale, on est pris par l'aventure et on ne perçoit pas les détails. Alors que, là, on ressent beaucoup mieux ce sentiment d'être déclassé. »

L'une des priorités de l'adaptation fut de transposer l'univers du roman au contexte d'aujourd'hui. Le comédien la rédige en collaboration avec sa compagne, l'actrice Valérie Stroh, elle-même scénariste et réalisatrice. « Situer le récit à notre époque nous permettait de prendre certaines libertés avec le livre. Il fallait trouver des correspondances entre hier et aujourd'hui, mais aussi apporter quelque chose de nos propres vies pour nourrir l'écriture. » Valérie Stroh explique comment, par exemple, ils ont injecté dans tel personnage un peu de son père à lui, dans tel autre un peu de sa grand-mère à elle. Une vraie écriture à quatre mains. Jean-Pierre Darroussin ajoute : « Elle a fait un gros travail de recherche dans d'autres écrits de Bove. Il y a des résonances de la vie et des hantises du romancier dans le film. Par exemple, lui-même est mort comme son personnage. » Dans le roman, Charles finit réellement par disparaître. Dans le film... c'est plus compliqué. Valérie Stroh et Jean-Pierre Darroussin ont déjoué toutes les attentes, y compris celle-là. « On n'est pas dans ce qui devrait se passer, le scénario agit tout le temps sur la frustration. Il faut qu'on soit surpris, dérouté », réfléchit Valérie Stroh.

Une fois le script bouclé se posait une question évidente : qui jouerait Charles ? Contrairement à ce qu'on pourrait croire, la réponse n'allait pas de soi. « J'avais envie que quelqu'un d'autre m'apporte des idées, des émotions auxquelles je n'aurais pas pensé. Je me suis privé de ça. » Jean-Pierre Darroussin finit en effet par se laisser convaincre : il « incarnera » son film, physiquement. « J'ai joué un peu à l'aveuglette. Je me contentais de regarder l'image sur l'écran de contrôle au bout de quelques prises, et de mesurer si tout allait bien. Mais finalement, je suis arrivé à considérer le personnage sans me considérer moi-même, parce qu'il y avait un film à construire dont je n'étais qu'un élément. »

Un Darroussin « en chantier », à la fois bâtisseur et matière première de sa construction : sur le tournage, entre fin juillet et septembre dernier, ce rôle lui donnait l'air un peu absent, faussement distrait, intensément concentré. L'équipe, une petite vingtaine de personnes, suivait les traces de Charles entre deux mondes : de la hautaine avenue Foch au brouhaha populaire de la rue Saint-Maur, des pentes herbeuses des Buttes-Chaumont - où Jean-Luc Bitton, le biographe d'Emmanuel Bove, est venu prendre quelques photos pour son site consacré à l'écrivain (1) - aux studios de cinéma d'Aubervilliers, pour les scènes d'intérieur. Partout, la même ambiance sereine, joyeusement égalitaire, où Dada prend sa place parmi ceux qu'il a choisis, conformément à sa réputation de fidélité. Nombreux sont ceux qui ont déjà une histoire commune avec lui : du chef opérateur Bernard Cavalié, qu'il a croisé sur les plateaux de Robert Guédiguian, à la première assistante, Valérie Mégard, et jusqu'aux comédiens : Hippolyte Girardot, Nathalie Richard, Anne Canovas ou Didier Bezace sont des amis, des camarades de théâtre, de cinéma, de conservatoire... Un copain architecte passe lui aussi devant la caméra, pour un petit rôle de « péroreur ». Et bien sûr, il y a Valérie Stroh, qui joue dans le film et suit le tournage en collaboratrice fidèle.

Jean-Pierre Darroussin porte une attention particulière au jeu de ses partenaires. La performance en elle-même ne l'intéresse pas. Il préfère être à l'affût de « ce qui se passe entre les gens. C'est cet espace invisible qui doit vibrer ». Le voilà, en studio, qui règle en douceur une scène tendue entre Charles et sa famille. Hippolyte Girardot joue son frère Marc : « Jean-Pierre a une grande intelligence des personnages, une manière bien à lui de les attraper. » Pour Valérie Mégard, la première assistante, « c'est une éponge, il capte tout avec un respect extraordinaire ».

Aujourd'hui, le tournage semble déjà loin. Dans une salle de montage d'un 16e arrondissement qui ressemble à tout ce que Charles Benesteau cherche à fuir, Jean-Pierre Darroussin peaufine son film avec Nelly Quettier, la monteuse de Léos Carax et de Claire Denis, entre autres. Encore une camaraderie qui ne date pas d'hier puisque Nelly Quettier avait déjà monté C'est trop con. Ils travaillent aux finitions et aux options encore possibles d'un montage déjà bien avancé. « Il faut que la rivière s'écoule bien depuis sa source jusqu'à son embouchure. Et il y a encore des petites retenues. Mais le lit du fleuve est creusé ! Le gros du paysage est dessiné. » Nelly Quettier « essaye des choses », fait valoir ses choix formels ou narratifs. Parfois, son metteur en scène se rend avec souplesse, parfois, il bataille avec le sourire, sûr de son fait : « Alors ça, je refuse avec virulence. »

