ACTUALITE AUTOUR
D'EMMANUEL BOVE ET AUTRES
Dans ses carnets du rocher 1982-1987, Peter Handke évoque
plusieurs fois Emmanuel Bove dont il a été le traducteur
pour l'Allemagne. Il note des citations de Bove ou ses impressions de
traducteur et de lecteur : "Madeleine, comme je lui souriais, m'a
regardé comme les gens qui se réconcilient avec quelqu'un
qu'ils n'aiment pas. (Emmanuel Bove, Journal écrit en hiver). /
"Genre épique (La Répétition) : les jours et
les nuits, et l'année, et le siècle (chez Emmanuel Bove
ce sont seulement les jours et les nuits, même son : "Les étoiles
clignaient dans l'air limpide, comme menacées d'un vent céleste.")
/ "Raconter : chercher les cordages entre les mâts, les lianes
entre les ramures d'arbres (la tombe d'Emmanuel Bove au cimetière
Montparnasse: des spores de platane dans la chapelle funéraire,
et juste à côté le vacarme des voitures) (28 mars)
/ "A chaque instant des remarques de sa fille le plongeaient dans
un abîme. un jour, par exemple, comme il lui avait dit en la regardant
avec admiration : "Je voudrais que tu sois une reine", elle
avait répondu avec une pointe de mépris : "Tu devrais
dire une sainte" (E. Bove, Un père et sa fille, un chef-d'oeuvre!)
/ "Au milieu de la nuit, la clarté se fit lentement dans son
cerveau . Pour échapper à sa douleur, il lui suffisait...d'oublier
tous ses rêves et ses ambitions, et de ne plus avoir qu'un seul
but devant les yeux : être le dernier homme" (Emmanuel Bove)
/ "L'être aimé qui te sauverait s'il te connaissait
- mais qui cesse d'exister sitôt qu'on lui adresse la parole"
(E. Bove : la religion révélée par un écrivain,
dans un contexte très quotidien; il faut que je lise Emmanuel Bove
aussi attentivement que Friedrich Höderlin) / "Le même
soin que les sauvages mettent à la confection d'un piège,
il l'apporta à ses préparatifs de voyage" (Bove, L'amour
de Pierre Neuhart) / "L'homme qui la nuit dernière marchait
dans le hall presque désert de la gare de l'Est avec un petit traîneau
m'a fait penser à Emmanuel Bove (17 février) / "Emmanuel
Bove : à la lettre le saint des derniers jours" /
Peter Handke, A ma fenêtre le matin, Carnet
du rocher 1982-1987, éditions Verdier, 2006.
DISPARITION
Nora de Meyenbourg était la fille de l'écrivain
Emmanuel Bove. Elle a beaucoup contribué à la réhabilitation
littéraire de son père tout d'abord en sauvegardant soigneusement
ses manuscrits et sa correspondance qu'elle conservait dans une malle
chez elle jusqu'à qu'elle décida de confier ces archives
à l'Imec, mais également en participant étroitement
à la réédition de l'oeuvre oubliée de ce père
écrivain dont elle était fière. C'est d'ailleurs
dans le cadre d'une réédition, il y a tout juste un an,
que j'avais eu le plaisir de revoir Nora chez elle à Blois. Olivier
Gadet, le directeur des éditions Cent pages et moi-même avions
été épatés par sa vivacité d'esprit
et son enthousiasme à consulter les épreuves finales de
Bécon-les-Bruyères mais aussi à évoquer le
souvenir d'Emmanuel. Nora vient de disparaître, elle sera inhumée
ce jeudi 17 septembre 2009 à Blois. J'adresse mes condoléances
à ses amis et à ses proches.
La
vidéo de ma dernière visite chez Nora
Quand la littérature s'écarte du roman sans
renoncer au récit, elle jouit d'une distance nouvelle face au monde.
Plus près des choses, elle se contente d'êtreun simple instrument
d'enregistrement, comme un oeil mécanique au milieu de la vie.
Aujourd'hui, ce parti pris, de Georges Perec (citons par exemple sa Tentative
d'épuisement d'un lieu parisien) à Jean Rolin et ses Zones,
n'est pas révolutionnaire, mais lorsque Emmanuel Bove publie en
1927 Bécon-lesBruyères, sa démarche est singulière.
Elle annonce un genre nouveau : celui de la littérature documentaire.
A l'origine, c'est un texte de commande pourunecollection, "Portraits
de la France", dans laquelle Paul Morand s'intéressa à
Toulon et André Maurois, à Rouen. Au regard de ces villes,
le choix d'EmmanuelBove peut sembler bien incongru.
Quand l'ouvrage paraît, l'écrivain a 29 ans. Il a déjà
publié deux livres - Mes amis et Armand - qui l'ont immédiatement
distingué. Lorsqu'on lui propose d'écrire ce récit
de voyage, Emmanuel Bove habite à Courbevoie, en banlieue parisienne.
Il n'ira pas plus loin. À l'exotisme de la littérature d'évasion,
il préfère opposer un regard simple sur un lieu sans qualité.
Car Bécon-les-Bruyères "existe à peine".
C'est le nom d'un lieu-dit à cheval sur les communes de Courbevoie
et d'Asnières. L'anti- "ville tentaculaire", où
tout est normal. Mais cette banalité ne rebute pas Bove. En la
traversant, il se livre à une minutieuse description pour une enquête
sans énigme : on n'y trouvera aucun scoop, nulle révélation
spectaculaire, mais une suite de faits recueillis comme des vieux instantanés.
Bécon-les-Bruyères est au ras des pâquerettes. Tout
y est morne, désert, comme si la vie s'en était retirée.
En s'y perdant, l'oeil de Bove enregistre les signes de cette désolation.
Il remarque tantôt une boîte aux lettres (abandonnée
?) à laquelle on ne confierait pas son courrier, ou plus loin encore,
un sac mystérieux, charrié par la Seine, et qui cristallise
toute la mélancolie des environs.
A travers l'évocation de cette banlieue et de son no man's land,
il décrit un monde abîmé dans lequel la communauté
humaine semble être disjointe, et bien mal à l'aise avec
son territoire. On devine alors l'imminence d'un sentiment qui sera au
coeur des thématiques littéraires de l'après-guerre
: celui de l'étrangeté.
Le désenchantement culmine quand le marcheur, soucieux de trouver
un réconfort spirituel, traverse un cimetière à Asnières.
Mais la mémoire des humains y est absente : les tombes n'accueillent
que les chiens. Cependant, ce lieu ne l'accable pas, il comprend que la
dérision est la meilleure manière de supporter un monde
où la place de l'homme n'est peut-être plus garantie : "Boby,
Daisy, vous dormez ici depuis 1905. Mais qu'est devenue votre maîtresse,
et cette peau d'ours blanc, et cette table légère sur lesquelles
on vous a photographiés ?"
BÉCON-LES-BRUYÈRES d'Emmanuel Bove. Postface de Jean-Luc
Bitton. Ed. Cent pages, 64 p., 10 €.
Amaury da Cunha
Article paru dans le Monde des Livres du 03.07.09.

On connaît l'admiration du comédien et réalisateur
Jean-Pierre Darroussin pour l'écrivain Emmanuel Bove dont il a
adapté le roman Le Pressentiment, plus inattendue (quoique...)
celle du comédien belge Benoît Poelvoorde qui, le 6 juin
prochain, lors du festival "Paris
en toutes lettres" donnera une lecture de Mes amis, le premier
roman du "plus grand des auteurs français méconnus".
MAGIC MIRROR à 21H
Place de Stalingrad · 75010 Paris
Accès handicapés
(600 places)
P.S. : La lecture de Mes amis par Benoît
Poelvoorde a été annulée, le comédien ayant
été retenu sur un tournage. Selon Olivier Chaudenson, le
directeur de "Paris en toutes lettres", cette lecture est remise
en 2010 dans le cadre du prochain festival.
Vente aux enchères publiques le 8 avril 2009 de
la bibliothèque Christophe d'Astier dans laquelle on trouve des
éditions originales d'Emmanuel Bove. Voir le catalogue
ici.
LOT 46
MES AMIS.
PARIS, FERENCZI ET FILS, COLLECTION « COLETTE », 1924.
BOVE, EMMANUEL
200—300 EUR
DESCRIPTION
édition originale. In-8 (188 x 110 mm), broché.
envoi autographe signé : "à Monsieur Henri Lenseigne,
ce premier livre en témoignage de reconnaissance et de vive sympathie.
E. Bove".
pièce jointe : lettre autographe signée (1 p. sur 1 f.,
268 x 209 mm) de remerciement à John Charpentier pour sa critique
dans le Mercure de France « [...] Je vous remercie de tout coeur.
Vous n'avez pas voulu relever certains détails qui, je le sais,
sont de trop. Ainsi, vous avez montré que vous aviez confiance
en mes livres futurs et que vous étiez indulgent pour les erreurs
d'un premier livre. Je vous suis très reconnaissant. [...] ».

Février 2009, parution du roman Le Pressentiment
en poche au Seuil avec une préface de Marie Darrieussecq.
"Le Pressentiment", ou quand un avocat parisien
refuse le confort des beaux quartiers
Jusqu'à quel point peut-on tirer sa révérence
au monde ? Le rêve n'est pas neuf : larguer les amarres et filer
vers le large dans l'espoir de vivre enfin quelque chose qui ressemble
à la vérité. Folle et grave ambition qui anime des
êtres intransigeants (par exemple, le personnage mis en scène
par Sean Penn, en 2008, dans le film Into the Wild) et qui fut aussi,
pour partie, celle de l'écrivain Emmanuel Bove. De son vrai nom
Emmanuel Bobovnikoff, ce Français de père russe, né
en 1898 et en 1945, choisit d'offrir la plus petite surface possible aux
honneurs et au confort.
La notoriété pourtant - ou ce qui aurait pu s'en approcher,
s'il y avait prêté le flanc - vint tôt chercher ce
romancier talentueux, qui avait décidé de devenir écrivain
à l'âge de 14 ans. Remarqué par Colette, il connut
le succès dès son premier roman (Mes amis, paru en 1924)
et publia onze livres, au cours d'une existence finalement assez brève.
Mais s'il fut toujours admiré, Bove n'en resta pas moins rétif
aux manifestations du carnaval social et finit par tomber dans une relative
confidentialité. Est-ce à cause de son manque d'appétit
pour les salons, fussent-ils littéraires ? Il ne faut pas s'étonner,
en tout cas, que le héros du Pressentiment, son sixième
roman (adapté au cinéma par Jean-Pierre Daroussin en 2006
et doté, pour la présente édition, d'une belle préface
de Marie Darrieussecq), soit à l'image de ce refus des apparences
et des conventions.
Avocat parisien issu de la bourgeoisie, marié et père de
famille, Charles Benesteau n'est pas un révolutionnaire. Il a "une
cinquantaine d'années", porte une moustache noire et souffre
peut-être, apprend-on, des "conséquences tardives de
la guerre". Un homme parmi d'autres, en somme. Sauf que celui-là
ne supporte plus l'hypocrisie qui l'entoure. Pire encore : "Il trouvait
le monde méchant." A partir de cette phrase sublime, qui met
en scène une sorte d'intolérance au mensonge, à l'égoïsme
et à la cupidité, Emmanuel Bove va précipiter son
personnage dans une quête radicale et finalement vaine.
Car la méchanceté est une maladie terrible. Un fléau
contre lequel Charles Benesteau ne possède pas d'anticorps. Son
seul remède, c'est la fuite. Oh, pas loin : du 18e arrondissement
de Paris, près de la place Clichy, l'avocat va passer au 14e, rue
de Vanves, derrière la gare Montparnasse. Là, il emménage
dans un logement modeste, après avoir quitté femme et enfants.
Pas très loin, mais suffisamment, tout de même, pour se dépayser
complètement. Il faut dire qu'en 1931, date à laquelle commence
le récit, le quartier n'a pas la physionomie qui est la sienne
aujourd'hui. Il y a même une immense misère, dans ce coin
de Paris, peuplé de tout un monde que Benesteau n'a jamais côtoyé
de sa vie.
AUTEUR ASCÉTIQUE
Une détresse navrante, décrite avec la simplicité
qui commande l'ensemble du livre. Pas d'effets, pas de pathos, pas d'indignation
sous la plume de cet auteur ascétique, dont le personnage ne se
met en colère qu'une seule fois - et encore, sans parole. C'est
en peu de mots que Bove peint l'univers, à la fois celui du 17e
arrondissement et celui du 14e.
En quelques mots, mais simples et limpides, qu'il passe sur l'inertie
d'Eugénie, la vieille servante (qui "était sale parce
qu'elle n'avait plus de dents, parce qu'elle n'avait jamais inspiré,
nous ne disons pas de l'amour, mais le plus petit sentiment à qui
que ce fût") et sur la douleur de Juliette, l'adolescente recueillie
par Charles. Sa mère est à l'hôpital et son père
en prison, pour avoir frappé sa femme : l'enfant n'a plus personne
pour veiller sur elle.
Pas d'angélisme, chez Emmanuel Bove. Et peut-être même
un rien d'ironie vis-à-vis de son héros, que sa candeur
a rendu si désarmé face au monde. Benesteau : n'entend-on
pas l'adjectif "benêt" dans ce nom d'apparence inoffensive
? C'est que l'avocat ne se remet pas d'une découverte qui le blesse
jusqu'au fond de l'âme : chez les pauvres, le monde n'est guère
moins méchant que chez les riches. On y peut être fourbe,
malveillant, âpre et même calomniateur, comme l'affreuse Madame
Chevasse, qui fait courir sur son compte les pires rumeurs. Et le personnage,
qui découvre enfin combien le destin l'a privilégié,
se désole que "ces gens" refusent de "le considérer
comme l'un des leurs".
C'est un homme qui veut pousser une montagne à la seule force
de ses mains, ce Charles. Et qui finit par en mourir, bien sûr -
quelle autre solution ? Emmanuel Bove, lui, est mort à l'âge
de 47 ans. A l'époque, les livres de cet écrivain "pathologiquement
discret", selon l'expression de Philippe Soupault, n'étaient
pratiquement plus édités.
d'Emmanuel Bove. Points "Signatures", 150 p., 8,50 euros
Raphaëlle Rérolle
Article paru dans Le Monde du 15.02.09