Ils viennent de projeter à quelques spectateurs privilégiés une version provisoire du film. Parmi eux, Robert Guédiguian. « Robert m'a dit qu'il aimait le film, et qu'il le trouvait très silencieux. Ça me fait plaisir, parce qu'en fait les dialogues sont nombreux, mais la sensation qu'on a est malgré tout de l'ordre du silence. Il y a donc quelque chose de sourd, quelque chose à écouter entre les mots... Et il a ajouté : "Mais c'est un film japonais !" » Un beau compliment pour Jean-Pierre Darroussin, amoureux depuis toujours de Mizogushi ou de Naruse. Sur ses influences, le réalisateur reste prudent, ne cite pas, par pudeur ou répugnance à la flatterie, les cinéastes avec lesquels il a beaucoup tourné, de l'omniprésent Guédiguian à Jeanne Labrune ou au couple Bacri-Jaoui. Il préfère évoquer des plans, des « bouts de film », parler de Woody Allen, Hou Hsiao-hsien ou Cassavetes, plus par pur plaisir de cinéphile que pour éclairer son propre travail.

La sortie du Pressentiment est prévue pour le printemps prochain. Jean-Pierre Darroussin, acteur arrivé, plébiscité par la critique et le public, s'exposera alors un peu plus, différemment. Il est heureux d'en prendre le risque : « Le film me ressemble. Il a un style qui lui est propre, un mystère, une petite musique intime. Je n'en reviens pas d'y être arrivé. J'aimerais en réaliser d'autres, peut-être que ça deviendra un jour un geste professionnel, une belle habitude. Mais celui-là, c'est une naissance. » Evidemment, cette seconde vie accompagnera la première, ce métier d'acteur « absolument vital. L'un n'empêche pas l'autre, au sens propre : soi-même n'empêche pas l'autre. C'est une histoire de liberté fondamentale. »

(1) www.emmanuel-bove.net


Cécile Mury

Télérama n° 2917 - 10 décembre 2005


En librairie le 17 novembre 2005


Merci à Olivier Gadet, le directeur des éditions Cent Pages qui m'a envoyé un exemplaire de la revue "Montparnasse" qu'il vient de rééditer, dans laquelle Bove a publié des extraits de son roman Coeurs et visages sous la forme d'une nouvelle intitulée "le Dîner d'honneur" (numéro 51 mai-juin 1928)


Emmanuel Bove et Gus Bofa se connaissaient... Merci à B. qui m'a transmis cet envoi.


Octobre 2005

Les éditions du Castor astral inaugurent leur collection poche, "Millésime" avec la réédition d'Adieu Fombonne.


Chaleureuse soirée bovienne à la Maison des écrivains. J'y retrouve Jean-Pierre Darroussin (en plein montage de son film "Le Pressentiment", d'après le roman de Bove), l'équipe du Castor Astral, Dominique Gaultier du Dilettante (en plein déménagement...), Marie-Thérèse Eychart (animatrice du débat), Didier Bezace (qui a monté "le Piège"). Je fais également la connaissance de Charlotte Bobovnikoff, l'arrière-petite-fille d'Emmanuel Bove qui lui ressemble étrangement... Projection du film de Bettina Augustin. Très ému à revoir ces images tournées il y a plus de dix ans. Raymond Cousse me manque, nous manque. Merci à Sylvie Gouttebaron, la directrice de la Maison des écrivains.


Communiqué de la Maison des écrivains
Hôtel d'Avejan
53, rue de Verneuil
75007 Paris
Tél : 01 49 54 68 80

Mardi 18 octobre 2005

Cycle : Un auteur, une voix

Pour l'anniversaire de la mort d'Emmanuel Bove, la Maison des écrivains accueille : Jean-Yves Reuzeau, Patrice Delbourg, Jean-Pierre Darroussin, Didier Bezace, Marie-Thérèse Eychard et Bettina Augustin. Projection du film de cette dernière "La vie comme une ombre" au cours de la soirée.

Notons que Jean-Pierre Darroussin vient de terminer le tournage d'un film inspiré du roman Le Pressentiment.


Dans le Figaro littéraire du 25 août 2005, Claude Duneton s'interroge sur la disparition du passé simple et son caractère obsolète aujourd'hui. Il prend pour exemple l'oeuvre d'Emmanuel Bove où ce temps littéraire est roi.

"En réalité, avant la guerre de 1939-45, le passé composé avait une connotation plutôt populaire en ce qu'il était fortement marqué par le langage parlé – donc dans l'esprit des littérateurs il était impropre à l'expression écrite d'un passé lointain et défini. En même temps que L'Etranger, et à la même Librairie Gallimard, paraissait le roman choc de Jean Meckert, Les Coups, qui évoluait en milieu ouvrier parisien des années 30: «Tout miteux que j'étais, je me suis assis à la terrasse d'un café où il y avait de la musique. J'ai commandé un demi et puis j'ai écouté.» Au contraire, vingt ans plus tôt, chez Emmanuel Bove, dans un climat général identique de récit «miteux», le passé simple était encore la règle à l'écrit: «Nous nous levâmes. Un frisson me fit serrer les coudes. Avant de tirer la chaînette du manchon à gaz, elle alluma une bougie» (Mes amis, 1924). Indéniablement, ce temps parfaitement normal et recommandable sur le plan des convenances grammaticales a maintenant une allure presque obsolète; dans n'importe quel roman de cette rentrée nous aurions: «Nous nous sommes levés.» – et plutôt «On s'est levé. Un frisson m'a fait serrer les coudes». N'est-ce pas?

Une question se pose: pourquoi et comment le passé composé a-t-il tout envahi au point de devenir à peu près l'unique temps en usage réel dans le français contemporain – oral et écrit? A quoi tient cette anomalie, alors que les autres langues européennes ont toutes conservé intact leur passé simple et défini? Les Anglais disent, même si la chose est arrivée la veille, «We got up. She lit a candle» – comme Emmanuel Bove..."


19 août 2005, cinquième semaine de tournage du film "Le pressentiment". Scène 118, extérieur jour : Buttes Chaumont. Charles est assis dans l'herbe. Autour de lui règne une agitation sereine, des jeunes gens jouent au vollley-ball, des bébés tombent sur leurs fesses. Charles (voix intérieure) : "Je me demande parfois à quoi j'ai bien pu employer le temps dont je ne garde pas le souvenir."

 


5 août 2005, troisième semaine de tournage du film "Le pressentiment". Scène 26, intérieur nuit : appartement Gabrielle. Dans la douce athmosphère de la chambre de Gabrielle Charmes-Aicquart, Charles est assis, sur le bord du lit à côté de Gabrielle. C'est une jolie femme, dans la quarantaine. Charles à l'air tendu, elle lui caresse la nuque avec amour.


Bientôt en ligne des images du tournage...


Daniel Gomulkin qui vit à St Petersburg me signale que sa traduction russe du roman "Le Piège" a été publiée dans le numéro 5-6 du magazine littéraire "Sever" [Le Nord] consacré à la Seconde Guerre mondiale. Une traduction en russe du roman "Mes amis" est disponible en ligne sur le site du magazine électronique "Topos" : http://www.topos.ru/article/2743


Des nouvelles de l'adaptation cinématographique du roman le Pressentiment...
Un film réalisé par le comédien Jean-Pierre Darroussin pour Arte.
Le tournage commence le 18 juillet. Je me rendrai sur le lieu du tournage pour prendre quelques photos qui seront publiées sur le site Bove. Merci à Jean-Pierre Darroussin et Valérie Stroh.


Le Monde des livres du 13 mai 2005


"Tout corps prépare sa propre déchéance. La mort n’est qu’un suicide méconnu". (Passage des émigrants)

Jacques Chauviré est mort comme il a vécu, discrètement. L'auteur de Partage de la soif s'est éteint le lundi 4 avril
2005 à l'âge de 90 ans, à son domicile de Neuville-sur-Saône où il a été médecin généraliste pendant quarante ans
Il fut l'ami de Jean Reverzy. Jacques Chauviré était de la trempe des Calet, Guérin, Gadenne, Bove... Jérome Garcin qui l'a enregistré (diffusion sur France-Culture de 17h à 17h30 du 25 au 29 avril) la veille de sa disparition lui rend hommage dans le Nouvel Observateur.

"La vieillesse n’intéresse au fond personne. Les vieux sont devenus les asociaux de notre temps car chacun les juge encombrants bien qu’inoffensifs" (Passage des émigrants)


François Ouellet, universitaire québécois, signe un nouvel essai
sur l'auteur de Mes amis. "Longue vie à Bove", écrit-il dans sa conclusion.



Le Magazine littéraire N° 437, décembre 2004


 

Sud Ouest Dimanche du 21 novembre 2004



La Quinzaine littéraire du 16 au 30 novembre 2004


Technikart de novembre 2004


L'Humanité du 26 octobre 2004


Le Figaro littéraire du jeudi 21 octobre 2004



Le Monde du 21 octobre 2004
Rubrique revues par Patrick Kéchichian

 


OCTOBRE 2004. RIGAUT FAIT LA UNE DE LA NRF VIA JEAN-LUC BITTON. Mais qui connaît dans la hiiiiiiipe parigote Jacques Rigaut ? Rigaut ? Rigaut ? Naaan presque Nobody le connaît excepté le Noyo Rotten du SDH... Vous savez cette "monstrueuse mailing list" (Laurence Rémila in Technikart juin 2004 p.50 dossier "Paris la Night") de crevards mondains et bien depuis un an, Jacques Rigaut en est le Parrain Officiel (çà vous ne le saviez pas). Seul un concours rhizomique de circonstances dont (entres autres) le clash entre la Littérature et son ennemi - le web et la crevardise - pouvait accoucher cette affiliaFion. Jacques Rigaut a été nommé rétroactivement par son biographe attitré, l'écrivain et journaliste Jean-Luc Bitton. Je le cite. "Le grandissime écrivain Jacques Rigaut aurait pu être le parrain du Syndicat du Hype". Quoi de plus naturel et mécanique pour celui qui écrivit "Vivre au jour le jour. Maquereautage. Parasitisme". Mais encore une fois, qui connaît bien Jack Rigow et ses histoires de "cane" ?

[...la suite de l'article de Thierry Théolier sur le site de Parissi.com]


Le Nouvel Observateur du 7 au 13 octobre 2004
La chronique de Bernard Frank



Victor Bâton

Le 9 novembre 2004 par Vincent Stevance


D’après Mes amis d’Emmanuel Bove.
Adaptation de Thierry Gimenez.
Mise en scène de Pierre Pradinas.
Du 22 au 27 novembre à 19h
à la Maison des métallos
94, rue Jean-Pierre Timbaud
75011 Paris Tél : 01 47 00 68 45

Avec Thierry Gimenez et Marc Peronne à l’accordéon.