En librairie en janvier 2009, "Bécon-les-Bruyères"
la nouvelle d'Emmanuel Bove
rééditée aux éditions Cent Pages et postfacée
par votre serviteur.
Bécon-les-Bruyères, 2 mn d’arrêt
Lumineuse idée des Editions cent pages, admirable
éditeur de l’Isère qui réalise des ouvrages
d’une irréprochable qualité typographique, de proposer
en un petit volume un bijou à la fois très connu et parfaitement
méconnu d’Emmanuel Bove, Bécon-les-Bruyères.
Livre de commande dans le cadre d’une série où l’on
demandait à des écrivains de raconter une ville, cet exercice
nous prouve que les grands écrivains peuvent transformer une contrainte
en art, car au-delà du simple travail d’observation auquel
s’est livré Bove sur une ville dont il était l’habitant,
c’est une radiographie littéraire de l’espace qu’il
nous offre, braquant son projecteur ironique sur une non-ville, un lieu
plus qu’une cité. Comme le dit Jean-Luc Bitton, le spécialiste
incontesté de l’auteur, il s’agit d’une”
monographie tout aussi ironique que poétique d’un no man’s
land de la banlieue parisienne” qui vient poser sa provocation tranquille
à côté d’illustres cités, démarche
bovienne par excellence de cet auteur qui côtoya les gens de peu
comme on dira plus tard pour leur donner une place unique dans la littérature
du XX° siècle. Paru en 1927, il fait partie de ses premiers
textes mais Mes amis l’avait déjà propulsé
et très vite, à l’avant-scène. C’était
d’ailleurs pour fuir cette gloire rapide qui lui faisait peur que
Bove s’était éloigné, gagnant “ce lieu
qui n’existe que par le nom de sa gare”, un endroit qu’il
a sublimé en l’observant avec minutie, y cherchant des traces
de vie tout en suspectant qu’il n’y en avait pas, d’où,
on le voit, l’étrange profondeur de ce petit texte dont le
souvenir peut vous poursuivre longtemps. Livre d’un habitant fantomatique
sur une ville qui paraît dépeuplée, Bécon-les-Bruyères
pourrait s’inscrire sans défaut dans cet ensemble bizarre
qui s’appelle la “littérature de voyage”, non
pas tant parce qu’on s’y déplace que parce qu’on
y découvre la vraie nature du dépaysement, ce sentiment
d’être le même mais ailleurs. Tous ceux qui ont lu ce
micro-livre et qui ont un jour, au départ de Saint-Lazare, croisé
le panneau SNCF annonçant cette gare qui n’a pas disparu
malgré la pression des deux villes qui la tiennent serrée,
ont fait l’expérience étrange d’une inexplicable
familiarité avec un lieu où aucune raison ne vous porte.
Et la tentation peut survenir d’y descendre… pour peu que
le train veuille bien s’y arrêter…
Les amateurs iront sans retard sur le magnifique site animé par
son biographe Jean-Luc Bitton : http://www.emmanuel-bove.net/
Source : http://blogs.mollat.com/litterature/tag/emmanuel-bove/
ENSEMBLE : EMMANUEL BOVE & HENRI CALET
T'ai-je dit que j'ai Adieu Fombonne dédicacé
à Calet:
"En souvenir des heures passées ensemble. Emmanuel
Bove" ?
(E-mail de Bernard Morlino à Jean-Luc Bitton)
UN SIECLE D'ECRIVAINS EN LIGNE
Emmanuel Bove, un film réalisé par Hervé
Duhamel et écrit par Jean-Luc Bitton, avec les témoignages
d'Edmond Charlot, Raymond Cousse, Jean Gaulmier, Denise Margot, Simone
Monnier, et Nora de Meyenbourg, pour France 3, "Un Siècle
d'écrivains", une coproduction INA/FRANCE 3/IMEC/1996. Sur
google
video
CHEZ NORA, LA FILLE D'EMMANUEL BOVE
Nora de Meyenbourg filmée chez elle en septembre
2008. Pour regarder la vidéo, cliquez ICI!
REEDITION
Bécon-les-Bruyères bientôt
réédité aux éditions Cent Pages...
Michel Baudinat, comédien
"Le temps est dangereux", disait-il dans Vous
qui habitez le temps, de Valère Novarina. Jeudi 10 juillet, Michel
Baudinat est mort, à Roanne (Loire), des suites d'un cancer. Il
avait 68 ans. On ne verra plus son visage un peu lunaire, qui savait si
bien convoquer les étrangetés de la vie. On n'oubliera pas
son allure terrienne, qui semblait plantée dans le quotidien. On
ne restera plus bouche bée devant sa façon de donner corps
au langage, qui rendait populaires tous les mots en scène.
A en croire sa biographie, Michel Baudinat n'a fait que jouer, en commençant
par naître le 24 décembre 1939 à Ollioules (Var).
C'était un homme discret, dont la vie s'effaçait devant
le théâtre, qu'il a pratiqué dès 1970, en commençant
sous la direction de Michel Berto. Dans son parcours, on croise, parmi
beaucoup d'autres, les noms des metteurs en scène Didier Bezace,
avec qui il a joué dans Le Piège, d'Emmanuel Bove,
de Bernard Sobel, qui l'a dirigé dans trois spectacles - Fatzer
et La Bonne âme de Setchouan, de Brecht ; L'Elephant d'or, de Kopkov
- ou encore de Daniel Jeanneteau, qui l'a choisi pour La Sonate des spectres,
de Strindberg, en 2003.
Mais c'est avec Jean-Marie Patte et Valère Novarina que Michel
Baudinat a tracé la plus belle part de sa route. Soit avec deux
hommes de théâtre totalement à part. L'un, Jean-Marie
Patte, tend vers l'indicible ; Valère Novarina, lui, cultive la
profération. Mais ils ont en partage d'attaquer le théâtre
par les faces nord, celles qui poussent à aller au bout de l'expérience
des mots. Avec Jean-Marie Patte, Michel Baudinat a joué dans Les
Bonnes, de Jean Genet, Abel et Bela, de Robert Pinget, Le Gardien du tombeau,
de Kafka... ou encore Une pièce d'amour, de Patte lui-même.
Avec Valère Novarina, Michel Baudinat a entretenu, pendant plus
de vingt ans, un de ces compagnonnages qui donnent à une vie d'acteur
sa lumière propre. Non seulement il a joué dans les pièces
écrites et mises en scène par le Savoyard, mais il a créé
six de ces pièces, du Drame de la vie, en 1986, au Festival d'Avignon,
à L'Acte inconnu, en 2007, à Avignon toujours, mais cette
fois dans le saint des saints - la Cour d'honneur du Palais des papes,
où il a été donné à Novarina d'être
un des très rares auteurs vivants à être entendu.
Dans Vous qui habitez le temps, Michel Baudinat jouait le Veilleur, un
rôle écrit pour lui, comme celui du Bonhomme Nihil, dans
La Chair de l'homme, ou de Jean Terrier, dans L'Origine rouge. En 1999,
l'acteur avait repris ces personnages dans un spectacle qu'il interprétait
seul, sous le titre Le Vivant malgré lui. Le 28 janvier 2000, il
l'avait présenté à Jérusalem, sous la neige,
ce qui plaisait beaucoup à l'auteur. Il avait aussi joué
du Novarina sous la direction de Claude Buchvald.
"Je lui ai souvent dit qu'il était mon diapason : qu'il fallait
qu'il soit au milieu de nous pour que tout sonne juste", se souvient
Valère Novarina. Ceux qui ont eu la chance de voir jouer Michel
Baudinat mesurent la reconnaissance qui passe là.
Brigitte Salino / Le Monde du 24 juillet 2008
«J’ai parlé de Ponge à
Char, il y a eu un silence»
Recueilli par PHILIPPE LANÇON
Libération : jeudi 3 avril 2008
Peter Handke a découvert Paris à 22 ans. Plus tard, il a
traduit des écrivains français. Récit de son expérience.
«Le premier que j’ai traduit est Emmanuel Bove, il y a trente
ans. Je revenais d’Alaska, j’avais fini Lent Retour, je retournais
en Autriche et je ne pouvais plus écrire. C’était
une pause d’angoisse. Je trouve scandaleux d’écrire,
je ne comprends pas que ce ne soit pas un problème. C’est
un sacrilège et, parfois, je suis un criminel heureux. Je ne pouvais
plus écrire, mais je ne voulais pas abandonner les mots, leur rythme,
la chaleur qui est à leur place, et, en Autriche, j’avais
besoin de lire dans une langue étrangère. J’ai commencé
par lire mot à mot les présocratiques. Puis Luc Bondy m’a
fait découvrir Emmanuel Bove. Le traduire était un vrai
match de foot : Emmanuel Bove était le joueur principal et moi
je l’aidais à jouer dans l’autre camp, en langue allemande.
Le premier texte était Bécon-les-Bruyères. Il décrit
les alentours de la gare, simplement cette gare de banlieue, et c’est
incroyable. On n’a vraiment pas besoin de Gabriel Garcia Marquez
(1) ! De lui, j’ai également traduit Mes amis et Armand.
«Ensuite, j’ai traduit Francis Ponge. En Allemagne, il était
occupé par les avant-gardistes. J’ai recommencé à
lire le Carnet du bois de pins tandis que j’écrivais la Leçon
de la Sainte-Victoire. Ponge dramatise un moment de sa vie qui, comme
dirait Kafka, devient le sentiment profond - le passeport universel. Il
voit le ciel d’Aix-en-Provence, au début de la Seconde Guerre
mondiale, et il dit : ce ciel est tragique. C’était une nouvelle
manière de rendre compte des phénomènes du monde,
une possibilité très fraîche de la littérature.
Il est vraiment simple à traduire. C’est un joueur. J’ai
laissé des mots en français pour l’étrangeté
de la langue.
«Et il y a eu René Char. Depuis Paul Celan, qui l’avait
magnifiquement traduit, il n’y avait plus rien. J’ai traduit
Retour amont et les Voisinages de Van Gogh. Char, c’est comme les
présocratiques : on ne comprend pas forcément le texte,
mais on voit autre chose en le lisant. Je suis allé chez lui, à
l’Isle-sur-la-Sorgue. C’était un faux sévère.
Ce jour-là, un colloque lui était consacré, il y
avait des universitaires. Tout le monde parlait d’une voix très
douce autour de lui. Puis les universitaires ont disparu, il a sorti du
vin et il a dit : "Maintenant que les lémures sont partis,
on va pouvoir ouvrir une bouteille." Il était très
grand et son portail, tout petit. Il se penchait dessus pour l’ouvrir.
Quelqu’un y avait accroché une plume. Il l’a prise
et il a dit : "Ce sont mes visiteurs préférés."
Des gens qui laissent des signes et qui ne dérangent pas. Quand
j’ai parlé de Ponge à Char, il y a eu un silence…
pas très agréable.
«Quand j’ai découvert ses textes, une phrase de lui
dans Aromates chasseurs me fascinait comme un oracle : "Les femmes
sont amoureuses et les hommes sont solitaires. Ils se volent mutuellement
la solitude et l’amour." Maintenant, cette phrase me fait chier.
Ma fille, qui a 17 ans, doit lire Char qui est au programme, et ça
la fait chier aussi. Char se rend parfois important. Philippe Jaccottet,
en comparaison, ça fait du bien - même s’il joue la
modestie. Quand on écrit, il faut être modeste et non pas
jouer à l’être. De toute façon chaque écrivain
est énervant, mais tous ensemble c’est l’œuvre
de Dieu ! Sauf les idéologues : ceux qui ont besoin d’un
adversaire.
«J’ai également traduit Une jeunesse et la Petite
Bijou, de Patrick Modiano. C’était pour moi une reconnaissance
envers la France. Peut-être n’ai-je pas rendu le non-dit de
ses phrases, mais je crois qu’il a quand même bien voyagé
dans la langue allemande. Modiano est vague, cette manière vague
délimite l’existence, il laisse dedans plein de choses vides.
Parfois, dans ce vide, il laisse trop entrevoir un abandon ou un crime,
ce qui m’ennuie, parce que ça rapetisse un peu le mystère
du livre. Il n’y a pas d’utopie chez Modiano. C’est
comme si au départ il manquait absolument tout. Au départ,
il est toujours en danger : on est à la périphérie
de l’âme, avec les orphelins. Un soufi dit que la révélation
appartient aux orphelins, et non à ceux qui ont des parents.
«Je ne pourrais jamais traduire un texte de moi en français.
Goethe a essayé de traduire son essai sur les plantes, mais il
a vite arrêté en disant : ces Français vont me prendre
pour un typique mystique allemand ! L’allemand est un vêtement
qui peut faire un bruit magnifique, avec qui on peut aller dans les profondeurs
de l’âme en restant clair. Mais c’est une langue dangereuse
: on ne peut jamais écrire, comme dans la langue américaine,
des phrases qui ne signifient rien, juste pour l’électricité
du dialogue. En allemand, chaque sensation a un jeu de mots et chaque
mot peut devenir une épopée. Or un vrai mystique ne s’abandonne
jamais à sa langue, ou alors il se perd. Beaucoup d’écrivains
allemands se sont perdus à cause de ça.»
(1) De Gabriel Garcia Marquez, évoquant les dictateurs et même
les dirigeants de l’Otan que le Colombien a imaginés ou décrits,
Peter Handke dit : «Dans chacun de ses livres, le protagoniste est
soit un homme puissant, soit un puissant déchu - et lui, l’écrivain,
y est toujours plus ou moins lié, il veut être avec les puissants.
[…] Que cet écrivain, qui est un bon écrivain, fasse
de pareils crétins les héros d’une histoire, pour
moi c’est tout simplement un sacrilège.»