VICTOR BATON
D’après Mes amis d’Emmanuel Bove.
Adaptation de Thierry Gimenez.
Mise en scène de Pierre Pradinas.

Du 22 au 27 novembre 2004 à 19h


Avec Thierry Gimenez et Marc Peronne à l’accordéon.

C’est l’histoire d’un type désespérément et profondément seul qui veut aimer, rencontrer un être humain, partager des choses avec lui, en un seul mot : se faire un ami... Dans les années trente, Emmanuel Bove réussit le tour de force de faire du désespoir sans issue la chose la plus comique au monde. Accompagné par Marc Peronne à l’accordéon, Thierry Gimenez propose au spectateur de partager l’invraisemblable et pourtant si humaine vision du monde du personnage Victor Bâton.
Une production du Théâtre de l’Union - Centre Dramatique National du Limousin.


 


Le numéro 14 de rue Saint Ambroise vient de sortir. 16 textes forment la trame de cette revue exigeante consacrée à la nouvelle. On retiendra "Une fois dans sa vie", une nouvelle d'Isabelle Sojfer qui ouvre ce beau numéro sur l'histoire d'une cendrillon moderne : Ecriture piquante et drôle dans un style vraiment littéraire. Beaucoup d'autres nouvelles tournent autour de l'amour, de la séduction, de la nuit. Jean-Luc Bitton propose le chapitre 7 de son journal "La mer de la tranquillité" aux accents très sollersiens de dandy post-mondain. On pique ça et là avec bonheur dans ces chapelets de citations, tout en regrettant le côté un peu superficiel de ce journal. On joue toujours avec Gérard Merveille et son "Scarlett o' Hara" ou avec la "Poule de luxe" de Isabelle Milkoff, tout en préférant l'écriture plus construite d'Emmanuelle Cornet dans ses "Procédés de reconstruction".

En lisant ce numéro, on se rend compte avec grand plaisir que la nouvelle va bien et que beaucoup de jeunes auteurs s'en emparent pour nous proposer une littérature à l'image de leur vie, celle d'une génération qui a encore envie d'écrire et de faire partager. Avec rue Saint Ambroise on est bien loin d'une littérature de circonstance, concoctée par les services marketing de certaines maisons d'éditions. Une revue à suivre et surtout à lire.

L a Revue des Ressources


Hommage à Nelly Borgeaud disparu le 14 juillet 2004. C'est
elle qui lisait le texte de Bove dans "Meublé sommairement",
la chorégraphie de Dominique Bagouet.

 


Benoît Virot vient de de lancer avec deux amis le premier numéro d'une revue, Attila, vouée à la défense et à l'exploration des auteurs maudits, "mineurs", oubliés ou mésestimés... Bove, Guérin, Gadenne, Mac Orlan, Isidore Isou sont au sommaire de ce n°0 (tiré à 1000 exemplaires et diffusé en librairies et à la criée, pour l'instant sur Paris essentiellement).

"L'écrivain Dominique Barbéris a accepté de nous donner un article sur Bove, première pièce d'une bibliothèque idéale qu'on espère construire peu à peu... en demandant à chaque numéro à un auteur contemporain d'évoquer un auteur à ses yeux injustement méconnu, ou négligé."

Pour s'abonner à Attila (1 an, 4 numéros, 10 euros) Le Nouvel Attila
127, avenue Parmentier 75011 Paris Tél : 01 43 38 21 08
E-mail : lenouvelattila@hotmail.com


Mauvaise nouvelle : la revue "Les Episodes" fondée en 1997 cesse ses activités.

Bonne nouvelle : "La Nouvelle Revue Française" publiera en octobre 2004
un hommage à Jacques Rigaut. Ce dossier sera constitué d'un texte biographique,
de photos et d'une correspondance inédite, ainsi que la réédition de larges extraits
de La Valise vide. Cette parution est pour moi l'occasion de présenter l'avancée
de mon travail sur Rigaut après une année de recherches.


 

Parution de l'avant-dernier chapitre de la Mer de la tranquillité
dans le numéro 14 (juin 2004) de la revue Rue Saint Ambroise. Ce texte sera publié
en un seul volume aux éditions "Les petits matins" en octobre 2005. Il sera accompagné
de photographies inédites de Dolorès Marat.


Modzik mars/avril 2004
Texte : Franck Chevalier


 

Le matricule des anges, N° 50. Février 2004.

 


 

La revue rue saint Ambroise fête son numéro 13 le jeudi 29 janvier aux Triolets
33 rue de Montreuil, à partir de 19h30. Entrée libre.
Des photos de la soirée sur pOst-repOrt


 

La revue Europe consacre son numéro (895-896)
de novembre-décembre 2003 à E. Bove.




Technikart N° 73 (juin 2003)


Le matricule des anges N° 44 (15 mai-15 juillet 2003)


Technikart N° 73 (juin 2003)


Lire Bove
Sophie Coste et Dominique Carlat / Collection Lire (2002)

Pour plus de détails sur cette nouvelle publication,
consulter le site des Presses Universitaires de Lyon


 

La compagnie La Vache Libre présente : "Mon imagination crée des amis parfaits pour l'avenir, mais en attendant, je me contente de n'importe qui".
Pour ce premier travail avec un trio d'acteurs, les cascadeurs tragiques, la metteuse en scène Meriem Menant s'inspire du roman d'Emmanuel Bove
"Mes amis". Très libre inspiration, à partir de l'atmosphère mélancolique et clownesque de ce roman, du thème de la solitude et de la quête désespérée
de l'Ami, de l'Amitié.
Des tarifs préférentiels sont proposés aux "amis d'amis d'Emmanuel Bove".
Pour en savoir plus, consulter le site Internet de la compagnie.


"Les lilas blancs qui suent et s'affolent de vieilles voluptés solitaires m'ennuient beaucoup" (Jacques Vaché)
Le numéro 16/17 de la revue Les Episodes sort le mercredi 2 avril 2003. Vous êtes invité à venir le fêter dans un nouveau lieu : Les Triolets, 33 rue de Montreuil, ce 2 avril 2003 à partir de 18h30 (jusqu'à environ 23h30.)

Nous vous invitons à venir fêter avec nous la sortie du numéro 11 de la revue Rue Saint Ambroise le Vendredi 28 mars à 20 heures à la Maison des Métallos Salle Coste (premier étage, fond de cour) 94 rue Jean-Pierre Timbaud Paris 11 Métro Saint-Maur Textes, lectures : Philippe Aronson, Jean-Luc Bitton, Pierre-Claude De Castro, Jérôme Mauche, Pierre-Jean Merens, Renaud Rebardy, Stéphane Rosière, Mathilde Tixier, Bernardo Toro, Thierry Trani, Stéphane Vallet, Laurent Vignat, et rencontre avec Cyrille Pernet à l'occasion de la parution de son roman Tout un hiver aux éditions Flammarion.


Le 12 mars sur France Culture à 14H dans l'émission Entre-Revues, focus sur la revue Les Episodes avec interventions
de Philippe Aronson, Alexandre Gouzou et votre serviteur.


Mathilde et Stéphane lancent une nouvelle soirée littéraire avec des lectures et de la zique, ça se passera le premier mardi de chaque mois. Ne ratez pas la prochaine qui aura lieu le mardi 1er avril à partir de 19h. Attention la troisième édition de cette soirée dont le thème est "Mort de lire" se déroulera au Lapp'Art : 25, rue de Lappe, 11e. Métro Bastille.

Tél : 01 48 05 99 41. Ouvert tous les jours de 19h à 2h.

 


Un recueil de neuf nouvelles d'Emmanuel Bove a été publié aux Pays Bas par l'éditeur Lubberhuizen. Ce recueil contient : Voyage autour d'un appartement (titre de l'ouvrage), Le retour, Elle est morte, Une conversation, Monsieur Thorpe, Tant que nous vivons, La fuite, Une offense, Le canotier. Traduit par l'Atelier de traduction d'Amsterdam, préface par Anneke Alderlieste, Editions Uitgeverij Bas Lubberhuizen, ISBN 90 76314934 prix €19,95 Voir également le site de l'éditeur. (27/01/03)


La Quinzaine littéraire du 16 au 31 décembre 2002


La semaine de Daniel Rondeau dans Libération
(samedi 14 et dimanche 15 décembre 2002)


Les Inrockuptibles
(du 20 au 26 novembre 2002)


Nouvel Observateur N° 1987
du 5 au 11 décembre 2002

 


Le comédien Jean-Pierre Darroussin travaillerait actuellement sur une adaptation cinématographique du roman Le pressentiment.


Mes amis traduit du français en chinois par Lin Ch'ang Chieh a été publié chez l'éditeur Criown Culture.

Présentation de Bove trouvée sur le site de l'éditeur (traduction du chinois en anglais très approximative réalisée par un robot)Niu. suddenly husband Emmanuel Bove, one of 20 th discipline law country greatest big writers, for is "is buried by the reputation in no law country writers greatest big". His first slightly said "I Wanted One Friend" to publish in 1924, immediately attained hotly fiercely returns the sound. In 1928 to "Cancelled Ties" one book to attain proclaims worked as law country Wen T'an Chiang volume highest it "? base leaf prize". In he short 47 year lives, altogether completed 30 ? long, the short article slightly said the work, "Wanted One Friend except Me", "To cancel Ties" outside, was more famous still has "Arab League You To hoodwink", "Shan Shen Che", "Last Night" and so on. In 1945 "Trap" and "Night Sent" publishes, same year in July suddenly the husband namely because the heart internal organs got sick sudden passes. In 1946 he last young said "Did not give Sues" publishes.The promise shell you Wen Hsueh the Chiang new owner shell gram especially extremely strength esteems his work, approves the reputation he "thin festival sensation not to have the person to Yu Tung Jen to be able and", but in the German country well-known poem person your gram you Wen Hsueh in Chiang new owner card raises with another promise shell also approves the reputation to its article study achievement to have Canada.


 

Les éditions Nota bene (Québec) ont publié en septembre 2002 une édition en poche de Mes amis, avec une présentation de François Ouellet. En couverture : gravure de Dignimont pour l'édition de Mes amis aux éditions Emile-Paul Frères en 1927.