Les éditions Nota Bene (Québec) ont réédité
en poche le roman Armand accompagné d'une longue préface
de François Ouellet intitulée : "Un Rastignac 1920".
Achevé d'imprimer février 2007.
Julien Chabot, illustrateur, parle sur son
blog de sa rencontre avec Emmanuel Bove...
Emmanuel Bove. On parle souvent d'oubli injuste à
son sujet, et je partage cet avis. C'est selon moi un grand écrivain.
J'ai fini mon premier livre de lui il y a trois semaines, et j'ai terminé
hier soir mon troisième. Si j'ajoute à cela que ça
fait un an que je n'ai pas réussi à finir un roman, ça
peut illustrer mon enthousiasme.
La lecture est fluide. Les mots sont simples, l'écriture directe,
on dit aussi qu'elle est "pauvre" ; c'est drôle d'ailleurs
qu'on dise cela car j'ai l'impression que l'essence même de ses
écrits sont justement la pauvreté et la richesse. On a l'impression
que tout est parfaitement orchestré, le cours du récit,
l'écriture, les digressions...
Quand je le lis, j'ai l'impression d'être en terrain connu. À
quoi ça ressemble ? Un récit réaliste agrémenté
d'un autre élément qui fait le relief : l'abstraction, la
poésie, la psychologie... Beckett disait de lui qu' "il [avait]
comme personne le sens du détail touchant", dans ses deux
premiers livres, Mes Amis et Armand, c'est effectivement ce sens du détail
qui saute aux yeux. Des détails parfois insignifiants mais à
ce titre justement, beaux. L'inutile.
Il se passe peu de choses dans l'action de ses livres, mais j'ai le sentiment
que dans chaque phrase, là, il y a plein de choses.
À le lire je pense à d'autres artistes : Duras (mais Bove
peut être drôle), Leos Carax pour la parcimonie des dialogues
et la poétique de la pauvreté, Wim Wenders et Eric Rohmer
pour l'errance (d'ailleurs j'ai lu que Wenders a tourné un court-métrage
d'après Mes Amis mais je n'arrive pas à vérifier
cette information)... Peter Handke est le traducteur de Bove en Allemagne
et si je pense au Malheur indifférent, effectivement je comprends
qu'il l'aime. Tiens il y a beaucoup de cinéastes dans cette liste
? C'est peut-être qu'il y a beaucoup d'images qui se dégagent
de Bove.
Il connut le succès dès son premier livre paru en 1924 -
il avait 26 ans - une quinzaine de romans suivirent avec autant de retentissement,
jusqu'à sa mort en 1945. Puis il y eut ce fameux oubli. Pourquoi
? Est-ce que ça vient de son faux nom qui sent trop l'artifice
? Est-ce que c'est dû à la simplicité de ses écrits
?
J'ai entendu parler de lui la première fois il y a trois ans quand
un ami m'a tendu une liste de livres "de la moitié du XXème
siècle" qui étaient à lire, après que
je lui aie dit que j'avais aimé un livre d'Henri Calet, Monsieur
Paul. Il m'a tendu ce bout de papier que j'ai toujours : Georges Hyvernaud
"La Peau et les os" (Dilettante), Raymond Guérin "L'Apprenti"
(Gallimard), Emmanuel Bove "Mes Amis", Jean Meckert "Les
Coups" (Folio). Je remarque que Mes Amis est le seul titre sans éditeur
annoté. En librairie j'avais trouvé Les Coups et L'Apprenti.
Les Coups je ne voulais pas le lire car il était épais et
il était trop douloureux a priori par rapport à ce que je
"vivais" à cette époque : une de mes amies était
frappée par son petit ami et c'était proprement le sujet
du livre, je n'ai pas voulu "romantiser" sa vie en le lisant.
Alors j'ai tenté de lire L'Apprenti mais je me suis ennuyé
au bout de la moitié. Et quand je m'ennuie je me force rarement.
Alors cette liste est tombée un peu dans l'oubli. Mais quand il
me l'a tendue je m'étais fait la réflexion que je ne connaissais
pas ce Bove, les autres noms sont plus communs ou connus, mais Emmanuel
Bove ça sonne étrangement, non ? La longueur du prénom
par rapport au peu de lettres du nom, le rapprochement avec "bovin"
peut-être, tout en se finissant par une voyelle muette... j'ai l'image
de quelque chose de sombre et morbide, je ne sais pas.
Et puis ensuite j'ai lu La Mer de la tranquillité de Jean-Luc Bitton,
que j'ai beaucoup aimé, journal illustré par de magnifiques
photos. Là-aussi je me retrouvais... En fin d'ouvrage j'ai découvert
que Bitton a écrit la biographie de Bove. Deuxième fois.
Enfin, l'an dernier Jean-Pierre Darroussin sortait son premier film :
Le Pressentiment d'après un livre d'Emmanuel Bove. J'aime bien
Darroussin. Peut-être à ce sujet un écho à
propos de l'écrivain sur France Inter. Troisième fois.
Alors l'autre jour dans une bibliothèque, à côté
d'un "CHR" que je cherchais je suis tombé sur un "BOV"
et j'ai pris l'unique livre de Bove qu'il y avait. C'était Armand,
qui reste après mes trois lectures mon préféré.
Ca a commencé comme ça. Je vais continuer.
La mort d'un bovien
Je tenais à rendre hommage à l'écrivain
et journaliste Paul Morelle qui vient de disparaître (voir l'article
du Monde ci-dessous). Je l'avais rencontré lors de mes recherches
sur l'écrivain Emmanuel Bove qu'il avait défendu dès
les premières rééditions en 1977. Alors journaliste
littéraire au Monde, il avait publié dans le "Monde
des livres" un article mémorable intitulé : "Avez-vous
lu Emmanuel Bove?" Ce ne fut pas une mince affaire : "Quand
j'ai annoncé à la conférence de rédaction
que je voulais faire un article sur Emmanuel Bove, tous m'ont regardé
avec des yeux ronds..." Finalement, l'article paraîtra en première
page du "Monde des livres" le 3 décembre 1977.
NECROLOGIE
"L'écrivain et journaliste Paul Morelle, mort à La
Seyne-sur-Mer (Var) à l'âge de 89 ans, faisait partie de
la première équipe du "Monde des livres" dirigée
par Jacqueline Piatier, puis par François Bott. Engagé en
1969, il y resta jusqu'à sa retraite, en 1980. Ceux qui l'ont connu,
promenant sa silhouette un peu voûtée, pipe à la bouche,
dans les anciens locaux du journal, rue des Italiens, se souviennent de
sa voix éraillée, de son humour un peu caustique et de sa
grande liberté d'esprit.Né dans l'Oise, Paul Morelle milite
très jeune à la SFIO et côtoie l'élite intellectuelle
de l'époque - il fut notamment l'ami de Victor Serge. "Ce
furent mes "universités"", dira-t-il. Après
un engagement résolu dans la Résistance qui lui vaudra d'être
plusieurs fois décoré, il commence sa carrière de
journaliste à Franc-Tireur, puis à Oran-Soir. De 1948 à
1964, il dirige le service culturel de l'ancien Libération. Critique
de théâtre, il se lie d'amitié avec Jean Vilar, Jean-Louis
Barrault, Gérard Philipe... A 61 ans, en 1978, il publie son premier
roman, La Douceur de vivre (éd. Le Sagittaire), puis, deux ans
plus tard, un second, L'Embusqué (Stock). Dans ces deux livres,
il se fait le chroniqueur alerte et peu conformiste des époques
qu'il a traversées, celle du Front populaire puis celle de la guerre.En
1984, c'est à Aragon qu'il s'en prend, dans un pamphlet virulent,
Un nouveau cadavre, Aragon (La Table ronde). Ni la vie ni l'oeuvre de
celui qu'il nomme "l'homme-caméléon" ne trouvent
grâce à ses yeux. "La mort n'est pas une excuse",
avance-t-il, citant Georges Darien, pour justifier son geste iconoclaste.
A la même époque, Paul Morelle relance le Prix du roman populiste,
qui, créé en 1931, avait eu ses heures de gloire, avant
de tomber en désuétude au début des années
1960."
Patrick Kéchichian, le Monde du 7 juin 2007
Un roman bovien
Dire que le nouveau roman d'Eric Faye est bovien n'est
pas sorcier. Il cite Emmanuel Bove en exergue : "Je n'ai rien demandé
à l'existence d'extraordinaire. Je n'ai demandé qu'une chose
(...) C'est une place parmi les hommes, une place à moi, une place
qu'ils reconnaîtraient comme mienne sans l'envier, puisqu'elle n'aurait
rien d'enviable." De fait, il n'y a rien de surprenant dans ce patronage
: on retrouve chez Faye la même affection pour les personnages lassés
par la grisaille que chez le romancier récemment adapté
au cinéma par Jean-Pierre Darroussin (Le Pressentiment). Le même
désir de s'affranchir des comportements mimétiques, du monde
du travail, des casse-couilles. Bove est expert en fugues, retraites et
quêtes d'anonymat. Eric Faye n'a-t-il pas fait disparaître
une armée (Le Général Solitude), un manuscrit (Parij),
une femme (Les Lumières fossiles)
Mais Faye est également un maître des fictions en trompe
l'oeil, de la mise en abyme et du pied de nez. Et si la lecture du Syndicat
des pauvres types s'avère jouissive, c'est en particulier pour
ses fausses pistes, ses retournements de vestes. Son héros est
d'abord soumis à une tentation faustienne. Voilà un type,
Antoine Blin, employé au tri des Postes. Il est persuadé
qu'il sent mauvais, condamné à une puanteur tenace. On vient
lui proposer de rejoindre le syndicat des pauvres types. "Nous avons
tout intérêt à unir nos défaites respectives
pour tenter de vivre malgré tout", baratine son visiteur.
Adhérez ! "Vous ne serez plus seul à seul avec le mépris
des autres, des riches, des bluffeurs, des bien-pensants et de ceux qui
ont le cul bordé de nouilles."
Le temps de nous raconter comment il a soupiré pour une certaine
Blandine Bénard en répondant à une petite annonce
et comment elle l'a grugé, arnaqué ; le temps de nous raconter
sa misérable existence et nous confirmer qu'il est un pauvre type,
Antoine Blin fait une exception à sa décision de trancher
tout lien social : il rejoint le syndicat, avec l'espoir de rencontrer
des minables, ses congénères, et peut-être l'estime
de soi.
La suite est surréaliste, digne du cinéma expressionniste
allemand et de Marcel Aymé, irriguée par un humour de dérision
et par le goût des réfractaires et des portes dérobées.
Antoine Blin est encouragé à "faire la grève
de la vie" (programme cocasse de négation du travail, de mise
à genoux des dominants et de respect de la piétaille qui
fera jubiler les déçus de 68), sélectionné
dans une émission de télévision visant à organiser
l'élection de M. Tout-le-Monde.
Antoine Blin sera-t-il élu ? Quand bénéficiera-t-il
de la clause ultime promise au lauréat, être inhumé
au Panthéon durant six mois ? On n'aura pas la cruauté d'édulcorer
ce maelström de manipulations ni de vous dire quand, comment et pourquoi,
son bail d'immortalité échu, le célébrissime
M. Blin sera transféré dans le cimetière de sa banlieue
natale. Disons seulement la délectation offerte par la belle prose
d'Eric Faye, qui ne bénéficie pas de la reconnaissance méritée.
(Jean-Luc Douin dans le Monde des livres du 15/12/06
Le Pressentiment" : la vie choisie d'un taciturne
Univers de l'échec, peinture de l'existence banale,
velléitaire, poursuite d'une expiation sans faute : les romans
d'Emmanuel Bove (1898-1945) mettent en scène des anti-héros,
patauds perdus dans la foule, errants confinés dans des chambres
sordides, hommes quelconques lassés par la grisaille, la nullité,
la précarité. "J'éprouve avec force l'inaction",
disait-il. On dépeint souvent ses personnages principaux comme
des apathiques, asphyxiés par leur propre médiocrité.
Ce n'est pas le cas de celui du Pressentiment (Le Castor astral), que
Jean-Pierre Darroussin a choisi d'adapter. Charles Benesteau est au contraire
l'un de ces bienfaiteurs inconnus que les humbles taciturnes que l'on
rencontre d'habitude chez Bove rêvent de voir surgir. La médiocrité
est autour de lui.
Charles Benesteau, avocat, a tout plaqué : sa femme, sa famille,
sa maîtresse, l'héritage de son père, l'hypocrisie
bourgeoise. Il s'est installé dans un quartier populaire, pour
écrire et passer inaperçu : un comportement qui surprend,
dérange, irrite. Ses proches exigent des explications. Il en avait
assez de ne voir autour de lui que des gens injustes, avares, flattant
"ceux qui pouvaient les servir, ignorant les autres".
Il trouvait le monde méchant. "Personne n'était capable
d'un mouvement de générosité." Il espérait
trouver le bonheur dans la solitude plutôt que perpétuer
"ces misérables efforts pour tromper son entourage".
"ECRITURE BLANCHE"
Ce misanthrope pas rasé que ses frères et sa soeur considèrent
comme un minable (à moins qu'il soit devenu fou) a fait une croix
sur le contact social, mais il est là quand on vient sonner à
sa porte. Il prête de l'argent, donne gratuitement des conseils
juridiques, héberge une gamine dont le père est en prison
et la mère à l'hôpital, et engage une nurse pour s'occuper
d'elle.
Il n'y a pas plus d'humanité chez ses nouveaux voisins que dans
les beaux quartiers. On lui vole son vélo, on colporte sur lui
des rumeurs. Il n'y aura guère que sa petite protégée
et sa mère pour lui manifester de la gratitude.
On parla d'"écriture blanche" à propos du style
d'Emmanuel Bove. La mise en scène de Darroussin, qui signe ici
son premier film, est tout aussi discrète, sans éclat au
sens où Simenon (à laquelle l'intrigue fait d'ailleurs penser)
usait d'un minimum d'effets. Le comédien, qui a tenu à jouer
lui-même ce rôle de dépressif atteint par une tumeur
maligne (la mesquinerie sociale), recueille les fruits de sa sincérité.
Ce qui transpire de l'écran dans cette illustration sans esbroufe,
c'est une franchise rare, une identification à son propos qui inspire
le respect. Nul calcul dans ce choix d'un sujet déclassé.
La leçon, généreuse et amère, du Pressentiment
apparaît à la fois comme une critique de moeurs et comme
l'autoportrait d'un comédien attachant qui livre en filigrane sa
répulsion à l'égard des compromis.
La trajectoire de Jean-Pierre Darroussin dans les mots d'Emmanuel
Bove
Jean-Pierre Darroussin a lu Emmanuel Bove il y a vingt-cinq ans. "J'avais
vécu une enfance pauvre, une adolescence plus florissante. Quand
l'opportunité de faire un film s'est présentée, c'est
tout naturellement vers lui que je me suis tourné." L'acteur
et réalisateur cite une phrase de Jacques Becker : "On ne
peut bien raconter à l'écran qu'une histoire à soi.
On peut l'emprunter à autrui, mais alors il faut l'aimer tellement
que, à force d'y penser, d'y travailler, on finisse par oublier
qu'elle a appartenu à un autre." En quoi Le Pressentiment
est-elle une histoire à lui ? "Il y a toujours quelque chose
qui me retient dans le système des certitudes. Robert Musil pensait
qu'on n'a pas vécu inutile quand on a permis à quelqu'un
de lutter contre ses convictions. Je retrouve en Bove ce camarade, ce
flottement par lequel on peine à trouver son engagement. Une implication
trop marquée vous rend toujours un peu ridicule. Je me sens plutôt
un homme du possible, conscient de pouvoir être quelqu'un d'autre.
Coup de bol, je suis acteur !"
Tout plaquer, changer de vie : il est arrivé à Darroussin
de connaître les mêmes doutes que son héros, Charles
Benesteau : "C'était après l'éclatement de la
troupe du Chapeau rouge, que j'avais montée avec des copains après
le Conservatoire. Je suis parti un an et demi avec l'idée de changer
de métier, d'aller voir si j'étais bien à ma place.
J'ai été instituteur à la campagne. J'ai trouvé
cela fastidieux, et suis revenu à la légèreté
: la comédie. Il y avait sans doute un peu de dépression
derrière ce virage."
Place, engagement : Jean-Pierre Darroussin sait de quoi il parle. Proche
de la Gauche prolétarienne après 1968, créateur d'une
coopérative de coursiers, il envisage de suivre les traces de son
père, artisan ouvrier libre-penseur, choisit de vivre ses idéaux
dans le théâtre. Ses choix témoignent de sa solidarité
envers le monde ouvrier, les tribus populaires. "La vision de Bove
n'est pas pessimiste, puisque son personnage se voit comme un être
du possible, donc de l'espoir ! Il est d'une dignité, d'une probité,
d'une élégance ! Il n'y a que sa passivité, son acceptation
de la fatalité que l'on peut trouver médiocre."
Pourquoi l'avoir interprété triste, renfrogné ?
"D'abord parce que c'est quelqu'un qui a envie de se disculper d'un
truc dont personne ne l'accuse mais dont il s'accuse lui-même. Il
se sent coupable d'être un nanti. C'est un nanti qui se réveille,
mais qui reste délicat. Ce n'est pas un démonstratif. Il
est trop coincé, trop rigide pour être capable de familiarité.
Mon père disait que la familiarité engendre le mépris.
Pour lui, l'enthousiasme, c'est quelque chose de vulgaire."
NE PAS "AFFIRMER SON EGO"
Trop content de s'imprégner "de personnalités de passage,
d'exister à travers d'autres gens", et donc de ne pas "affirmer
son ego", Darroussin reconnaît avoir joué un jour un
personnage du type de Benesteau : "C'était dans Mon père
est ingénieur, de Robert Guediguian, un médecin qui, en
pleine ascension sociale, avait l'impression de se couper des réalités
et ressentait le besoin de retrouver des valeurs plus humaines."
Comme le personnage incompris par son entourage, il a aussi "provoqué"
la profession : "Vous dites un truc qu'il ne fallait pas dire, ils
vous répondent : "Il est drôle !" Mais moi, ce
qui m'intéresse quand je reçois un scénario, c'est
sentir le type qui est derrière, sa sincérité. Je
n'aime pas les stratégies, le manque d'implication personnelle.
Il y a des gens qui préfèrent être engagés
avec les mots des autres que n'être rien. Moi je préfère
être rien, en attendant de sentir que ce que je dis, c'est moi qui
le dis."
Dans le jardin secret de Darroussin, il y a la peinture, Matisse ("C'est
dans un avion, coupé du sol, qu'il a eu l'idée de se servir
de ciseaux pour ses toiles. Magnifique !"), et cette réflexion
d'Antoine Vitez selon laquelle il faut faire des choses qui divisent,
qui perturbent : "Ce qu'il voulait dire, c'est qu'il faut permettre
à chaque spectateur d'être unique, différent de celui
d'à côté. Lui permettre d'avoir sa liberté
d'interprétation."
Jean-Luc Douin
Article paru dans Le Monde du 04.10.06