Photos de la soirée des Episodes du 17 octobre 2002

"Le désespoir, l'indifférence, les trahisons, la fidélité, la solitude, la famille, la liberté, la pesanteur, l'argent, la pauvreté, l'amour, l'absence d'amour, la syphilis, la santé, le sommeil, l'insomnie, le désir, l'impuissance, la platitude, l'art, l'honnêteté, le déshonneur, la médiocrité, l'intelligence, il n'y a pas là de quoi fouetter un chat." (Jacques Rigaut)



Pour commander la revue, envoyez un chèque de 12 € (10 € pour ce numéro double + 2 € de port) à cette adresse :

Les Episodes
83, rue du Faubourg Saint-Denis
75010 Paris

Email : gouzouaronson@yahoo.fr


Attention ! Ne ratez pas la soirée de la (vraie) rentrée littéraire, celle des Episodes pour la sortie du numéro 14-15 de cette revue pas comme les autres. Cet événement aura lieu le jeudi 17 octobre 2002, toujours au café Rallye Monge, 12 rue Monge à Paris dans le 5ème (métro Maubert Mutualité) à partir de 18h30.






3 octobre 2002 : Alexandre Gouzou, directeur de publication de la revue Les Episodes, oreille attentive à Mathilde Tixier lisant son texte lors de la soirée de lancement du numéro 10 de la revue Rue Saint Ambroise...


Le Matricule des Anges (septembre-octobre 2002)


Article Zurban du mercredi 3 au mardi 9 avril 2002


Quelques instantanés de la soirée des Episodes du 20 mars 2002, de gauche à droite : Gillia ; Alexandre Gouzou, Philippe Aronson plongé dans la lecture du Parisien; Jean-Pierre Baril le biographe d'Henri Calet avec à sa gauche André Berne-Joffroy ayant droit des oeuvres de Calet et la petite fille au citron...





Le roman Un caractère de femme a été traduit en allemand par les éditions Friedenauer Presse (Berlin) avec en postface un entretien de Peter Handke avec Jean-Luc Bitton.


Deux images de la soirée des Episodes du 25 octobre 2001, de gauche à droite : Arnaud Baumann, Patrick Morelli, Jean-Pierre Baril, Alexandre Gouzou.

La revue littéraire Les Episodes dans son numéro d'octobre 2001 publie des lettres inédites de Bove ainsi qu'une présentation de l'auteur. Ne ratez pas la soirée du jeudi 25 octobre 2001 des Episodes à cette occasion! Je vous y donne rendez-vous... Pour commander la revue, envoyez un chèque de 60FF (50FF + 10FF de port) à cette adresse : Les Episodes 83, rue du Faubourg Saint-Denis 75010 Paris / Email : gouzouaronson@yahoo.fr





Les Inrockuptibles du 6 au 12 novembre 2001


L'éditeur Criown Culture doit réaliser une traduction en langue chinoise du roman Armand.

La Compagnie "Lézards qui bougent" de Bayonne doit adapter Mes amis au théâtre.

Info : la revue "Europe" prépare un numéro consacré intégralement à Emmanuel Bove. Ce numéro est coordonné par Marie-Thérèse Eychart.

La revue littéraire "Roman 20-50" propose dans son numéro du mois de juin 2001 un dossier critique sur Mes amis et Le Piège. Ce numéro 31 de la revue est principalement consacré à Emmanuel Bove dont un portrait est reproduit en couverture. Dix interventions sur les oeuvres de Bove sont proposées aux lecteurs de la revue.
Roman 20-50 no 31 juin 2001, 75 FF.
On peut commander la revue à cette adresse : Société Roman 20-50 / 41, rue Béranger - 59000 Lille


Je vous donne rendez-vous le jeudi 25 janvier 2001 de 18h30 à tard dans la nuit, au café Rallye Monge, 12 rue Monge à Paris dans le 5ème (métro Maubert Mutualité) pour fêter le numéro 10 de la revue littéraire Les Episodes.
Au générique de ce numéro, William T. Vollmann, Brice Matthieussent, Matthew Rose, Laure Fardoulis, Kazik Hentchel, Claro, Yujiro Otsuki, Barret Crary, Paulo Tunhas et votre serviteur. Les soirées des Episodes sont toujours très animées, jamais guindées, on y boit (beaucoup), on y mange (un peu), on y discute (beaucoup), on y lit des textes, debout sur les tables, le verre à la main...
A très bientôt donc.
Adresse de la revue : Les Episodes 83, rue du Faubourg Saint-Denis 75010 Paris



Les cahiers Livres de Libération / 24 mai 2001


 

DECEMBRE 2000 PARUTIONS EN LIVRES DE POCHE

L'amour de Pierre Neuhart
Seuil, Points, 128p., 35 F

Le Pressentiment
Seuil, Points, 160p., 39 F



"Emmanuel Bove retrouvé" à Lyon...