Ce jeudi 28 septembre 2006, Jean-Pierre Darroussin est
l'invité de l'émission "L'humeur vagabonde" sur
France Inter de 20h10 à 21h. Mon témoignage sera également
diffusé. Vous pouvez écouter ou réécouter
cette émission sur Internet à cette
adresse. Si ce n'est plus possible de l'écouter sur le site
de France Inter, cliquez
ici.
Belle et sensible critique du "Pressentiment"
signée par Olivier Séguret (Libération du 1er septembre
06).
"Elégance. Bien que les films [le Dalhia noir]
n'aient rien à voir, on pourrait faire la même remarque à
propos du très curieux premier film de Jean-Pierre Darroussin,
le Pressentiment, qui ouvrait hier la Semaine de la critique. On ne sait
rien des motivations exactes qui ont conduit ce considérable acteur
à franchir le cap de la mise en scène, mais son film, dans
lequel il s'attribue l'omniprésent premier rôle, suggère
en tout cas l'idée qu'il a voulu se peindre, se filmer, comme personne
avant lui ne l'avait fait. C'est donc un Darroussin tout neuf et très
surprenant qui occupe l'écran du Pressentiment, où il incarne
un grand bourgeois en rupture généralisée (il a plaqué
épouse, enfant, appartement, travail, etc., pour, croit-il, écrire
un livre). La tenue du film comme son propos stupéfient : légèreté
et élégance au service d'une vision profonde des hommes,
des femmes et du lien social. Ce personnage très attachant va-t-il
mourir ? Quelle mouche l'a piqué ? Cela pourrait être une
fable sur la générosité, mais c'est beaucoup mieux
: une leçon amicale sur le sens de la vie qu'il nous reste, à
tous et ensemble, à vivre et à mener."



Stéphane nous propose sur son
blog une pertinente critique de "La mort de Dinah". A découvrir
donc sa "Chambre d'écriture oisive..."
"Jean Michelez est entrepreneur, c’est tout à la fois
un homme installé, un mari négligent et un petit-bourgeois
sans envergure qui ne s’intéresse qu’à l’argent.
Ayant connu dans sa jeunesse la trahison familiale, les déceptions
amicales comme amoureuses, sa personnalité s’est construite
dans l’amertume et la rancoeur. La rencontre avec une femme, Mme
Auriol (sa voisine) va révéler cet homme au peu d’humanité
existant encore en lui et à la supercherie qu’aura été
sa vie. Une petite fille, Dinah, sera la victime innocente et sacrificielle
de la mesquinerie des hommes, et parmi eux, bien que pour des raisons
différentes, Michelez et Dausset (le propriétaire du pavillon
de Mme Auriol). Malgré ses allures de mélodrame éploré
ce court roman (162 p.) réussit à nous émouvoir tout
en restant parfaitement honnête. Comme toujours Emmanuel Bove réussit
à parler de l’intime et de la misère dans une langue
courte et sans fioritures, visant à une sorte de transparence qui
au lecteur non initié peut paraître fade et neutre alors
qu’il s’agit très exactement de l’inverse. Toujours
prompt à pointer les faux-semblants et la médiocrité
des hommes, Bove ne s’autorise jamais la facilité et trace
à la pointe sèche des psychologies tout à fait précises
et crédibles. La construction du roman, si elle paraît surprenante
au début, prend tout son sens dans la dernière partie, l’attitude
de Michelez, préalablement démontée et éclairée
échappant ainsi en partie à la veulerie qui aurait pu la
résumer. Ainsi, en nous tendant, au bout du compte une image plus
nuancée, l’image d’un homme faible et sincère
dans sa bêtise, un homme qui n’aura jamais aimé et
qui n’aura jamais cherché à être aimé,
quelqu’un de trop peureux pour s’engager, l’auteur fait
preuve d’une grande subtilité et cherche à parler
à hauteur d’homme sans porter de jugement moral trop fermement
établi. En comparaison le personnage du propriétaire paraît
un rien brutal même s’il permet à Bove de définir
deux types de «salauds» très différents l’un
de l’autre tout en continuant à dessiner encore plus finement
la psyché de Michelez dont on ne sait pas bien s’il convient
plutôt de le plaindre que de l’agonir. Pour finir, et même
si le style diffère complètement, il y a dans cette étude
comme dans «Coeurs et visages» quelques lignes dignes d’un
Flaubert quand il s’agit pour l’écrivain, par une ironie
mordante, de «démontrer» l’auto-satisfaction
béate ainsi que la profonde bêtise des bourgeois et autres
parvenus que par un troublant effet de contraste le personnage de la petite
Dinah - dont le titre même du livre ne nous laisse rien espérer
de son destin - de sa petite lueur vacillante d’ange malade, n’éclaire
que d’une lumière plus crue encore, tout comme la misère
morale dans laquelle un certain type d'homme évolue, parfois à
son propre insu."
Emmanuel Bove
«La mort de Dinah»
Editions Le dilettante

FRANCE INTER ce dimanche 26 mars 2006 de 23H à
minuit : "JACQUES RIGAUT LE DADAÏSTE"
Evocation de la vie désaxée et tragique de l'un des dadaïstes,
Jacques Rigaut.
Avec : Jean-Luc BITTON
Pour ceux qui n'ont pas la radio ou qui ne captent pas France-Inter...
ils peuvent écouter l'émission en direct sur le site
Internet
de France Inter


L'écrivain espagnol Enrique Vila-Matas ne se contente
pas
d'afficher Emmanuel Bove sur la couverture de son dernier livre
mais il le fait intervenir dans sa fiction sous son vrai nom.
Enrique Vila-Matas Docteur Pasavento
Traduit de l'espagnol par André Gabastou. Christian Bourgois, 432
pp., 25 €.
Ecrire, ne pas écrire : telles sont les deux activités
au coeur de tous les textes d'Enrique Vila-Matas depuis plus de vingt
ans et qui ont fait en France de l'écrivain barcelonais né
en 1948 un auteur phare des éditions Bourgois (Passage du Nord/
Ouest a cependant aussi publié trois de ses volumes). Docteur Pasavento
est le douzième livre de lui qu'elles publient et leur nouvelle
collection de poche, «Titres», lancée aujourd'hui,
comprend deux de ses textes dans ses six premiers volumes, Abrégé
d'histoire de la littérature portative et Enfants sans enfants,
dont respectivement Laurence Sterne, l'auteur de Tristram Shandy, et Franz
Kafka sont d'une certaine manière les personnages principaux. Docteur
Pasavento, comme d'habitude, est dédié «à Paula
de Parma» et comprend cette question dès la quatrième
ligne : «"D'où vient ta passion pour la disparition
?"» Ce thème permanent d'Enrique Vila-Matas a sans doute
été le plus clairement énoncé dans le Mal
de Montano dont l'épigraphe est «'Comment ferons-nous pour
disparaître ?" Maurice Blanchot» et la première
phrase : «A la fin du XXe siècle, le jeune Montano, qui venait
de publier son dangereux roman sur le cas énigmatique des écrivains
qui renoncent à écrire, s'est retrouvé emprisonné
dans les rets de sa propre fiction et transformé en un auteur qui,
malgré son inclination compulsive pour l'écriture, s'est
retrouvé complètement bloqué, paralysé, changé
en agraphe tragique.»
Les écrivains et leurs textes sont presque toujours les héros
véritables des livres d'Enrique Vila-Matas. Dans une espèce
de post-modernisme humaniste, avec humour et ironie et non sans émotion,
il fait vivre une seconde vie aux citations en en changeant l'auteur (Valery
Larbaud se retrouve l'auteur d'une phrase de Christophe, le créateur
de la Famille Fenouillard) ou en intervertissant les écrivains
et ce qu'ils ont dit quand il en cite plusieurs à la fois, comme
par exemple, dans Docteur Pasavento, Samuel Beckett et Peter Handke. Mais
l'auteur au centre de ce dernier livre est Robert Walser, l'écrivain
suisse né en 1878 et mort en 1956 après vingt-sept ans passés
à l'asile, et qui passionne Vila-Matas depuis Abrégé
d'histoire de la littérature portative. Car l'auteur de l'Institut
Benjamenta, «le prince discret des écrivains qui ont du charme»,
est celui dont la vie et l'oeuvre se rapprochent le plus des ambitions
des personnages de Vila-Matas. «Et cela faisait déjà
des années qu'il était mon héros moral. J'admirais
chez cet homme l'extrême répugnance qu'éveillait en
lui tout type de pouvoir et son renoncement précoce à tout
espoir de succès, de grandeur. J'admirais l'étrange décision
qu'il avait prise de vouloir être comme tout un chacun, alors qu'en
réalité, il ne pouvait être comme personne, parce
qu'il ne souhaitait pas être quelqu'un, ce qui, sans aucun doute,
rendait encore plus difficile son désir d'être comme tout
le monde», dit rapidement le narrateur de Docteur Pasavento.
«"Celui qui court après le succès n'a que deux
possibilités, soit il l'obtient, soit il ne l'obtient pas, et les
deux sont également ignominieuses", dit Imre Kértesz»,
dit à plusieurs reprises de narrateur en évoquant «l'horreur
de la gloire littéraire», même si, dans son cas propre,
le drame semble être de ne pas l'obtenir, de même que son
goût de la disparition est couronné d'un succès exagéré,
personne ne s'en souciant, au contraire, par exemple, d'Agatha Christie
dont le bref effacement avait suscité mille émois. Docteur
Pasavento n'est cependant pas une satire littéraire, c'est un texte
d'où, à partir de la rue Vaneau, à Paris, sont évoqués
les grands problèmes du monde, comme la politique syrienne au Liban
(avec les aventures de Mohamed al-Joundi, le fameux chauffeur de deux
journalistes otages français), et, certes, des questions qui peuvent
apparaître de moindre envergure mais qui font aussi beaucoup pour
la réputation de la rue Vaneau qu'habitèrent aussi bien
Julien Green qu'André Gide : «Peu après, je me suis
renseigné et j'ai appris que le Journal de Green couvre une période
de soixante-dix ans (1926-1996), supérieure aux soixante-deux du
Journal d'André Gide (1889-1951), classé deuxième
dans le livre des records des journaux écrits par des Français.»
On peut être narrateur et avoir par moments des préoccupations
subalternes. Emmanuel Bove aurait aussi vécu rue Vaneau et cet
écrivain-ci a plus de lien que les précédents avec
Robert Walser : la grandeur ostentatoire n'est pas de son monde littéraire.
Docteur Pasavento, dans sa traduction française, offre une occasion
commode de lire les premières phrases de la Promenade, de Robert
Walser, dans leur traduction italienne, car le narrateur les aime beaucoup
et Enrique Vila-Matas, l'écrivain espagnol, les a donc retranscrites
ainsi. Le narrateur raconte aussi ses aventures avec Christian Bourgois,
son éditeur français, et Antonio Lobo-Antunes, dont des
traductions paraissent dans la même maison. D'une façon générale,
Enrique Vila-Matas instrumentalise les écrivains, leurs livres
et leurs phrases. Mais sans, bien au contraire, qu'on puisse y voir le
moindre élément péjoratif. Plutôt comme on
instrumentaliserait des molécules pour en faire des médicaments,
ou des mots pour en faire des romans.
Mathieu Lindon
Libération du 9 mars 2006
Emmanuel Bove
avril 2006
Lieu : Ardenne
mardi 18 avril -- Avec Jean-Luc Bitton, biographe de l’écrivain,
Bettina Augustin, réalisatrice du documentaire La Vie comme une
ombre – Emmanuel Bove 1898-1945, diffusé sur Arte en 1998,
et Jean-Pierre Darroussin, comédien et réalisateur du film
Le Pressentiment (sortie prévue au printemps 2006) d’après
le roman d’Emmanuel Bove.
Grange aux dîmes
Horaires : 19h30-21h
Entrée libre
Réservation conseillée au 02 31 29 52 46
Plus de renseignements sur le
site de l'IMEC