Journées Emmanuel Bove vendredi 24
et samedi 25 novembre 2000

 

Ces journées ouvertes à tous sont organisées par le LERTEC (Lecture et réception du texte contemporian) et l'université Lumière de Lyon 2. Demandez le programme...
Vendredi 24 novembre, matin : 9h Dominique Carlat (Lyon 2) : le corps incertain. / Serge Gaubert (Lyon 2) : Midi l'injuste./ Roger-Yves Roche (Lyon 2) : Les chambres d'Emmanuel Bove. / 10h15 Débat / 10h30 : Pause / 10h45 Suzanne Dürr (Université de Passau, Allemagne) : Psychologie et crise d'idendité : une analyse du héros dans l'oeuvre de Bove. / Jean-Pierre Martin (Lyon 2) : Ma honte à moi. / Albert (salut Albert! je ne savais pas qu'on t'avait confié la lourde responsabilité du fonds Bove...il est entre de bonnes mains...) Dichy (IMEC) : Présentation des archives Bove. / 12h Débat
Vendredi 24 novembre, après-midi : 14h Sophie Coste (Lyon 2) : " Des gouttes tombaient à terre, jamais l'une sur l'autre" - La description chez Bove. / Chantal Michel (Lyon 2) : "Parce que nous n'avions que des pantoufles, nous nous sommes laissés prendre." (j'adore cette citation, tout Bove...) L'ellipse dans l'oeuvre de Bove. / Olivier Bravard (Lyon 2) : L'hypothèse. / 15h15 Débat / 15h30 Pause / 15h45 Hervé Carn (Rennes) : Le silence. / Alexandra Saemmer (Lyon 2) : La singularité de deux hommes "sans qualités" : Musil et Bove. / Mireille Hilsum (Lyon 2) : " Le plus sage, je crois est de ne pas commencer." / 17h Débat / 17h30 Bove à haute voix : Anne Calas, comédienne, lit des extraits de l'oeuvre.
samedi 25 novembre, matin : 9h Marie-Poix-Tétu (Lyon 2) : L'intravagant Monsieur Bove. / François Ouellet (Université Laval, Québec) : L'obsession ternaire (dans Un soir chez Blutel). / Claude Burgelin (Lyon 2) : Lecture du Beau-fils. / 10h15 Débat / 10h30 Pause / 10h45 Patrick Longuet (Université de Chambéry) / portraiturer Bove. / Bruno Blanckeman (Université de Caen) : Drôles de guerres (sur Départ dans la nuit). / Marie-Thérèse Eychart (Université Lille 2) : Le piège ou comment écrire l'Histoire.
12h Débat et fin des journées Bove. (Quand est-ce qu'on mange? je connais à Lyon un petit bouchon pas dégueu...)
Toutes ces agapes boviennes se dérouleront à la salle du conseil de la Faculté des Lettres au 18 quai Claude Bernard à Lyon 7 ème, au-dessus du secrétariat de Lettres...Pour plus de renseignements, vous pouvez téléphoner à Sophie Coste au 04 78 76 29 91, son mail : sophie.coste-mignot@univ-lyon2.fr / Vous pouvez également joindre le Directeur du Lertec par mail : jpmartin@univ-lyon2.fr

Meublé sommairement (Aftalion Alexandre)

Les Carnets Bagouet

Jeudi 14 décembre 2000 à 20h30 au théâtre 71 de Mamakoff / 3, place du 11 novembre 92240 Malakoff/ informations et réservations : 01 46 55 43 45.
Mardi 14 mars 2000 à 20h30 Opéra Berlioz/Le Corum à Montpellier et du mardi 21 mars au samedi 25 mars 2000 au théâtre de la ville à Paris.
En janvier 1989, Dominique Bagouet écrivait : "le projet de Meublé sommairement m'apparaît aujourd'hui comme le résultat d'une addition de plusieurs désirs. Certains d'entre eux, soit du côté de la chorégraphie, des interprètes, de la musique, étaient d'abord sans but réels, séparés a priori par des motivations différentes. C'est le texte d' Emmanuel Bove, Aftalion, Alexandre qui a tout fait concorder. Il y a donc le choix incontournable comme auteur, de son texte anti-théâtral et anti-spectaculaire, cette espèce d'ode à l'ordinaire


Parution d'un roman inédit
et des oeuvres complètes (ou presque...)
chez Flammarion
L'événement bovien de ce début d'année 99 est la parution simultanée chez Flammarion dans la collection Mille & Une Pages d'un recueil des oeuvres de Bove regroupant 8 romans et une nouvelle (Mes amis, Armand, Bécon-les-Bruyères, Un soir chez Blutel, La Coalition, Henri Duchemin et ses ombres, Coeurs et visages, Journal écrit en hiver, Le Piège) et du dernier roman inédit Un caractère de femme dans la collection de littérature française générale (ex-collection Blanche). Ces nouvelles éditions ont été établies, présentées et préfacées par Jean-Luc Bitton. Remerciements à Clara Recordier et Juliette Joste qui ont coordonné ces parutions chez Flammarion.
Emmanuel Bove, romans, Mille & Une Pages, Flammarion, janvier 1999(158,00 FF)
Un caractère de femme, roman, Emmanuel Bove, Flammarion, janvier 1999 (90,00FF)

A l'initiative de Patrick Duval et de Bayon, journaliste à Libération, une plaque commémorative sera apposée sur la tombe d'Emmanuel Bove au cimetière Montparnasse à Paris. (Emplacement de la sépulture : 25 ème division israélite, 27 ème ligne Est, no 1 Sud). Cette plaque sera inaugurée à 15 heures, le 13 juillet 1997, date de la mort de Bove (13/07/45). S'il fait beau, Catherine Belkhodja lira quelques extraits des romans de Bove et Annie Oléon jouera du saxophone. Tous les admirateurs et admiratrices de Bove sont conviés à cette inauguration. Des démarches sont également en cours pour apposer une autre plaque commémorative au 59 Avenue des Ternes, où Bove s'est éteint. Par ailleurs, la concession de la tombe de Bove arrivant à expiration cette année, il y a un risque pour qu'elle soit reprise par le cimetière. Nous allons créer une association des Amis d'Emmanuel Bove, dont la seule existence permettrait de protéger le monument.

COMPTE RENDU D'UNE COMMEMORATION

Cher Jean-Luc, Je vous avais promis un petit rapport sur la cérémonie. Tout ce qui s'est passé mériterait sans doute d'être décortiqué à la façon de Bove mais je ne suis pas sûr d'en avoir ni le courage ni le talent (pour ce qui concerne le talent, je suis même sûr de ne pas l'avoir). Comme je vous l'avais dit, nous avions prévu de demander à Catherine Belkhodja de lire quelques textes et à un musicien (en l'occurence une musicienne Annie Oléon puisque Murat a fait défection) de jouer du saxophone. Bien entendu, rien n'avait été répété et je craignais fort que tout cela ne fasse très amateur ce qui, tout compte fait n'avait rien de gênant.
Pour Bayon comme pour moi, il n'était pas question de faire le moindre discours ni de prévoir la moindre mise en scène. En fait, nous aurions aimé que tout se passe naturellement, sans aucune intervention de notre part ce qui était une gageure. Je suis arrivé au cimetière vers 14h30 avec un morceau de velours noir que j'ai eu beaucoup de mal à coincer pour cacher la plaque. En fait, Nora et sa fille étaient passées avant moi et avaient déjà vu la plaque, mais elles étaient très contentes que je la recouvre et qu'on fasse le geste de la découvrir.
J'ai d'ailleurs laissé cet honneur à Nora. Du fait, sans doute de la date, en pleines vacances, il y avait assez peu de monde : une vingtaine de personnes en tout dont Nora et sa fille, Bruno (fils de Michel) avec sa femme et ses enfants, deux personnes de l'Imec, un vieux peintre espagnol arrivé là je ne sais comment, votre amie Nathalie (qui est tres sympathique), la monteuse Sabine Mamou, une chercheuse anglaise, Gay quelque chose, qui fait une thèse sur Bove.
Pour le reste, ce n'étaient presque que des amis à moi ou à Bayon. Au départ, Bayon aurait souhaité que Catherine se déplace a travers les personnes présentes et qu'elle lise des textes au hasard, produisant juste une sorte de musique de Bove sans aucun sens. De simples mots que les gens auraient attrapés au hasard et qui ne les auraient pas empêchés de discuter entre eux.
J'aimais bien l'idée mais cela me semblait difficile, surtout lorsqu'elle tomberait sur des dialogues. J'ai donc tout de même sélectionné, de facon un peu subjective et surtout au hasard des quelques pages que j'ai tournées :
- les notes de travail que vous m'aviez vous même recommandées
- un extrait de Journal écrit en hiver (le passage du 4 novembre)
- les 3 dernières pages de la Coalition (nous étions là à la limite de faire sens mais d'une part la Coalition est mon livre préféré de Bove, d'autre part je trouve qu'il y a presque de l'humour dans ce suicide qui n'en est pas vraiment un) Catherine a lu les textes depuis la porte de la chapelle et puis elle s'est deplacée entre les gens comme Bayon le voulait.
Nous n'avons cependant pas pu éviter l'effet que nous voulions justement éviter : que tout le monde écoute religieusement. Le vieux peintre espagnol hochait la tête gravement à chaque phrase comme pour dire : c'est ça, exactement ça. Et Nora était toute recueillie regardant tantôt Catherine, tantôt la plaque.
C'était tout de même assez émouvant. L'amie à qui j'avais demandé de jouer du saxophone s'est très bien acquittée de sa mission. Elle s'est installée un peu plus loin, dans un carré de tombes juives plus aéré et la musique nous parvenait de loin. C'était parfait. Tout le monde s'est parlé. C'était très chaleureux et très familial. Le fait même qu'on soit si peu avait quelque chose d'encore plus touchant.
Vous ai-je déjà dit que j'avais reçu un petit mot de Giscard tres gentil, m'avertissant qu'il ne serait pas à Paris ce jour là et ne pourrait donc être des nôtres mais qu'il le regrettait sincèrement. Contrairement a ce que je vous avais annoncé, on a quand même fait un film vidéo et j'ai moi même filmé toute la partie lecture. Par hasard, Catherine avait en effet decidé la veille, de s'acheter une mini caméra et elle a tout filmé avant de se mettre à lire et de me coller la caméra entre les mains.
Comme je ne discute jamais ce qu'elle me demande, vous aurez la possibilité, un jour, de voir -bientôt j'espère- ce film. Voilà. J'aurais sans doute pu vous raconter mille petits détails supplémentaires mais je préfère répondre a vos questions si vous en avez. On a beaucoup parlé de vous et tout le monde a regretté que vous ne soyez pas là.
Bien amicalement à vous, Patrick (Paris le 14 juillet 1997)

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