Article de Fabienne Jacob dans "Zurban" du 11
janvier 2006
Extraits entretien avec l'écrivain Marie Darrieussecq
"François Mitterrand était un président "trop
vieux pour la fin du XXe siècle"
Vous vous êtes éloignée de François Mitterrand,
mais pas des socialistes. Vous étiez membre du comité de
soutien de Lionel Jospin en 2002...
J'ai pris mes distances avec François Mitterrand, mais je supporte
très mal ceux qui disent que droite et gauche, c'est pareil. Je
fais une différence abyssale entre lui et Jacques Chirac. Je n'ai
pas oublié que la première mesure qu'a prise le président
socialiste élu en 1981, c'est l'abolition de la peine de mort.
Il a commencé par ça, et c'était magnifique.
L'"intellectuelle" que je suis est aussi sensible au président
"littéraire". C'est quoi les goûts littéraires
de Chirac ? C'est vrai que cet homme soi-disant de gauche avait des goûts
de droite, qu'il aimait Chardonne et les nouveaux hussards. Mais les rêves
de littérature, c'est tout de même assez touchant. Ce n'est
pas si mauvais signe que ça. Je préfère me laisser
berner par quelqu'un qui est littéraire que par quelqu'un qui est
inculte. C'est tout de même mieux qu'un président entouré
par Line Renaud et Muriel Robin.
Est-ce un bon personnage de roman ?
Oui et non. C'est un personnage qui a su se bâtir lui-même
et être très français. Il y a ses maîtresses
cachées, puis sa fille révélée comme une cerise
romanesque sur le gâteau. Mais ce n'était pas un personnage
de Balzac, parce que chez Balzac, on affiche ses maîtresses. Je
me souviens aussi un homme petit, qui avait une manière pathétique
de se tenir très droit, ces folies dans lequel précipite
le pouvoir et auxquelles il n'a pas échappé, comme de consulter
des voyantes — un empereur lisant les augures dans les entrailles
d'un poulet.
S'il était un héros de roman, ce serait plutôt
un roman à la Emmanuel Bove, où on attend beaucoup,
où il ne se passe pas grand-chose. Il a fait lever l'espoir, mais
il n'y avait pas de volonté.
Entretien paru dans
le Monde du 8 janvier 2006. Propos recueillis par Raphaëlle Bacqué
et Ariane Chemin
Extraits du chat du lundi 12 décembre
avec Jean-Pierre Darroussin, organisé par Télérama
en partenariat avec le Monde.fr
Polo: Qu’est-ce qui, dans le livre d’Emmanuel
Bove, Le Pressentiment, vous a donné envie de le mettre en scène
?
JP_Darroussin : L’originalité, pour moi, c’est que
c’est l’histoire d’un bourgeois qui veut devenir prolo.
Et puis le thème de la volonté d’anonymat dans la
ville, de la volonté de n’avoir de comptes à rendre
à personne, de trouver sa liberté même si la rançon
de cette liberté, c’est une certaine perte d’identité.
Et dans les personnages de Bove, il y a la velléité de changement
de vie et un certain "bovarysme". C’est quelque chose
qui me parle, cette insatisfaction.
Gwen : Y a-t-il des acteurs que vous voudriez plus particulièrement
faire travailler ?
JP_Darroussin : Dans Le Pressentiment, j’ai fait travailler beaucoup
d’acteurs que je connaissais de mes différentes expériences
au théâtre, c’est assez rageant, et c’est une
contradiction pour moi-même, puisqu’il m’arrive de faire
des seconds rôles ou des participations dans des films sur des personnages
qui pourraient être interprétés par des acteurs moins
connus. Et de ce fait, je prends du travail à des acteurs qui en
auraient peut-être plus besoin que moi. Même si les petits
rôles sont joués par des acteurs connus, ça devient
un peu énervant... Mais il y a aussi le rapport et la collaboration
avec le metteur en scène, l’amitié, tout ça
sont des choses qu’on est obligé de gérer, et je ne
sais pas trop dire non. Mais c’est vrai que je connais évidemment
plein d’acteurs formidables que le public ne connaît pas.
Et quand il s’agit de mon film, je n’ai pas peur de leur faire
totalement confiance.
jan_jax_1 : Savez-vous dans combien de salles va sortir votre film ?
Aimez-vous les chiffres ?
JP_Darroussin : Je ne sais pas dans combien de salles mon film va sortir.
Je ne suis pas beaucoup attaché au nombre d’entrées.
Mais pour mon film, je crois que je vais m’y intéresser d’un
peu plus près... Autrement, j’aime beaucoup les chiffres,
je suis un grand joueur de sudoku.
hijkl: Comment avez-vous rencontré l’œuvre plutôt
confidentielle d’Emmanuel Bove ? Avez vous d’autres livres
de chevets ? De lui ?
JP_Darroussin : Par l’intermédiaire de Raymond Cousse, qui
est le biographe d’Emmanuel Bove et qui était un auteur de
théâtre que j’ai rencontré à l’époque
où, avec la troupe du théâtre du Chapeau rouge dans
lequel je travaillais après le Conservatoire, dans les années
1980. Les autres livres, il a écrit 35 romans, je les ai à
peu près tous lus il y a 25 ans. Mes amis, Mémoires d’un
homme singulier, Journal écrit en hiver sont ceux que je préfère.
Il y en a d’autres encore.
jan_jax_1 : A-t-il été facile de monter le film financièrement
?
JP_Darroussin : Non, l’histoire ne convainquait à peu près
que les acteurs ou d’autres metteurs en scène, qui m’ont
soutenu. Mais les décideurs financiers n’étaient pas
emballés par une histoire aussi ténue et aussi peu spectaculaire.
Il a vraiment fallu les convaincre qu’il y avait matière
à être original et sensible et que justement, que ça
pouvait être intéressant de faire un film où le spectateur
restait vivant, et qu’il pouvait vivre le film suivant l’état
dans lequel il était dans le moment où il le regardait,
et que le film laissait la place à ce dialogue-là avec le
spectateur. Donc les financiers, petit à petit, se sont mis à
être curieux et ont mis le peu d’argent que je leur demandais...
J’aurais bien eu besoin de plus, mais il fallait savoir rester raisonnable.
mytailor : Entre le film rêvé et le film réel, à
quoi avez-vous dû renoncer ?
JP_Darroussin : C’est un travail en marche et le renoncement ne
m’apparaît jamais comme une douleur, mais comme une manière
de façonner. Je n’ai pas l’impression d’avoir
renoncé à quoi que ce soit. Mais on a besoin de se leurrer
pas mal quand on fait un film.
Gwen : Comment feriez-vous pour nous donner envie d’aller voir
votre film ?
JP_Darroussin : Vous allez en sortir avec un sourire bienveillant accroché
à vos lèvres...
Moderateur : Un dernier mot, Jean-Pierre Darroussin ?
JP_Darroussin : Soyez légers !
L'intégralité de la discussion
ICI
Dada monte sa bobine
A 52 ans, Jean-Pierre Darroussin, l'acteur fétiche de Guédiguian,
brave sa pudeur pour s'atteler à la mise en scène d'un de
ses livres de chevet, "Le Pressentiment", d'Emmanuel Bove. Plongée
dans l'univers de ce discret de premier plan.
Il porte un complet marron, « élégant mais fatigué
et froissé », comme il est écrit dans le scénario.
Il s'appelle Charles Benesteau, héros très discret du Pressentiment,
roman d'Emmanuel Bove, publié en 1935. Il s'appelle aussi Jean-Pierre
Darroussin, héros très discret d'une aventure inédite.
A 52 ans, il réalise son premier long métrage, adapté
de ce livre mélancolique. Un vieux rêve qui prend forme,
sur l'écran de la salle de montage où le comédien
réalisateur vient ces temps-ci s'asseoir chaque jour, fumant clope
sur clope en face de son « double » en costume brun. «
C'est toujours délicat de réaliser un fantasme... »
sourit-il. « Délicat » : l'épithète lui
va sur mesure, aussi bien que l'habit de Charles, grand bourgeois en rupture
inexorable avec son milieu, sa famille, ses amis haut placés...
Un beau jour, cet antihéros opaque et doux se déprend de
tout, s'installe dans un quartier populaire, parmi d'autres gens, d'autres
usages dont il ne sait rien. Dans une solitude contemplative qui confine
à l'effacement, il cherche une autre part de lui-même, ou
obéit, peut-être, au « pressentiment » de sa
propre mort...
Comment mettre en images une histoire aussi subtile et ténue ?
« La mise en scène m'a toujours intéressé.
Mes camarades acteurs m'ont souvent reproché d'être plus
sensible au point de vue du réalisateur qu'au leur. Je passais
pour un fayot ! » Seulement voilà, Jean-Pierre Darroussin
se méfie de ses propres convictions : « J'ai du mal à
les imposer aux autres. C'est certainement pour ça que je ne suis
pas passé à la mise en scène avant. A cause de cette
pudeur. » Cette pudeur, il la surmonte une première fois
en 1992, convaincu par un producteur de réaliser un court métrage
de quinze minutes, plaisamment intitulé C'est trop con. Jean Pierre
Darroussin lui trouve déjà quelque chose de « bovien
» : « Un peu comme dans Le Pressentiment, c'est l'histoire
de quelqu'un qui se met en dehors de la société. »
Et puis, il y a presque trois ans, l'impulsion est encore venue de l'extérieur,
plus précisément d'Agat Films, la société
de production de Robert Guédiguian, son vieil ami, son complice
de cinéma. Ce n'est pas lui, pourtant, mais un de ses associés,
Patrick Sobelman, qui a l'idée d'une collection de films d'acteurs.
Il pense tout de suite à « Dada » : « Je le croisais
souvent à Marseille sur les tournages de Robert, et j'aimais sa
façon de parler de cinéma ; il avait une petite voix à
lui, une dimension plastique et onirique singulière... »
se souvient-il.
Jean-Pierre Darroussin accepte en pensant à Emmanuel Bove. Depuis
vingt-cinq ans, il fréquente assidûment cet écrivain
disparu en 1945, méconnu depuis, à part peut-être
Mes amis, le roman que Darroussin appelle « son tube ». Bove
était un peintre talentueux de la dérision humaine, champion
dubitatif des antihéros de tout poil. « Je trouve cet auteur
formidable. Beckett disait qu'il avait comme personne le sens du détail
touchant. Il a ce don d'observer les maladresses, les événements
minuscules, la façon dont les gens se débattent avec cette
tragédie commune d'être seuls dans l'univers, confrontés
à des forces qui nous dépassent. Les personnages pathétiques
m'émeuvent. Par exemple, ceux qui cherchent à bien faire.
La volonté de bien faire est pour moi quelque chose de drôle
et de touchant à la fois. Surtout quand on rate la cible. »
Le Pressentiment, dévoré il y a des années, lui
avait alors déjà donné des envies d'adaptation. «
Bove fait exister son personnage central en creux. Il n'agit pas, il subit
les événements. Du coup, les autres sont obligés
de prendre excessivement position face à lui. Le rapport social
n'est fait que de faux-semblants. Si on a affaire à quelqu'un qui
n'y répond pas, ces simulacres se révèlent d'autant
plus. »
La dimension sociale du récit est l'occasion pour Jean-Pierre
Darroussin de se voir, lui aussi, « en creux » : « Je
viens d'un milieu plus que modeste. J'ai changé d'univers petit
à petit, par mon travail. Un peu comme ces footballeurs qui viennent
de banlieue et qui deviennent importants simplement parce qu'ils savent
jouer au ballon... D'un seul coup, ils sont transplantés, déclassés.
Dans ce roman-là, je trouve passionnant que ce soit conté
à l'envers : cette fois, on part d'un milieu privilégié.
Quand il y a une ascension sociale, on est pris par l'aventure et on ne
perçoit pas les détails. Alors que, là, on ressent
beaucoup mieux ce sentiment d'être déclassé. »
L'une des priorités de l'adaptation fut de transposer l'univers
du roman au contexte d'aujourd'hui. Le comédien la rédige
en collaboration avec sa compagne, l'actrice Valérie Stroh, elle-même
scénariste et réalisatrice. « Situer le récit
à notre époque nous permettait de prendre certaines libertés
avec le livre. Il fallait trouver des correspondances entre hier et aujourd'hui,
mais aussi apporter quelque chose de nos propres vies pour nourrir l'écriture.
» Valérie Stroh explique comment, par exemple, ils ont injecté
dans tel personnage un peu de son père à lui, dans tel autre
un peu de sa grand-mère à elle. Une vraie écriture
à quatre mains. Jean-Pierre Darroussin ajoute : « Elle a
fait un gros travail de recherche dans d'autres écrits de Bove.
Il y a des résonances de la vie et des hantises du romancier dans
le film. Par exemple, lui-même est mort comme son personnage. »
Dans le roman, Charles finit réellement par disparaître.
Dans le film... c'est plus compliqué. Valérie Stroh et Jean-Pierre
Darroussin ont déjoué toutes les attentes, y compris celle-là.
« On n'est pas dans ce qui devrait se passer, le scénario
agit tout le temps sur la frustration. Il faut qu'on soit surpris, dérouté
», réfléchit Valérie Stroh.
Une fois le script bouclé se posait une question évidente
: qui jouerait Charles ? Contrairement à ce qu'on pourrait croire,
la réponse n'allait pas de soi. « J'avais envie que quelqu'un
d'autre m'apporte des idées, des émotions auxquelles je
n'aurais pas pensé. Je me suis privé de ça. »
Jean-Pierre Darroussin finit en effet par se laisser convaincre : il «
incarnera » son film, physiquement. « J'ai joué un
peu à l'aveuglette. Je me contentais de regarder l'image sur l'écran
de contrôle au bout de quelques prises, et de mesurer si tout allait
bien. Mais finalement, je suis arrivé à considérer
le personnage sans me considérer moi-même, parce qu'il y
avait un film à construire dont je n'étais qu'un élément.
»
Un Darroussin « en chantier », à la fois bâtisseur
et matière première de sa construction : sur le tournage,
entre fin juillet et septembre dernier, ce rôle lui donnait l'air
un peu absent, faussement distrait, intensément concentré.
L'équipe, une petite vingtaine de personnes, suivait les traces
de Charles entre deux mondes : de la hautaine avenue Foch au brouhaha
populaire de la rue Saint-Maur, des pentes herbeuses des Buttes-Chaumont
- où Jean-Luc Bitton, le biographe d'Emmanuel Bove, est venu prendre
quelques
photos pour son site consacré à l'écrivain
(1) - aux studios de cinéma d'Aubervilliers, pour les scènes
d'intérieur. Partout, la même ambiance sereine, joyeusement
égalitaire, où Dada prend sa place parmi ceux qu'il a choisis,
conformément à sa réputation de fidélité.
Nombreux sont ceux qui ont déjà une histoire commune avec
lui : du chef opérateur Bernard Cavalié, qu'il a croisé
sur les plateaux de Robert Guédiguian, à la première
assistante, Valérie Mégard, et jusqu'aux comédiens
: Hippolyte Girardot, Nathalie Richard, Anne Canovas ou Didier Bezace
sont des amis, des camarades de théâtre, de cinéma,
de conservatoire... Un copain architecte passe lui aussi devant la caméra,
pour un petit rôle de « péroreur ». Et bien sûr,
il y a Valérie Stroh, qui joue dans le film et suit le tournage
en collaboratrice fidèle.
Jean-Pierre Darroussin porte une attention particulière au jeu
de ses partenaires. La performance en elle-même ne l'intéresse
pas. Il préfère être à l'affût de «
ce qui se passe entre les gens. C'est cet espace invisible qui doit vibrer
». Le voilà, en studio, qui règle en douceur une scène
tendue entre Charles et sa famille. Hippolyte Girardot joue son frère
Marc : « Jean-Pierre a une grande intelligence des personnages,
une manière bien à lui de les attraper. » Pour Valérie
Mégard, la première assistante, « c'est une éponge,
il capte tout avec un respect extraordinaire ».
Aujourd'hui, le tournage semble déjà loin. Dans une salle
de montage d'un 16e arrondissement qui ressemble à tout ce que
Charles Benesteau cherche à fuir, Jean-Pierre Darroussin peaufine
son film avec Nelly Quettier, la monteuse de Léos Carax et de Claire
Denis, entre autres. Encore une camaraderie qui ne date pas d'hier puisque
Nelly Quettier avait déjà monté C'est trop con. Ils
travaillent aux finitions et aux options encore possibles d'un montage
déjà bien avancé. « Il faut que la rivière
s'écoule bien depuis sa source jusqu'à son embouchure. Et
il y a encore des petites retenues. Mais le lit du fleuve est creusé
! Le gros du paysage est dessiné. » Nelly Quettier «
essaye des choses », fait valoir ses choix formels ou narratifs.
Parfois, son metteur en scène se rend avec souplesse, parfois,
il bataille avec le sourire, sûr de son fait : « Alors ça,
je refuse avec virulence. »
Ils viennent de projeter à quelques spectateurs privilégiés
une version provisoire du film. Parmi eux, Robert Guédiguian. «
Robert m'a dit qu'il aimait le film, et qu'il le trouvait très
silencieux. Ça me fait plaisir, parce qu'en fait les dialogues
sont nombreux, mais la sensation qu'on a est malgré tout de l'ordre
du silence. Il y a donc quelque chose de sourd, quelque chose à
écouter entre les mots... Et il a ajouté : "Mais c'est
un film japonais !" » Un beau compliment pour Jean-Pierre Darroussin,
amoureux depuis toujours de Mizogushi ou de Naruse. Sur ses influences,
le réalisateur reste prudent, ne cite pas, par pudeur ou répugnance
à la flatterie, les cinéastes avec lesquels il a beaucoup
tourné, de l'omniprésent Guédiguian à Jeanne
Labrune ou au couple Bacri-Jaoui. Il préfère évoquer
des plans, des « bouts de film », parler de Woody Allen, Hou
Hsiao-hsien ou Cassavetes, plus par pur plaisir de cinéphile que
pour éclairer son propre travail.
La sortie du Pressentiment est prévue pour le printemps prochain.
Jean-Pierre Darroussin, acteur arrivé, plébiscité
par la critique et le public, s'exposera alors un peu plus, différemment.
Il est heureux d'en prendre le risque : « Le film me ressemble.
Il a un style qui lui est propre, un mystère, une petite musique
intime. Je n'en reviens pas d'y être arrivé. J'aimerais en
réaliser d'autres, peut-être que ça deviendra un jour
un geste professionnel, une belle habitude. Mais celui-là, c'est
une naissance. » Evidemment, cette seconde vie accompagnera la première,
ce métier d'acteur « absolument vital. L'un n'empêche
pas l'autre, au sens propre : soi-même n'empêche pas l'autre.
C'est une histoire de liberté fondamentale. »
(1) www.emmanuel-bove.net
Cécile Mury
Télérama
n° 2917 - 10 décembre 2005


En librairie le 17 novembre 2005

Merci à Olivier Gadet, le directeur des éditions
Cent Pages qui m'a envoyé un exemplaire de la revue "Montparnasse"
qu'il vient de rééditer, dans laquelle Bove a publié
des extraits de son roman Coeurs et visages sous la forme d'une
nouvelle intitulée "le Dîner d'honneur" (numéro
51 mai-juin 1928)

Emmanuel Bove et Gus
Bofa se connaissaient... Merci à B. qui m'a transmis cet envoi.

Octobre 2005
Les éditions du Castor astral inaugurent leur collection
poche, "Millésime" avec la réédition d'Adieu
Fombonne.
Chaleureuse soirée bovienne à la Maison
des écrivains. J'y retrouve Jean-Pierre Darroussin (en plein montage
de son film "Le Pressentiment", d'après le roman de Bove),
l'équipe du Castor Astral, Dominique Gaultier du Dilettante (en
plein déménagement...), Marie-Thérèse Eychart
(animatrice du débat), Didier Bezace (qui a monté "le
Piège"). Je fais également la connaissance de Charlotte
Bobovnikoff, l'arrière-petite-fille d'Emmanuel Bove qui lui ressemble
étrangement... Projection du film de Bettina Augustin. Très
ému à revoir ces images tournées il y a plus de dix
ans. Raymond Cousse me manque, nous manque. Merci à Sylvie Gouttebaron,
la directrice de la Maison des écrivains.
Communiqué de la Maison des écrivains
Hôtel d'Avejan
53, rue de Verneuil
75007 Paris
Tél : 01 49 54 68 80
Mardi 18 octobre 2005
Cycle : Un auteur, une voix
Pour l'anniversaire de la mort d'Emmanuel Bove, la Maison des écrivains
accueille : Jean-Yves Reuzeau, Patrice Delbourg, Jean-Pierre Darroussin,
Didier Bezace, Marie-Thérèse Eychard et Bettina Augustin.
Projection du film de cette dernière "La vie comme une ombre"
au cours de la soirée.
Notons que Jean-Pierre Darroussin vient de terminer le tournage d'un
film inspiré du roman Le Pressentiment.
Dans le
Figaro littéraire du 25 août 2005, Claude Duneton s'interroge
sur la disparition du passé simple et son caractère obsolète
aujourd'hui. Il prend pour exemple l'oeuvre d'Emmanuel Bove où
ce temps littéraire est roi.
"En réalité, avant la guerre de 1939-45,
le passé composé avait une connotation plutôt populaire
en ce qu'il était fortement marqué par le langage parlé
– donc dans l'esprit des littérateurs il était impropre
à l'expression écrite d'un passé lointain et défini.
En même temps que L'Etranger, et à la même Librairie
Gallimard, paraissait le roman choc de Jean Meckert, Les Coups, qui évoluait
en milieu ouvrier parisien des années 30: «Tout miteux que
j'étais, je me suis assis à la terrasse d'un café
où il y avait de la musique. J'ai commandé un demi et puis
j'ai écouté.» Au contraire, vingt ans plus tôt,
chez Emmanuel Bove, dans un climat général identique de
récit «miteux», le passé simple était
encore la règle à l'écrit: «Nous nous levâmes.
Un frisson me fit serrer les coudes. Avant de tirer la chaînette
du manchon à gaz, elle alluma une bougie» (Mes amis, 1924).
Indéniablement, ce temps parfaitement normal et recommandable sur
le plan des convenances grammaticales a maintenant une allure presque
obsolète; dans n'importe quel roman de cette rentrée nous
aurions: «Nous nous sommes levés.» – et plutôt
«On s'est levé. Un frisson m'a fait serrer les coudes».
N'est-ce pas?
Une question se pose: pourquoi et comment le passé composé
a-t-il tout envahi au point de devenir à peu près l'unique
temps en usage réel dans le français contemporain –
oral et écrit? A quoi tient cette anomalie, alors que les autres
langues européennes ont toutes conservé intact leur passé
simple et défini? Les Anglais disent, même si la chose est
arrivée la veille, «We got up. She lit a candle» –
comme Emmanuel Bove..."

19 août 2005, cinquième semaine de tournage
du film "Le pressentiment". Scène 118, extérieur
jour : Buttes Chaumont. Charles est assis dans l'herbe. Autour de lui
règne une agitation sereine, des jeunes gens jouent au vollley-ball,
des bébés tombent sur leurs fesses. Charles (voix intérieure)
: "Je me demande parfois à quoi j'ai bien pu employer le temps
dont je ne garde pas le souvenir."

5 août 2005, troisième semaine de tournage
du film "Le pressentiment". Scène 26, intérieur
nuit : appartement Gabrielle. Dans la douce athmosphère de la chambre
de Gabrielle Charmes-Aicquart, Charles est assis, sur le bord du lit à
côté de Gabrielle. C'est une jolie femme, dans la quarantaine.
Charles à l'air tendu, elle lui caresse la nuque avec amour.

Bientôt en ligne des images du tournage...
Daniel Gomulkin qui vit à St Petersburg me
signale que sa traduction russe du roman "Le Piège" a
été publiée dans le numéro 5-6 du magazine
littéraire "Sever" [Le Nord] consacré à
la Seconde Guerre mondiale. Une traduction en russe du roman "Mes
amis" est disponible en ligne sur le site du magazine électronique
"Topos" : http://www.topos.ru/article/2743
Des nouvelles de l'adaptation cinématographique
du roman le Pressentiment...
Un film réalisé par le comédien Jean-Pierre Darroussin
pour Arte.
Le tournage commence le 18 juillet. Je me rendrai sur le lieu du tournage
pour prendre quelques photos qui seront publiées sur le site Bove.
Merci à Jean-Pierre Darroussin et Valérie Stroh.

Le Monde des livres du 13 mai 2005

"Tout corps prépare sa propre déchéance.
La mort n’est qu’un suicide méconnu". (Passage
des émigrants)
Jacques
Chauviré est mort comme il a vécu, discrètement.
L'auteur de Partage de la soif s'est éteint le lundi 4
avril
2005 à l'âge de 90 ans, à son domicile de Neuville-sur-Saône
où il a été médecin généraliste
pendant quarante ans
Il fut l'ami de Jean Reverzy. Jacques Chauviré était de
la trempe des Calet, Guérin, Gadenne, Bove... Jérome Garcin
qui l'a enregistré (diffusion sur France-Culture de 17h à
17h30 du 25 au 29 avril) la veille de sa disparition lui rend hommage
dans le
Nouvel Observateur.
"La vieillesse n’intéresse au fond personne.
Les vieux sont devenus les asociaux de notre temps car chacun les juge
encombrants bien qu’inoffensifs" (Passage des
émigrants)

François Ouellet, universitaire québécois,
signe un nouvel essai
sur l'auteur de Mes amis. "Longue vie à Bove",
écrit-il dans sa conclusion.

Le Magazine littéraire N° 437, décembre 2004
Sud Ouest Dimanche du 21 novembre 2004

La Quinzaine littéraire du 16 au 30 novembre 2004

Technikart de novembre 2004

L'Humanité du 26 octobre 2004

Le Figaro littéraire du jeudi 21 octobre 2004

Le Monde du 21 octobre 2004
Rubrique revues par Patrick Kéchichian
OCTOBRE 2004. RIGAUT FAIT LA UNE DE LA NRF VIA JEAN-LUC
BITTON. Mais qui connaît dans la hiiiiiiipe parigote Jacques Rigaut
? Rigaut ? Rigaut ? Naaan presque Nobody le connaît excepté
le Noyo Rotten du SDH... Vous savez cette "monstrueuse mailing list"
(Laurence Rémila in Technikart juin 2004 p.50 dossier "Paris
la Night") de crevards mondains et bien depuis un an, Jacques Rigaut
en est le Parrain Officiel (çà vous ne le saviez pas). Seul
un concours rhizomique de circonstances dont (entres autres) le clash
entre la Littérature et son ennemi - le web et la crevardise -
pouvait accoucher cette affiliaFion. Jacques Rigaut a été
nommé rétroactivement par son biographe attitré,
l'écrivain et journaliste Jean-Luc Bitton. Je le cite. "Le
grandissime écrivain Jacques Rigaut aurait pu être le parrain
du Syndicat du Hype". Quoi de plus naturel et mécanique pour
celui qui écrivit "Vivre au jour le jour. Maquereautage. Parasitisme".
Mais encore une fois, qui connaît bien Jack Rigow et ses histoires
de "cane" ?
[...la suite de l'article
de Thierry Théolier
sur le site de Parissi.com]


Le Nouvel Observateur du 7 au 13 octobre 2004
La chronique de Bernard Frank


Victor Bâton
Le 9 novembre 2004 par Vincent Stevance
D’après Mes amis d’Emmanuel Bove.
Adaptation de Thierry Gimenez.
Mise en scène de Pierre Pradinas.
Du 22 au 27 novembre à 19h
à la Maison des métallos
94, rue Jean-Pierre Timbaud
75011 Paris Tél : 01 47 00 68 45
Avec Thierry Gimenez et Marc Peronne à l’accordéon.
VICTOR BATON
D’après Mes amis d’Emmanuel Bove.
Adaptation de Thierry Gimenez.
Mise en scène de Pierre Pradinas.
Du 22 au 27 novembre 2004 à 19h
Avec Thierry Gimenez et Marc Peronne à l’accordéon.
C’est l’histoire d’un type désespérément
et profondément seul qui veut aimer, rencontrer un être humain,
partager des choses avec lui, en un seul mot : se faire un ami... Dans
les années trente, Emmanuel Bove réussit le tour de force
de faire du désespoir sans issue la chose la plus comique au monde.
Accompagné par Marc Peronne à l’accordéon,
Thierry Gimenez propose au spectateur de partager l’invraisemblable
et pourtant si humaine vision du monde du personnage Victor Bâton.
Une production du Théâtre de l’Union - Centre Dramatique
National du Limousin.

Le numéro 14 de rue Saint Ambroise vient de
sortir. 16 textes forment la trame de cette revue exigeante consacrée
à la nouvelle. On retiendra "Une fois dans sa vie", une
nouvelle d'Isabelle Sojfer qui ouvre ce beau numéro sur l'histoire
d'une cendrillon moderne : Ecriture piquante et drôle dans un style
vraiment littéraire. Beaucoup d'autres nouvelles tournent autour
de l'amour, de la séduction, de la nuit. Jean-Luc Bitton propose
le chapitre 7 de son journal "La mer de la tranquillité"
aux accents très sollersiens de dandy post-mondain. On pique ça
et là avec bonheur dans ces chapelets de citations, tout en regrettant
le côté un peu superficiel de ce journal. On joue toujours
avec Gérard Merveille et son "Scarlett o' Hara" ou avec
la "Poule de luxe" de Isabelle Milkoff, tout en préférant
l'écriture plus construite d'Emmanuelle Cornet dans ses "Procédés
de reconstruction".
En lisant ce numéro, on se rend compte avec grand plaisir que
la nouvelle va bien et que beaucoup de jeunes auteurs s'en emparent pour
nous proposer une littérature à l'image de leur vie, celle
d'une génération qui a encore envie d'écrire et de
faire partager. Avec rue Saint Ambroise on est bien loin d'une littérature
de circonstance, concoctée par les services marketing de certaines
maisons d'éditions. Une revue à suivre et surtout à
lire.
L a Revue
des Ressources

Hommage à Nelly Borgeaud disparu le 14 juillet
2004. C'est
elle qui lisait le texte de Bove dans "Meublé sommairement",
la chorégraphie de Dominique Bagouet.


Benoît
Virot vient de de lancer avec deux amis le premier numéro d'une
revue, Attila, vouée à la défense et à l'exploration
des auteurs maudits, "mineurs", oubliés ou mésestimés...
Bove, Guérin, Gadenne, Mac Orlan, Isidore Isou sont au sommaire
de ce n°0 (tiré à 1000 exemplaires et diffusé
en librairies et à la criée, pour l'instant sur Paris essentiellement).
"L'écrivain Dominique Barbéris a accepté de
nous donner un article sur Bove, première pièce d'une bibliothèque
idéale qu'on espère construire peu à peu... en demandant
à chaque numéro à un auteur contemporain d'évoquer
un auteur à ses yeux injustement méconnu, ou négligé."
Pour
s'abonner à Attila (1 an, 4 numéros, 10 euros) Le Nouvel
Attila
127, avenue Parmentier 75011 Paris Tél : 01 43 38 21 08
E-mail : lenouvelattila@hotmail.com
Mauvaise
nouvelle : la revue "Les Episodes" fondée en 1997 cesse
ses activités.
Bonne
nouvelle : "La Nouvelle Revue Française" publiera en
octobre 2004
un hommage à Jacques Rigaut. Ce dossier sera constitué d'un
texte biographique,
de photos et d'une correspondance inédite, ainsi que la réédition
de larges extraits
de La Valise vide. Cette parution est pour moi l'occasion de
présenter l'avancée
de mon travail sur Rigaut après une année de recherches.
 

Parution
de l'avant-dernier chapitre de la Mer de la tranquillité
dans le numéro 14 (juin 2004) de la revue Rue Saint Ambroise.
Ce texte sera publié
en un seul volume aux éditions "Les petits matins"
en octobre 2005. Il sera accompagné
de photographies inédites de Dolorès Marat.
Modzik mars/avril 2004
Texte : Franck Chevalier
Le matricule des anges, N° 50. Février 2004.
 
La revue rue saint Ambroise fête son numéro
13 le jeudi 29 janvier aux Triolets
33 rue de Montreuil, à partir de 19h30. Entrée libre.
Des photos de la soirée sur pOst-repOrt
 
La revue Europe
consacre son numéro (895-896)
de novembre-décembre 2003 à E. Bove.
 
Technikart N°
73 (juin 2003)

Le matricule des anges
N° 44 (15 mai-15 juillet 2003)

Technikart N°
73 (juin 2003)


Lire Bove
Sophie Coste et Dominique Carlat / Collection Lire (2002)
Pour plus de détails sur cette nouvelle publication,
consulter le
site des Presses Universitaires de Lyon

La compagnie La Vache Libre présente
: "Mon imagination crée des amis parfaits pour l'avenir,
mais en attendant, je me contente de n'importe qui".
Pour ce premier travail avec un trio d'acteurs, les cascadeurs tragiques,
la metteuse en scène Meriem Menant s'inspire du roman d'Emmanuel
Bove
"Mes amis". Très libre inspiration, à partir
de l'atmosphère mélancolique et clownesque de ce roman,
du thème de la solitude et de la quête désespérée
de l'Ami, de l'Amitié.
Des tarifs préférentiels sont proposés aux "amis
d'amis d'Emmanuel Bove".
Pour en savoir plus, consulter le
site Internet de la compagnie.
"Les
lilas blancs qui suent et s'affolent de vieilles voluptés solitaires
m'ennuient beaucoup" (Jacques Vaché)
Le numéro 16/17 de la revue Les Episodes sort le mercredi 2 avril
2003. Vous êtes invité à venir le fêter dans un nouveau lieu
: Les Triolets, 33 rue de Montreuil, ce 2 avril 2003 à partir de 18h30
(jusqu'à environ 23h30.)
Nous vous invitons à venir fêter
avec nous la sortie du numéro 11 de la
revue Rue Saint Ambroise le Vendredi 28 mars à 20 heures à la
Maison des Métallos Salle Coste (premier étage, fond de cour) 94 rue
Jean-Pierre Timbaud Paris 11 Métro Saint-Maur Textes, lectures : Philippe
Aronson, Jean-Luc Bitton, Pierre-Claude
De Castro, Jérôme Mauche, Pierre-Jean Merens, Renaud Rebardy, Stéphane
Rosière, Mathilde Tixier, Bernardo Toro, Thierry Trani, Stéphane Vallet,
Laurent Vignat, et rencontre avec Cyrille Pernet à l'occasion de la
parution de son roman Tout un hiver aux éditions Flammarion.
Le 12 mars sur France Culture à
14H dans l'émission Entre-Revues, focus sur la revue Les
Episodes avec interventions
de Philippe Aronson, Alexandre Gouzou et votre serviteur.
Mathilde et Stéphane lancent
une nouvelle soirée littéraire avec des lectures et de
la zique, ça se passera le premier mardi de chaque mois. Ne ratez
pas la prochaine qui aura lieu le mardi 1er avril à partir de
19h. Attention la troisième édition de cette soirée
dont le thème est "Mort de lire" se déroulera
au Lapp'Art : 25, rue de Lappe, 11e. Métro Bastille.
Tél : 01 48 05 99 41. Ouvert tous les jours de 19h à 2h.


Un recueil de neuf nouvelles d'Emmanuel
Bove a été publié aux Pays Bas par l'éditeur
Lubberhuizen. Ce recueil contient : Voyage autour d'un appartement
(titre de l'ouvrage), Le retour, Elle est morte, Une conversation,
Monsieur Thorpe, Tant que nous vivons, La fuite, Une offense, Le canotier.
Traduit par l'Atelier de traduction d'Amsterdam, préface par Anneke
Alderlieste, Editions Uitgeverij Bas Lubberhuizen, ISBN 90 76314934
prix €19,95 Voir également le
site de l'éditeur. (27/01/03)
La Quinzaine littéraire
du 16 au 31 décembre 2002

La semaine de Daniel
Rondeau dans Libération
(samedi 14 et dimanche 15 décembre 2002)

Les Inrockuptibles
(du 20 au 26 novembre 2002)

Nouvel Observateur
N° 1987
du 5 au 11 décembre 2002

Le comédien Jean-Pierre Darroussin travaillerait
actuellement sur une adaptation cinématographique du roman Le
pressentiment.

Mes amis traduit du français
en chinois par Lin Ch'ang Chieh a été publié chez
l'éditeur Criown Culture.
Présentation de Bove trouvée
sur le site de l'éditeur (traduction du chinois en anglais très
approximative réalisée par un robot)Niu. suddenly husband
Emmanuel Bove, one of 20 th discipline law country greatest big writers,
for is "is buried by the reputation in no law country writers greatest
big". His first slightly said "I Wanted One Friend" to publish in 1924,
immediately attained hotly fiercely returns the sound. In 1928 to "Cancelled
Ties" one book to attain proclaims worked as law country Wen T'an Chiang
volume highest it "? base leaf prize". In he short 47 year lives, altogether
completed 30 ? long, the short article slightly said the work, "Wanted
One Friend except Me", "To cancel Ties" outside, was more famous still
has "Arab League You To hoodwink", "Shan Shen Che", "Last Night" and
so on. In 1945 "Trap" and "Night Sent" publishes, same year in July
suddenly the husband namely because the heart internal organs got sick
sudden passes. In 1946 he last young said "Did not give Sues" publishes.The
promise shell you Wen Hsueh the Chiang new owner shell gram especially
extremely strength esteems his work, approves the reputation he "thin
festival sensation not to have the person to Yu Tung Jen to be able
and", but in the German country well-known poem person your gram you
Wen Hsueh in Chiang new owner card raises with another promise shell
also approves the reputation to its article study achievement to have
Canada.

Les éditions Nota bene (Québec)
ont publié en septembre 2002 une édition en poche
de Mes amis, avec une présentation de François
Ouellet. En couverture : gravure de Dignimont pour l'édition
de Mes amis aux éditions Emile-Paul Frères en 1927.
Photos de la soirée des Episodes
du 17 octobre 2002
"Le désespoir, l'indifférence, les trahisons,
la fidélité, la solitude, la famille, la liberté, la pesanteur, l'argent,
la pauvreté, l'amour, l'absence d'amour, la syphilis, la santé, le sommeil,
l'insomnie, le désir, l'impuissance, la platitude, l'art, l'honnêteté,
le déshonneur, la médiocrité, l'intelligence, il n'y a pas là de quoi
fouetter un chat." (Jacques Rigaut)




Pour commander la revue, envoyez un
chèque de 12 € (10 € pour ce numéro double +
2 € de port) à cette adresse :
Les Episodes
83, rue du Faubourg Saint-Denis
75010 Paris
Email : gouzouaronson@yahoo.fr
Attention ! Ne ratez pas la soirée
de la (vraie) rentrée littéraire, celle des Episodes pour
la sortie du numéro 14-15 de cette revue pas comme les autres.
Cet événement aura lieu le jeudi 17 octobre 2002, toujours
au café Rallye Monge, 12 rue Monge à Paris dans le 5ème
(métro Maubert Mutualité) à partir de 18h30.





3 octobre 2002 : Alexandre Gouzou, directeur
de publication de la revue Les Episodes, oreille attentive à
Mathilde Tixier lisant son texte lors de la soirée de lancement
du numéro 10 de la revue Rue Saint Ambroise...
Le Matricule des
Anges (septembre-octobre 2002)
Article Zurban du mercredi 3 au mardi 9
avril 2002
Quelques instantanés de la soirée
des Episodes du 20 mars 2002, de gauche à droite : Gillia
; Alexandre Gouzou, Philippe Aronson plongé dans la lecture du
Parisien; Jean-Pierre Baril le biographe d'Henri Calet avec à
sa gauche André Berne-Joffroy ayant droit des oeuvres de Calet
et la petite fille au citron...
Le
roman Un caractère de femme a été traduit
en allemand par les éditions Friedenauer Presse (Berlin) avec
en postface un entretien de Peter Handke avec Jean-Luc Bitton.
Deux
images de la soirée des Episodes du 25 octobre 2001, de gauche
à droite : Arnaud Baumann, Patrick Morelli, Jean-Pierre Baril,
Alexandre Gouzou.
La
revue littéraire Les Episodes dans son numéro d'octobre
2001 publie des lettres inédites de Bove ainsi qu'une présentation
de l'auteur. Ne ratez pas la soirée du jeudi 25 octobre 2001
des Episodes à cette occasion! Je vous y donne rendez-vous...
Pour commander la revue, envoyez un chèque de 60FF (50FF + 10FF
de port) à cette adresse : Les Episodes 83, rue du Faubourg
Saint-Denis 75010 Paris / Email : gouzouaronson@yahoo.fr
Les Inrockuptibles du 6 au 12 novembre 2001
L'éditeur
Criown Culture
doit réaliser une traduction en langue chinoise du roman Armand.
La
Compagnie "Lézards qui bougent" de Bayonne doit adapter
Mes amis au théâtre.
Info
: la revue "Europe" prépare un numéro consacré
intégralement à Emmanuel Bove. Ce numéro est coordonné
par Marie-Thérèse Eychart.
La
revue littéraire "Roman 20-50" propose dans son numéro
du mois de juin 2001 un dossier critique sur Mes amis et Le
Piège. Ce numéro 31 de la revue est principalement
consacré à Emmanuel Bove dont un portrait est reproduit
en couverture. Dix interventions sur les oeuvres de Bove sont proposées
aux lecteurs de la revue.
Roman
20-50 no 31 juin 2001, 75 FF.
On
peut commander la revue à cette adresse : Société
Roman 20-50 / 41, rue Béranger - 59000 Lille

Je
vous donne rendez-vous le jeudi 25 janvier 2001 de 18h30 à tard
dans la nuit, au café Rallye Monge, 12 rue Monge à Paris
dans le 5ème (métro Maubert Mutualité) pour fêter
le numéro 10 de la revue littéraire Les Episodes.
Au générique de ce numéro, William T. Vollmann,
Brice Matthieussent, Matthew Rose, Laure Fardoulis, Kazik Hentchel,
Claro, Yujiro Otsuki, Barret Crary, Paulo Tunhas et votre serviteur.
Les soirées des Episodes sont toujours très animées,
jamais guindées, on y boit (beaucoup), on y mange (un peu), on
y discute (beaucoup), on y lit des textes, debout sur les tables, le
verre à la main...
A
très bientôt donc.
Adresse
de la revue : Les Episodes 83, rue du Faubourg Saint-Denis 75010 Paris

Les cahiers Livres de Libération
/ 24 mai 2001
DECEMBRE 2000 PARUTIONS EN LIVRES
DE POCHE
L'amour de Pierre Neuhart
Seuil, Points, 128p., 35 F
Le Pressentiment
Seuil, Points, 160p., 39 F
"Emmanuel
Bove retrouvé" à Lyon...
Journées
Emmanuel Bove vendredi 24
et samedi 25 novembre 2000
Ces
journées ouvertes à tous sont organisées par le
LERTEC (Lecture et réception du texte contemporian) et l'université
Lumière de Lyon 2. Demandez le programme...
Vendredi
24 novembre, matin : 9h Dominique Carlat (Lyon 2) : le corps incertain.
/ Serge Gaubert (Lyon 2) : Midi l'injuste./ Roger-Yves Roche (Lyon 2)
: Les chambres d'Emmanuel Bove. / 10h15 Débat / 10h30 : Pause
/ 10h45 Suzanne Dürr (Université de Passau, Allemagne) :
Psychologie et crise d'idendité : une analyse du héros
dans l'oeuvre de Bove. / Jean-Pierre Martin (Lyon 2) : Ma honte à
moi. / Albert (salut Albert! je ne savais pas qu'on t'avait confié
la lourde responsabilité du fonds Bove...il est entre de bonnes
mains...) Dichy (IMEC) : Présentation des archives Bove. / 12h
Débat
Vendredi
24 novembre, après-midi : 14h Sophie Coste (Lyon 2) : "
Des gouttes tombaient à terre, jamais l'une sur l'autre"
- La description chez Bove. / Chantal Michel (Lyon 2) : "Parce
que nous n'avions que des pantoufles, nous nous sommes laissés
prendre." (j'adore cette citation, tout Bove...) L'ellipse dans
l'oeuvre de Bove. / Olivier Bravard (Lyon 2) : L'hypothèse. /
15h15 Débat / 15h30 Pause / 15h45 Hervé Carn (Rennes)
: Le silence. / Alexandra Saemmer (Lyon 2) : La singularité de
deux hommes "sans qualités" : Musil et Bove. / Mireille
Hilsum (Lyon 2) : " Le plus sage, je crois est de ne pas commencer."
/ 17h Débat / 17h30 Bove à haute voix : Anne Calas, comédienne,
lit des extraits de l'oeuvre.
samedi
25 novembre, matin : 9h Marie-Poix-Tétu (Lyon 2) : L'intravagant
Monsieur Bove. / François Ouellet (Université Laval, Québec)
: L'obsession ternaire (dans Un soir chez Blutel). / Claude Burgelin
(Lyon 2) : Lecture du Beau-fils. / 10h15 Débat / 10h30
Pause / 10h45 Patrick Longuet (Université de Chambéry)
/ portraiturer Bove. / Bruno Blanckeman (Université de Caen)
: Drôles de guerres (sur Départ dans la nuit). /
Marie-Thérèse Eychart (Université Lille 2) : Le
piège ou comment écrire l'Histoire.
12h
Débat et fin des journées Bove. (Quand est-ce qu'on mange?
je connais à Lyon un petit bouchon pas dégueu...)
Toutes
ces agapes boviennes se dérouleront à la salle du conseil
de la Faculté des Lettres au 18 quai Claude Bernard à
Lyon 7 ème, au-dessus du secrétariat de Lettres...Pour
plus de renseignements, vous pouvez téléphoner à
Sophie Coste au 04 78 76 29 91, son mail : sophie.coste-mignot@univ-lyon2.fr
/ Vous pouvez également joindre le Directeur du Lertec par mail
: jpmartin@univ-lyon2.fr
Meublé sommairement
(Aftalion Alexandre)
Les Carnets Bagouet
Jeudi
14 décembre 2000 à 20h30 au théâtre 71 de
Mamakoff / 3, place du 11 novembre 92240 Malakoff/ informations et réservations
: 01 46 55 43 45.
Mardi 14 mars 2000 à 20h30 Opéra Berlioz/Le Corum à
Montpellier et du mardi 21 mars au samedi 25 mars 2000 au théâtre
de la ville à Paris.
En
janvier 1989, Dominique Bagouet écrivait : "le projet de Meublé
sommairement m'apparaît aujourd'hui comme le résultat d'une
addition de plusieurs désirs. Certains d'entre eux, soit du côté
de la chorégraphie, des interprètes, de la musique, étaient
d'abord sans but réels, séparés a priori par des
motivations différentes. C'est le texte d' Emmanuel Bove, Aftalion,
Alexandre qui a tout fait concorder. Il y a donc le choix incontournable
comme auteur, de son texte anti-théâtral et anti-spectaculaire,
cette espèce d'ode à l'ordinaire
Parution
d'un roman inédit
et des oeuvres complètes (ou presque...)
chez Flammarion
L'événement
bovien de ce début d'année 99 est la parution simultanée
chez Flammarion dans la collection Mille & Une Pages d'un recueil
des oeuvres de Bove regroupant 8 romans et une nouvelle (Mes amis, Armand,
Bécon-les-Bruyères, Un soir chez Blutel, La Coalition,
Henri Duchemin et ses ombres, Coeurs et visages, Journal écrit
en hiver, Le Piège) et du dernier roman inédit Un caractère
de femme dans la collection de littérature française générale
(ex-collection Blanche). Ces nouvelles éditions ont été
établies, présentées et préfacées
par Jean-Luc Bitton. Remerciements à Clara Recordier et Juliette
Joste qui ont coordonné ces parutions chez Flammarion.
Emmanuel
Bove, romans, Mille & Une Pages, Flammarion, janvier 1999(158,00
FF)
Un
caractère de femme, roman, Emmanuel Bove, Flammarion, janvier
1999 (90,00FF)
A l'initiative de Patrick Duval et de Bayon, journaliste à Libération,
une plaque commémorative sera apposée sur la tombe d'Emmanuel
Bove au cimetière Montparnasse à Paris. (Emplacement de
la sépulture : 25 ème division israélite, 27 ème
ligne Est, no 1 Sud). Cette plaque sera inaugurée à 15
heures, le 13 juillet 1997, date de la mort de Bove (13/07/45). S'il
fait beau, Catherine Belkhodja lira quelques extraits des romans de
Bove et Annie Oléon jouera du saxophone. Tous les admirateurs
et admiratrices de Bove sont conviés à cette inauguration.
Des démarches sont également en cours pour apposer une
autre plaque commémorative au 59 Avenue des Ternes, où
Bove s'est éteint. Par ailleurs, la concession de la tombe de
Bove arrivant à expiration cette année, il y a un risque
pour qu'elle soit reprise par le cimetière. Nous allons créer
une association des Amis d'Emmanuel Bove, dont la seule existence permettrait
de protéger le monument.
COMPTE RENDU
D'UNE COMMEMORATION
Cher
Jean-Luc, Je vous avais promis un petit rapport sur la cérémonie.
Tout ce qui s'est passé mériterait sans doute d'être
décortiqué à la façon de Bove mais je ne
suis pas sûr d'en avoir ni le courage ni le talent (pour ce qui
concerne le talent, je suis même sûr de ne pas l'avoir).
Comme je vous l'avais dit, nous avions prévu de demander à
Catherine Belkhodja de lire quelques textes et à un musicien
(en l'occurence une musicienne Annie Oléon puisque Murat a fait
défection) de jouer du saxophone. Bien entendu, rien n'avait
été répété et je craignais fort que
tout cela ne fasse très amateur ce qui, tout compte fait n'avait
rien de gênant.
Pour Bayon comme pour moi, il n'était pas question de faire le
moindre discours ni de prévoir la moindre mise en scène.
En
fait, nous aurions aimé que tout se passe naturellement, sans
aucune intervention de notre part ce qui était une gageure. Je
suis arrivé au cimetière vers 14h30 avec un morceau de
velours noir que j'ai eu beaucoup de mal à coincer pour cacher
la plaque. En fait, Nora et sa fille étaient passées avant
moi et avaient déjà vu la plaque, mais elles étaient
très contentes que je la recouvre et qu'on fasse le geste de
la découvrir.
J'ai d'ailleurs laissé cet honneur à Nora. Du fait, sans
doute de la date, en pleines vacances, il y avait assez peu de monde
: une vingtaine de personnes en tout dont Nora et sa fille, Bruno (fils
de Michel) avec sa femme et ses enfants, deux personnes de l'Imec, un
vieux peintre espagnol arrivé là je ne sais comment, votre
amie Nathalie (qui est tres sympathique), la monteuse Sabine Mamou,
une chercheuse anglaise, Gay quelque chose, qui fait une thèse
sur Bove.
Pour le reste, ce n'étaient presque que des amis à moi
ou à Bayon. Au départ, Bayon aurait souhaité que
Catherine se déplace a travers les personnes présentes
et qu'elle lise des textes au hasard, produisant juste une sorte de
musique de Bove sans aucun sens. De simples mots que les gens auraient
attrapés au hasard et qui ne les auraient pas empêchés
de discuter entre eux.
J'aimais bien l'idée mais cela me semblait difficile, surtout
lorsqu'elle tomberait sur des dialogues. J'ai donc tout de même
sélectionné, de facon un peu subjective et surtout au
hasard des quelques pages que j'ai tournées :
- les notes de travail que vous m'aviez vous même recommandées
- un extrait de Journal écrit en hiver (le passage du 4 novembre)
- les 3 dernières pages de la Coalition (nous étions là
à la limite de faire sens mais d'une part la Coalition est mon
livre préféré de Bove, d'autre part je trouve qu'il
y a presque de l'humour dans ce suicide qui n'en est pas vraiment un)
Catherine a lu les textes depuis la porte de la chapelle et puis elle
s'est deplacée entre les gens comme Bayon le voulait.
Nous n'avons cependant pas pu éviter l'effet que nous voulions
justement éviter : que tout le monde écoute religieusement.
Le vieux peintre espagnol hochait la tête gravement à chaque
phrase comme pour dire : c'est ça, exactement ça. Et Nora
était toute recueillie regardant tantôt Catherine, tantôt
la plaque.
C'était tout de même assez émouvant. L'amie à
qui j'avais demandé de jouer du saxophone s'est très bien
acquittée de sa mission. Elle s'est installée un peu plus
loin, dans un carré de tombes juives plus aéré
et la musique nous parvenait de loin. C'était parfait. Tout le
monde s'est parlé. C'était très chaleureux et très
familial. Le fait même qu'on soit si peu avait quelque chose d'encore
plus touchant.
Vous ai-je déjà dit que j'avais reçu un petit mot
de Giscard tres gentil, m'avertissant qu'il ne serait pas à Paris
ce jour là et ne pourrait donc être des nôtres mais
qu'il le regrettait sincèrement. Contrairement a ce que je vous
avais annoncé, on a quand même fait un film vidéo
et j'ai moi même filmé toute la partie lecture. Par hasard,
Catherine avait en effet decidé la veille, de s'acheter une mini
caméra et elle a tout filmé avant de se mettre à
lire et de me coller la caméra entre les mains.
Comme je ne discute jamais ce qu'elle me demande, vous aurez la possibilité,
un jour, de voir -bientôt j'espère- ce film. Voilà.
J'aurais sans doute pu vous raconter mille petits détails supplémentaires
mais je préfère répondre a vos questions si vous
en avez. On a beaucoup parlé de vous et tout le monde a regretté
que vous ne soyez pas là.
Bien amicalement à vous, Patrick (Paris le 14 juillet 1997)
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